dimanche 27 mai 2012

Somalie : Chute du bastion Shebaab d'Afgoye


Des soldats de la force de l'Amisom, sur la route entre Afgoye et Baidoa, le 25 mai 2012. © AFP

Les forces progouvernementales en Somalie ont annoncé vendredi avoir conquis la localité-clé d'Afgoye, à 30 km de la capitale Mogadiscio, autour de laquelle vivent plusieurs centaines de milliers de déplacés, infligeant un nouveau revers aux insurgés islamistes Shebaab.
"Nous avons franchi la rivière Shabelle et nous sommes à Afgoye, nous tenons la ville", a déclaré au téléphone à l'AFP Paddy Ankunda, porte-parole de la force de l'UA en Somalie (AMISOM). "Il y a des tirs ici ou là, mais c'est calme pour l'essentiel" a-t-il ajouté.
Afgoye constitue un carrefour ouvrant sur le nord, l'ouest et le sud somaliens. Plus de 400 000 personnes déplacées vivaient encore au début de l'année entre Afgoye et Mogadiscio, après avoir fui les combats, la sécheresse et la famine ailleurs en Somalie, ce qui faisait de ce secteur la zone la plus importante de personnes déplacées au monde.
Les islamistes Shebaab, récemment intégrés à Al-Qaïda, n'ont pour leur part pas réagi immédiatement à cette annonce. Ils avaient jusqu'à présent assuré avoir repoussé l'offensive progouvernementale, tandis que les responsables militaires progouvernementaux avaient au contraire indiqué n'avoir guère rencontré de résistance.

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"Les Shebaab quittent la ville"
"Nous avons combattu depuis mardi pour parvenir à nos fins et nous y sommes parvenus", a poursuivi le colonel Ankunda. "Les Shebaab quittent la ville, ils fuient dans la brousse. Nous contrôlons tous les carrefours aux alentours de Afgoye".
"Nous avons pris Afgoye (...). Il y a eu une brève résistance (des Shebaab), que nous avons brisée. Nous assurons maintenant la sécurité de la route allant d'Afgoye à Mogadiscio", a renchéri auprès de l'AFP Mohamed Abdullah, un commandant de l'armée somalienne.
L'annonce de la prise d'Afgoye, si elle se confirme, constitue un nouveau revers pour les Shebaab, déjà contraints d'abandonner Mogadiscio en août dernier, et confrontés à la pression d'une offensive militaire régionale dans le reste du centre et sud du pays, où les armées éthiopienne et kényane interviennent aussi depuis fin 2011.
Le coordinateur humanitaire de l'ONU pour la Somalie, Mark Bowden, avait cette semaine lancé "un appel à toutes les parties pour qu'elles s'efforcent de minimiser l'impact du conflit sur les civils et permette un accès humanitaire total aux personnes dans le besoin" autour d'Afgoye.
6.200 personnes ont fui cette localité et ses environs depuis le début de l'offensive mardi, en très grande majorité pour se rendre à Mogadiscio où la situation revient lentement à la normale depuis le départ des Shebaab il y a dix mois, selon un décompte vendredi du bureau du Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés chargé de la Somalie.
"Afgoye est à la fois un objectif militaire et un impératif humanitaire", avait souligné vendredi devant la presse à Nairobi Augustine Mahiga, représentant de l'ONU pour la Somalie. "Il s'agit de l'une des opérations les plus difficiles dans cette zone qui concentre le plus grand nombre de déplacés au monde", avait-il poursuivi, s'exprimant peu avant l'annonce de la prise de la localité.

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Nouveau front au Nord
Les Shebaab, qui contrôlaient jusqu'à l'an dernier la quasi-totalité du sud et du centre de la Somalie, y ont déjà perdu ces derniers mois leurs bastions de Beledweyne et Baïdoa.
Ils conservent la ville côtière de Marka et surtout Kismayo, le plus important port du sud du pays, et ils ont mené plusieurs attentats suicide à Mogadiscio. Ils chercheraient désormais à ouvrir un nouveau front plus au nord, vers la région autoproclamée autonome du Puntland.
Rongée par plus de 20 ans de guerre civile, et sans gouvernement effectif depuis la chute du président Siad Barre en 1991, la Somalie doit accoucher d'ici le 20 août de nouvelles institutions pour remplacer les actuels gouvernement et parlement de transition en place depuis plusieurs années.
A cette fin, une Assemblée constituante doit être convoquée le 2 juillet pour adopter une Loi fondamentale le 10 juillet au plus tard, et un nouveau Parlement sera désigné d'ici au 15 juillet, selon un nouveau calendrier adopté cette semaine.

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