mercredi 6 février 2013

Syrie : l’offre de dialogue avec Damas divise l’opposition

L’offre de dialogue avec Damas lancée par le chef de l’opposition pour trouver une solution à près de deux ans de conflit meurtrier en Syrie suscite de violentes critiques dans son propre camp, déjà divisé, avant même que le régime n’y réponde.
L’ouverture d’Ahmed Moaz al-Khatib, président de la Coalition de l’opposition, est intervenue après plus de 22 mois de violences meurtrières, et elle est soutenue non seulement de Washington et de la Ligue arabe, mais surtout des deux principaux alliés de Damas, la Russie et l’Iran.
Mais le Conseil national syrien (CNS), principale composante de la Coalition, a opposé une fin de non-recevoir à la proposition de M. Khatib de dialoguer sous conditions avec le régime de Bashar al-Assad.
Affirmant sans ambages que le CNS était attaché à ses "principes", soit "la chute du régime syrien avec toutes ses composantes et le refus de tout dialogue avec lui", le groupe a refusé que la "révolution" syrienne devienne "otage de compromis internationaux".
Le CNS a également exprimé son indignation après des contacts inédits entre M. Khatib et le chef de la diplomatie iranienne Ali Akbar Salehi, qui se sont rencontrés dimanche, affirmant "refuse(r) cette démarche, tant que l’Iran soutient le régime".
Ces critiques jettent le trouble au sein de la Coalition, née tout juste en novembre au forceps après plusieurs tentatives vaines d’unir des groupes d’opposants hétéroclites. M. Khatib avait anticipé les critiques, refusant "que ceux qui parlent de négociations soient accusés de trahison".
Le pouvoir à Damas n’a toujours pas réagi à l’offre, même si un quotidien proche du régime a douté de son sérieux, estimant que la proposition était "insuffisante" et appelant M. Khatib indirectement à désavouer la rébellion armée.
La diplomatie américaine avait apporté son soutien à l’offre de M. Khatib, tout en excluant l’immunité pour Assad. Le chef de la Coalition avait proposé d’ouvrir des négociations avec le vice-président Farouk al-Chareh, évoqué tour à tour par la Ligue arabe, les Nations unies et la Turquie pour remplacer Bachar al-Assad en cas de transition négociée.
Loin des tractations diplomatiques, les violences ne cessent pas en intensité en Syrie, où selon l’ONU, plus de 60.000 personnes ont péri en près de deux ans.
Outre les tueries, les destructions et la situation humanitaire catastrophique, la population la plus vulnérable semble de plus en plus prise dans l’engrenage de la guerre.
"Quand ils arrivent ici, ce sont des enfants. Mais quand ils sortent, ils sont devenus des machines à tuer", affirme à l’AFP, sans état d’âme, un sergent déserteur qui forme des adolescents dans la région d’Alep (nord) pour les envoyer au combat contre l’armée régulière.
Dans ville de Palmyre (centre), 12 membres des services de sécurité ont été tués après un double attentat suicide à la voiture piégée contre des bâtiments des services syriens du renseignement, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), une attaque inédite dans cette ville célèbre pour ses ruines romaines.
Les attentats suicide se sont multipliés en Syrie à mesure que la révolte entamée mi-mars 2011 se militarisait, pour la plupart revendiqués le Front juhadiste Al-Nosra, considéré par Washington comme "organisation terroriste" et dont l’influence est croissante sur le terrain.
Et à Damas, de "combats intenses" opposent rebelles et soldats dans le quartier de Qadam (sud), ainsi que dans la périphérie de Jobar et de Qaboune (est). Les habitants de la capitale ont entendu des "bombardements inhabituellement intenses".
Les violences ont encore tué 106 personnes mardi selon l’OSDH, qui s’appuie sur un large réseau de militants, de médecins et d’avocats dans le pays.

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12 agents du renseignement tués dans un attentat
Douze membres de services syriens du renseignement ont été tués mercredi dans un double attentat-suicide à la voiture piégée contre deux de leurs bâtiments à Palmyre, dans le centre de la Syrie, a rapporté l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). "Au moins 12 membres des services de sécurité ont été tués et 20 autres ont été blessés, dont certains grièvement, à Palmyre, quand deux hommes ont fait sauter en même temps deux voitures piégées devant le siège des renseignements militaires et celui des renseignements généraux, distants de deux kilomètres", précise l’ONG.
Huit civils ont également été blessés par des tirs qui ont éclaté après les deux explosions dans cette ville célèbre pour ses ruines romaines inscrites au patrimoine de l’Unesco, ajoute l’OSDH qui dispose d’un large réseau de militants et de médecins à travers le pays. L’agence officielle syrienne Sana a indiqué pour sa part que "deux hommes se sont fait exploser dans deux voitures remplies d’explosifs dans le quartier résidentiel d’al-Jamiya al-Gharbi" à Palmyre, faisant des tués et blessés, sans en préciser le nombre.
Les attentats-suicides se sont multipliés en Syrie à mesure que la révolte entamée mi-mars 2011 se militarisait, pour la plupart revendiqués par le front djihadiste Al-Nosra, considéré par Washington comme une "organisation terroriste" et dont l’influence est croissante sur le terrain.

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Les rebelles forment des adolescents à devenir "des machines à tuer"
"Quand ils arrivent ici, ce sont des enfants. Mais quand ils sortent, ils sont devenus des machines à tuer" : sans aucun état d’âme le sergent déserteur Abderrazaq forme des adolescents pour les envoyer au combat contre les troupes du président syrien Bashar al-Assad.
"Moussab ! Tu es censé le tuer, pas lui caresser le torse", hurle-t-il, quand un jeune de 14 ans, qui a réussi à désarmer un garçon de l’équipe adverse, lui donne un coup de poing au lieu de faire mine de le poignarder.
"Je suis très fier de mon fils. Je sais qu’il deviendra un bon soldat", affirme son père, Abu Kamal, qui combat au sein de l’Armée syrienne libre (ASL, rebelles), tout comme neuf oncles et dix cousins de Moussab.
Sobhi, 15 ans, a supplié son père de le laisser suivre la formation. "J’en avais assez de rester à la maison à attendre que mon père et mes frères rentrent du front et me racontent leur guerre. Je veux y aller moi-même et la voir de mes propres yeux", explique-t-il.
Moustapha, 14 ans, est beaucoup moins déterminé, mais il répète ce que lui soufflent les adultes : "Je veux lutter pour ma famille et mon pays, et si je dois donner ma vie, je suis prêt".
"Les enfants sont les meilleurs soldats que je connaisse. Tu commandes et ils obéissent. Un adulte, lui, va poser des questions. Ces enfants (...) ne mettent rien en doute", assure Abderrazaq. "Leurs parents veulent qu’ils reçoivent une formation militaire avant de les envoyer en première ligne, où, sans un bon entraînement, ils mourraient rapidement", explique ce militaire de 38 ans.
"Le problème, c’est qu’il n’y a plus d’adultes dans les villages, du coup ce sont les enfants qui suivent une formation militaire", poursuit-il, en passant en revue ses jeunes troupes dans une ancienne école de la province d’Alep (nord) transformée en académie militaire rebelle.
Et si nombre de ces jeunes risquent de périr, "d’autres viendront les remplacer pour continuer la lutte", assure Abderrazaq, alors que le conflit en Syrie a fait plus de 60.000 morts en 22 mois selon l’ONU.
Pour Jean-Nicolas Beuze, en charge de la protection de l’enfance pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord au sein de l’Unicef, c’est l’une des particularités du conflit syrien. "Il n’y a pas de recrutement actif d’enfants comme dans d’autres conflits, les jeunes se présentent parfois spontanément, encouragés par leur famille, mais les chefs des groupes armés ont l’obligation de les refuser", dit-il à l’AFP.
Le droit international interdit en effet à toute personne de moins de 18 ans de participer au combat ou à des opérations de soutien, comme l’espionnage, le transport d’armes ou l’approvisionnement des combattants, rappelle-t-il. Et avoir recours à des enfants "en position de combat ou de soutien aux combattants constitue une violation grave des droits de l’enfant", souligne-t-il.
Sur internet, de nombreuses vidéos montrent des enfants-soldats à travers le pays. Tournées par des médias internationaux ou par des brigades rebelles qui ont fait de ces enfants leurs mascottes, elles montrent des jeunes garçons tenant des kalachnikov et, pour l’un d’eux, un lance-roquettes plus grand que lui.
Sur l’une de ces vidéos, filmée par des insurgés, le 24 novembre, à Deir Ezzor, dans l’est du pays, apparaît un jeune garçon portant un gilet militaire et un fusil automatique, au milieu de rebelles tirant au front. "Voilà le plus jeune combattant de Syrie", lance le caméraman, avant que le garçon ne se présente comme "Danny Walid, 14 ans".
Plusieurs autres vidéos, tournées dans la même région, montrent des garçons, tous présentés comme "le plus jeune combattant de Syrie", au milieu de groupes rebelles.
Une vidéo particulièrement choquante, largement diffusée par les partisans du régime, montre un garçonnet entouré par des hommes présentés comme des rebelles.
Il a une hache dans la main et décapite un homme au sol sous les félicitations des hommes qui l’entourent. Après avoir détaché la tête du corps, les rebelles la lancent et la font rouler à terre devant l’enfant.

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