(Un policier dans les rues de Tunis, le mercredi 6 février. © Fethi Belaid / AFP)
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La police a déployé jeudi un important dispositif de sécurité dans le
centre de Tunis au lendemain de l’assassinat d’une figure de
l’opposition et de manifestations contre le pouvoir islamiste que le
Premier ministre a tenté d’apaiser en annonçant la formation d’un
nouveau gouvernement. Si aucun appel à descendre dans la rue n’a été
lancé par les partis d’opposition ou les syndicats pour jeudi, les
rassemblements de la veille dans plus d’une dizaine de villes avaient
été spontanés. Les violences de mercredi à Tunis ont fait un mort dans
les rangs de la police et plusieurs locaux du parti islamiste Ennahda,
qui dirige le gouvernement depuis des élections en octobre 2011, ont été
incendiés et saccagés par des manifestants à travers la Tunisie.
Jeudi matin, à Tunis, un important dispositif de sécurité a été déployé
par la police avenue Habib-Bourguiba, théâtre de heurts entre
manifestants et policiers jeudi et haut lieu de la révolution de janvier
2011 qui avait renversé le régime de Zine el-Abidine Ben Ali. Des bus,
des camionnettes et des fourgons cellulaires ont été postés en nombre et
la circulation a été interdite le long du ministère de l’Intérieur. Les
commerces ont rouvert sur cet axe, mais par précaution, nombre de
magasins ont abaissé leurs rideaux de fer pour protéger leurs vitrines.
La presse tunisienne craignait dès lors que l’assassinat par balles de
l’opposant Chokri Belaïd - homme de gauche et critique acerbe des
islamistes - ne plonge le pays dans un cycle de violences toujours plus
sanglant, tout en espérant que l’annonce de la formation d’un nouveau
gouvernement désamorce ces tensions. Ce meurtre, qui a tout de
l’assassinat politique commandité, n’a pas de précédent dans l’histoire
moderne de la Tunisie, soulignent les journaux.
La famille de l’opposant tué préparait les funérailles, prévues vendredi
après-midi. Quatre partis politiques ont appelé à une grève générale
pour le jour des obsèques, mais la puissante centrale syndicale UGTT n’a
pas exprimé de position sur le sujet, alors que sa capacité de
mobilisation est clé pour tout débrayage d’ampleur. Les syndicats des
avocats, des magistrats et du parquet ainsi que les enseignants de la
principale université tunisienne (La Manouba, banlieue de Tunis) ont
annoncé observer une grève dès jeudi. Les violences politiques et
sociales se sont multipliées ces derniers mois face aux espoirs déçus de
la révolte.
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Ennhada refuse la formation d’un gouvernement tunisien restreint
Le parti islamiste Ennhada, principale formation politique en Tunisie, a
refusé jeudi la dissolution du gouvernement voulue par le Premier
ministre Hamadi Jebali, issu de ses rangs, et veut poursuivre les
discussions sur un éventuel remaniement.
"Le Premier ministre n’a pas sollicité l’opinion de son parti", a déclaré le vice-président d’Ennhada, Abdelhamid Jelassi.
"Nous croyons nous à Ennhada que la Tunisie a besoin aujourd’hui d’un
gouvernement politique (...) Nous allons poursuivre les discussions avec
les autres partis sur la formation d’un gouvernement de coalition",
a-t-il ajouté.
Hamadi Jebali a annoncé mercredi sa décision de former un "gouvernement
de compétences nationales" composé de technocrates "n’appartenant à
aucun parti et travaillant pour l’intérêt de la Nation".
Il a également promis d’organiser rapidement des élections pour tenter
de calmer les violentes manifestations provoquées par l’assassinat du
dirigeant de l’opposition laïque Chokri Belaïd.
Hqamadi Jebali est l’un des fondateurs d’Ennhada et demeure son secrétaire général.

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