Pas un jour ne passe sans que les tombes ne soient vandalisées", se
lamente Dalmasso Bruno, gardien du cimetière italien à Tripoli,
illustrant les inquiétudes grandissantes de la communauté chrétienne en
Libye face au fondamentalisme musulman.
"Des restes d’ossements humains ont été sortis de leur tombe et
éparpillés dans le cimetière", situé au centre de Tripoli, déplore le
gardien.
Selon lui, "les autorités libyennes sont venues prendre des photos et ont promis des dispositions. Mais rien n’a été fait".
Depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, la minorité
chrétienne en Libye exprime des craintes quant à la montée de
l’extrémisme musulman, en particulier après l’attentat perpétré fin
décembre contre une église près de Misrata, à 200 km à l’est de Tripoli,
qui a tué deux coptes égyptiens.
Mais malgré les inquiétudes, des dizaines de fidèles, philippins,
indiens et africains pour la plupart, affluent chaque semaine pour
assister à la messe à l’église catholique Saint François, près du centre
de Tripoli, où ils prient "afin que la Libye retrouve sa sécurité et sa
stabilité".
"Regardez, il n’y a aucune disposition sécuritaire à l’extérieur de
l’église et les fidèles se déplacent librement", souligne le Père
Dominique Rézeau.
"Tel n’est pas le cas en Cyrénaïque (est) où des pressions sont exercées
sur les chrétiens, notamment les soeurs, qui ont été contraintes de
quitter leur congrégations (...), dans l’est du pays", déplore-t-il.
"Sur les 100 000 chrétiens que comptait le pays avant la révolution (de
2011 qui a renversé le régime de Kadhafi), seuls quelques milliers sont
restés", regrette le prêtre.
Mgr Giovanni Innocenzo Martinelli, le vicaire apostolique de l’Eglise
catholique, affirme toutefois qu’à Benghazi, berceau de la révolution en
proie à l’insécurité dans l’est de la Libye, l’église "est toujours
ouverte", malgré une "atmosphère très tendue" et une "situation
critique" affectant les chrétiens.
Mgr Martinelli a mis en garde récemment contre un fondamentalisme
musulman qui "conditionne les décisions" de manière indirecte, ce qui
fragilise la présence chrétienne dans le pays.
Les chrétiens, toutes dénominations confondues, représentaient moins de
3% des 6,3 millions d’habitants de ce pays musulman. La quasi-totalité
sont étrangers, dont une grande partie venus d’Egypte, où les Coptes
sont la plus importante minorité religieuse.
Après la messe, les fidèles discutent et échangent des nouvelles dans un
brouhaha de langues, tandis que des Nigérianes parées dans leurs habits
traditionnels exposent sur des tables en bois des produits exotiques et
traditionnels.
Un fidèle, Antony Amstrong, déplore "la violence et l’insécurité". Ce
Ghanéen, qui enseigne le français en Libye depuis une vingtaine
d’années, regrette que "tous les sacrifices et le prix payé par les
Libyens n’aient pas apporté la stabilité à ce pays".
"Le problème de l’insécurité concerne tout le monde", affirme Ftsing
Giscard, un Camerounais de 30 ans installé en Libye depuis trois ans.
Selon lui "les Africains rencontrent plus de problèmes parce qu’ils sont
africains, en situation irrégulière et certains ne disposent pas de
papiers d’identité".
"Les Libyens les accusent d’être des mercenaires et d’avoir combattu aux
côtés des troupes de Kadhafi. C’est pourquoi ils sont régulièrement
arrêtés", affirme cet électricien.
Lancé le 19 décembre 2011, "Si Proche Orient" est un blog d'information internationale. Sa mission est de couvrir l’actualité du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord avec un certain regard et de véhiculer partout dans le monde un point de vue pouvant amener au débat. "Si Proche Orient" porte sur l’actualité internationale de cette région un regard fait de diversité des opinions, de débats contradictoires et de confrontation des points de vue.Il propose un décryptage approfondi de l’actualité .
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