vendredi 15 juin 2012

Tunisie : sécurité renforcée et appel au calme dans les mosquées

Des appels au calme ont été lancé dans plusieurs mosquées lors de la grande prière de vendredi en Tunisie où "la situation sécuritaire est normale", selon le gouvernement, après la flambée de violence du début de la semaine.
Dès jeudi soir, les islamistes avaient lancé des signes "d’apaisement" : le parti Ennahda, au pouvoir, et plusieurs factions radicales avaient renoncé à manifester pour "défendre les valeurs du sacré", après l’interdiction de toute marche par le ministère de l’Intérieur.
"La situation sécuritaire est normale dans tout le pays, il n’y a aucune raison pour que les citoyens aient peur", a déclaré le porte-parole du ministère de l’Intérieur Khaled Tarrouche sur la radio Mosaïque FM, juste avant le début de la grande prière de la mi-journée.
"Nous appelons tous les citoyens à poursuivre leur activité normalement, il n’y a aucune raison d’avoir peur", a-t-il insisté, soulignant que les forces de l’ordre étaient "prêtes à faire face à n’importe quelle menace".
Aucun incident n’avait été signalé à la mi-journée, mais de très importants renforts policiers avaient été déployés sur l’avenue Bourguiba, la grande artère du centre ville de Tunis, et dans les rues alentours où un dispositif de contrôle de la circulation serré empêchait tout mouvement de foule.
Un blindé de la garde nationale circulait dans le centre, aux alentours de la mosquée Al Fath.
Dans cette mosquée, d’où partent généralement les manifestations salafistes dans la capitale, le prêche a été l’occasion d’un appel au calme, ont constaté des journalistes de l’AFP, qui n’ont vu aucun salafiste (barbe longue et tunique sombre) sur place.
"Nous sommes tous frères, nous sommes tous musulmans", a lancé le ministre des Affaires religieuses, Nouredine Khadmi, un ancien iman venu prêcher à Al Fath. Il a appelé à l’"unité du peuple tunisien" et mis en garde contre "la sédition". Même son de cloche dans une mosquée proche de la Kasbah, siège du gouvernement.
La tension est légèrement montée après la prière à la mosquée Al Fath, quand un groupe d’hommes a commencé à invectiver les journalistes présents, les accusant de "semer la discorde" et de "mentir".
Jeudi soir, le parti islamiste Ennahda, qui domine le gouvernement et l’Assemblée nationale constituante, mais aussi la branche la plus radicale de la mouvance salafiste tunisienne, Ansar Al Charia, avaient renoncé à manifester pour défendre les "valeurs du sacré".
Ces manifestations avaient été annoncées après une exposition controversée, dont certains oeuvres portaient selon eux atteinte aux valeurs islamiques et qui a été vandalisée dimanche soir par de présumés salafistes.
Des émeutes avaient éclaté dans plusieurs villes de Tunisie dans les heures suivantes, faisant au total un mort et une centaine de blessés. Le gouvernement avait alors instauré un couvre-feu dans huit régions et interdit toute marche vendredi.
"C’est un signe d’apaisement. Toutes les forces et partis politiques veulent tourner la page. Le bon sens a prévalu sur la passion", avait déclaré à l’AFP jeudi soir Ajmi Lourimi, membre du bureau exécutif d’Ennahda.
De son côté, Ansar Al Charia, dirigé par l’ex-jihadiste Abou Iyadh, avait annoncé sur sa page Facebook qu’elle renonçait à toute marche et appelé ses "frères à comprendre cette décision et à ne pas se laisser entraîner par leurs émotions".
Le parti islamiste interdit Hizb Ettahrir avait également renoncé à une marche, mais promis un "rassemblement à la Kasbah" pour "expliquer" ses positions. Quelques hommes étaient effectivement regroupés dans le calme sur la place, a constaté l’AFP.
Si le calme prévalait vendredi dans le centre de Tunis, l’inquiétude restait palpable. De nombreux habitants redoutaient "des dérapages" en cas de rassemblement de salafistes. "On a peur. On n’arrive pas à comprendre si le gouvernement contrôle vraiment la situation", a dit à l’AFP Hedi Barrouche, un commerçant.


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