Yaïr Lapid, le ministre des Finances israélien, a sonné le tocsin la
semaine dernière lors de la conférence de l’Institut national d’études
de la sécurité : "Un boycott d’Israël par l’Europe, à la suite d’un
échec des négociations avec les Palestiniens, porterait, a-t-il dit, un
coup très dur à notre économie, et tous les Israéliens en subiraient les
conséquences." De fait, selon les analyses du Trésor israélien, en cas
de boycott de grande ampleur, les pertes pour l’économie israélienne
pourraient atteindre 20 milliards de dollars et on assisterait au
licenciement quasi immédiat de près de 10 000 employés.
Pour les grands patrons, l’alerte est sérieuse. Une centaine d’entre eux
ont envoyé une délégation chez Benyamin Netanyahou afin de lui demander
que tout soit fait pour parvenir à un accord avec les Palestiniens.
"Sinon, ont-ils averti, nous serons isolés et notre économie sera
atteinte de plein fouet."
Les relations entre l’Allemagne et Israël entravées
Déjà, on enregistre des signes inquiétants. Cela a commencé avec
l’annonce du fonds de pension hollandais, PGGM, un géant dans son
domaine, de retirer ses investissements des banques israéliennes.
Motif : elles ont des agences dans les colonies en Cisjordanie. Toujours
aux Pays-Bas, la compagnie des eaux, Vitens, a suivi en annulant le
projet de partenariat avec Mekorot, son homologue israélienne. Et ce
lundi, le quotidien indépendant Haaretz révélait que la plus grande
banque danoise avait décidé de mettre à l’index la banque Hapoalim, en
raison de sa participation au financement de la construction dans les
colonies.
Avec l’Allemagne, des difficultés ont surgi lors de la renégociation de
deux accords, l’un portant sur la coopération entre les universités des
deux pays, et l’autre sur des fonds allemands pour la recherche et le
développement industriel. Berlin veut inclure une nouvelle clause
interdisant les subventions à toute institution universitaire ou
entreprise high-tech oeuvrant ou ayant des liens avec les implantations
de Cisjordanie et/ou Jérusalem-Est. Tout cela s’ajoute au boycott direct
des produits issus des colonies qui a déjà coûté très cher, même s’il
ne concerne que 2 à 3 % de l’économie israélienne.
Quand Scarlett Johansson s’en mêle
Mais pour la droite nationaliste, religieuse et laïque, pas question de
changer de politique. Aux déclarations de son collègue des Finances, le
ministre de l’Économie Naftali Bennett, qui est aussi le chef de la
Maison juive, le parti des colons, a répondu : "Certes, le boycott nuira
à l’économie d’Israël, mais c’est la création d’un État palestinien qui
la détruira." Et depuis, c’est haro sur John Kerry, qui, récemment, a
lancé un avertissement : "En cas d’échec du processus de paix, Israël
fera face à un isolement grandissant, un élargissement du boycott, ce
qui mettra en danger son économie et sa sécurité." Des hauts
responsables israéliens accusent le secrétaire d’État de ne rien faire
contre le boycott, voire de l’utiliser pour obtenir des concessions
israéliennes dans les négociations. Même s’il a adopté un ton plus
modéré, Benyamin Netanyahou a qualifié "d’immorales et injustifiées les
tentatives de boycotter l’État d’Israël", avant de se déclarer persuadé
"qu’elles n’atteindraient pas leurs objectifs". À Washington, le
département d’État et Susan Rice, la conseillère à la sécurité
nationale, ont condamné ces attaques personnelles contre John Kerry.
Ambiance.
Dans ce contexte, l’héroïne du jour en Israël, c’est Scarlett Johansson.
Elle a récemment défrayé la chronique en raison de son contrat
publicitaire avec la société SodaStream, dont une des usines est située
dans la colonie de Maale Adoumim. Face aux critiques de BDS, le
mouvement pro-palestinien de boycott d’Israël, la célèbre actrice
américaine a défendu la position de ces fabricants de machines à soda.
Au Huffington Post, elle a expliqué : "Il s’agit d’une entreprise
engagée pour l’environnement. Elle construit un pont pour la paix entre
Israël et la Palestine en employant des salariés des deux pays qui ont
les mêmes salaires et les mêmes droits." Mais Scarlett Johansson a dû,
sous la pression, quitter son poste d’ambassadrice internationale
d’Oxfam, l’ONG britannique qui lutte contre la pauvreté et est très
active dans les territoires palestiniens.
Lancé le 19 décembre 2011, "Si Proche Orient" est un blog d'information internationale. Sa mission est de couvrir l’actualité du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord avec un certain regard et de véhiculer partout dans le monde un point de vue pouvant amener au débat. "Si Proche Orient" porte sur l’actualité internationale de cette région un regard fait de diversité des opinions, de débats contradictoires et de confrontation des points de vue.Il propose un décryptage approfondi de l’actualité .
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