La prise d’otages en cours en Algérie, où sont retenus plusieurs
dizaines d’expatriés, a définitivement transformé en crise
internationale l’intervention française au Mali et pourrait lever
l’hésitation des autres pays occidentaux qui tardent à s’associer.
Plus de 24 heures après le lancement de son attaque dans l’est de
l’Algérie, près de la frontière libyenne, un groupe se présentant comme
la "katiba des Moulathamine" affirme détenir 41 otages, dont des
Américains, des Japonais et des Européens, et demande l’arrêt de
l’opération française Serval au Mali. Les preneurs d’otages disent
disposer de plusieurs dizaines de combattants armés de mortiers et de
missiles antiaériens sur place et dans les environs de Tigantourine, à
100 km environ de la frontière algéro-libyenne, dans une région qui
assure environ 10 % de la production algérienne de gaz naturel.
Le secrétaire britannique aux Affaires étrangères, William Hague, a
confirmé qu’un ressortissant britannique avait été tué et que "plusieurs
autres" étaient toujours retenus. "C’est une situation dangereuse et
qui évolue rapidement", a commenté le secrétaire au Foreign Office.
Washington a de son côté confirmé la présence d’Américains parmi les
otages, sans préciser leur nombre. En déplacement à Rome, Leon Panetta,
secrétaire américain à la Défense, a pour sa part affirmé : "Les
États-Unis prendront toutes les mesures nécessaires et appropriées pour
faire face à cette situation."
Mercredi soir, le P-DG de la société de services CIS Catering, Régis
Arnoux, avait déclaré que 150 employés algériens étaient également
retenus sur place. En Algérie, la presse a fait état d’un mort parmi les
otages algériens et, selon d’autres informations, un Français a été
tué.
À Paris, les autorités n’ont toujours pas confirmé la présence de
Français parmi les otages, mais la chaîne de télévision France 24 a
diffusé jeudi l’enregistrement d’un témoignage présenté comme celui d’un
Français retenu selon lequel des Japonais, des Norvégiens, des
Philippins, des Sud-Coréens et des Malaisiens figurent aussi parmi les
otages. Toujours selon ce témoignage, les ravisseurs auraient contraint
certains otages à enfiler des ceintures d’explosifs et menaceraient de
faire sauter le site en cas d’intervention de l’armée algérienne. Pour
Bruno Le Roux, président du groupe PS à l’Assemblée nationale, des
Français figurent "sûrement" parmi les otages.
Le Premier ministre japonais Shinzo Abe, en déplacement au Viêtnam, a
déclaré que "le Japon ne tolérera(it) jamais un tel acte", a rapporté
l’agence Jiji.
Selon le gouvernement algérien, les assaillants sont dirigés par Mokhtar
Belmokhtar, un vétéran d’Aqmi (al-Qaida au Maghreb islamique), qui a
fondé son propre groupe en décembre dernier. Ils ne seraient originaires
ni du Mali, ni de Libye, "ni d’aucun autre État frontalier". Le
ministre de l’Intérieur, Daho Ould Kablia, a assuré qu’Alger ne
négocierait pas avec les preneurs d’otages. Ces derniers ont affirmé
avoir repoussé une attaque des forces de sécurité, après avoir prévenu
que toute tentative pour libérer les otages conduirait à une "fin
tragique". Les preneurs d’otages exigent la fin des opérations
militaires françaises au Mali, a rapporté l’agence de presse
mauritanienne Ani. Et Sahara Media, une agence proche des insurgés, a
déclaré que l’attaque avait été menée "en réaction à l’ingérence
flagrante de l’Algérie autorisant l’usage de son espace aérien par
l’aviation française pour mener des raids contre le nord du Mali".
La France reste de fait en première ligne sur le sol malien, où environ 1
700 soldats français sont déjà engagés dans l’opération Serval, lancée
vendredi dernier pour contrer l’offensive des groupes islamistes qui
contrôlent le nord du pays, ce qui fait de l’Hexagone une cible de
premier plan. L’opération est entrée mercredi dans une nouvelle phase
avec l’envoi de troupes au sol vers les zones de combat.
Pour Christian Rouyer, ambassadeur de France au Mali, la prise d’otages
en Algérie donne à l’opération malienne "une dimension régionale et même
internationale". "Certains en France ont pu douter de cette dimension,
je crois que nous avons la preuve flagrante que ce problème dépasse la
situation du simple Nord-Mali", a-t-il dit sur France Inter. Même si le
président François Hollande a assuré mercredi que la France n’était "pas
seule" dans cette opération, les soutiens de ses alliés tardent à se
concrétiser.
Leon Panetta a assuré que les États-Unis prenaient "très au sérieux"
l’intervention militaire française et qu’ils examinaient les conditions
légales nécessaires à une éventuelle assistance américaine. Les premiers
renforts en hommes à l’opération Serval devraient en fait provenir de
la Cedeao, la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest.
Celle-ci a annoncé que les troupes françaises recevraient prochainement
le renfort de 2 000 soldats africains dans le cadre de l’opération menée
au Mali sous mandat de l’ONU. Un premier contingent de 900 militaires
nigérians pourrait arriver dès jeudi, avant l’envoi sur place de soldats
tchadiens, nigériens et d’autres pays.
Lancé le 19 décembre 2011, "Si Proche Orient" est un blog d'information internationale. Sa mission est de couvrir l’actualité du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord avec un certain regard et de véhiculer partout dans le monde un point de vue pouvant amener au débat. "Si Proche Orient" porte sur l’actualité internationale de cette région un regard fait de diversité des opinions, de débats contradictoires et de confrontation des points de vue.Il propose un décryptage approfondi de l’actualité .
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