dimanche 16 février 2014

Syrie : reprise à Genève des discussions, toujours dans l’impasse

Les discussions entre opposition et gouvernement syriens menées par le médiateur de l’ONU Lakhdar Brahimi devaient reprendre samedi à Genève, en dépit de l’impasse dans laquelle elles se trouvent, un appel aux parrains russes et américains de la Conférence n’ayant produit aucun effet.
La veille, au moins 47 personnes dont 14 combattants rebelles ont été tuées en Syrie dans un attentat à la voiture piégée devant une mosquée d’une localité tenue par les rebelles dans la province de Deraa (sud), a rapporté l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).
A Alep (nord), des rebelles ont fait exploser des mines sous l’hôtel Carlton, faisant au moins 18 morts parmi les soldats et miliciens qui y étaient positionnés. De violents combats ont ensuite opposé les soldats soutenus par des miliciens aux rebelles, faisant des morts chez ces derniers selon l’OSDH, qui n’était pas en mesure de donner de bilan dans l’immédiat.
A Genève, plus que jamais les positions sont fondamentalement opposées, la seule note commune étant le constat que l’impasse est totale.
"Malheureusement, cette discussion n’a accompli aucun progrès", a affirmé le vice-ministre syrien des Affaires étrangères Faisal Mokdad. Le porte-parole de la délégation de l’opposition, Louai Safi, énonce la même conclusion. "A ce jour les négociations sont dans l’impasse comme vous le savez tous", a-t-il dit aux journalistes.
L’un comme l’autre n’ont donné aucune indication quant à la suite des pourparlers.
Le vice-ministre syrien a répété que pour le gouvernement, la lutte contre "le terrorisme" demeure la priorité. "Ceux qui ne veulent pas combattre le terrorisme ne font définitivement pas partie du peuple syrien", a-t-il affirmé. "Ceux qui portent des armes contre leur peuple et leur gouvernement sont des terroristes", a-t-il dit.
"Nous n’avons pas de problème pour discuter du terrorisme initié par le régime (...) mais sans une autorité gouvernementale de transition, on n’aboutira à rien", a répété pour sa part le représentant de l’opposition, soulignant que sa délégation a présenté jeudi un document écrit sur les missions d’une telle autorité.
La délégation du gouvernement n’a même pas voulu le prendre. Il a rappelé que le document présenté prévoit le départ "de Syrie de tous les combattants étrangers", un objectif qui vise aussi bien les miliciens libanais du Hezbollah venus aider le régime, que les jihadistes étrangers que désormais l’opposition combat.
"Des discussions pour la galerie n’ont pas de sens", a estimé un haut responsable américain, pour qui le conflit doit être réglé au niveau politique et pas sur le champ de bataille. "Clairement, les Russes doivent faire pression sur le régime syrien de manière beaucoup plus forte que ce qu’ils ont fait jusqu’à présent", a déclaré la porte-parole du Département d’Etat, Marie Harf. "Nous demandons aux Russes, très franchement, d’en faire beaucoup plus parce qu’il n’y a pas tellement de pays qui ont de l’influence sur le régime" syrien, a-t-elle ajouté.
Les parrains russe et américain de la Conférence s’étaient réunis jeudi avec M. Brahimi pour essayer de débloquer la situation puis les représentants russes avaient vu les deux délégations, ne provoquant aucun changement notable.
Jeudi soir un responsable de l’opposition, Bader Jamus, secrétaire général de la Coalition, s’était déclaré insatisfait après une rencontre avec les diplomates russes, à qui il a reproché de reprendre à son compte la priorité du régime, la lutte contre la violence et le terrorisme.
Le responsable américain s’exprimant sous couvert d’anonymat, a salué "le travail extraordinaire" accompli par la délégation de l’opposition, "apportant des solutions constructives sur la table, y compris ce plan très détaillé sur l’autorité gouvernementale de transition".
L’impasse dans les discussions rend les diplomates plus pessimistes. "On s’attendait à ce que les discussions soient difficiles. Mais on ne s’attendait pas à ce qu’ils soient incapables de trouver un compromis sur un calendrier, et ça franchement, ça n’est pas bon", a estimé un diplomate occidental, qui comme d’autres collègues envisage maintenant que le médiateur puisse déclarer forfait.
En Syrie, plus de 2.700 habitants de la région montagneuse du Qalamoun ont fui les raids aériens et les combats, pour le village libanais d’Aarsal, a indiqué le Haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR). Depuis trois jours, l’armée syrienne attaque les positions rebelles dans et autour de Yabroud, la plus grande ville du Qalamoun, une situation qui a suscité la préoccupation du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU vendredi.
"Nous sommes profondément inquiets de la possibilité que l’attaque de Yabroud suive le schéma des précédentes attaques des villes et villages à travers la Syrie", qui ont eu pour résultats "de lourdes pertes civiles", a déclaré Rupert Colville, porte-parole de la Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme.
M. Colville a pointé des rapports faisant état d’une augmentation des raids aériens et du pilonnage de la ville, et d’une préparation militaire qui suggère qu’un assaut important se préparait.

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Washington envisage de faire davantage pression sur Damas
Les Etats-Unis envisagent des mesures pour faire davantage pression sur le régime syrien, a déclaré tard vendredi le président américain Barack Obama en recevant le roi de Jordanie Abdallah II.
"Nous ne nous attendons pas à régler cela à aucun moment sur le court terme, alors il va y avoir des mesures immédiates que nous allons devoir prendre pour aider la situation humanitaire là-bas", a déclaré M. Obama lors d’une rencontre avec le roi de Jordanie au sujet de la guerre civile qui dure depuis près de trois ans en Syrie.
"Il y aura des mesures intermédiaires que nous pourrons prendre pour mettre davantage de pression sur le régime d’Assad", a ajouté, sans fournir de précisions, le président américain.
Barack Obama a par ailleurs proposé un milliard de dollars en garanties de prêts à la Jordanie, ainsi que que le renouvellement d’un accord de coopération représentant 660 millions de dollars par an.
Ces fonds sont en partie destinés à aider ce pays à faire face à l’afflux continu de réfugiés qui fuient la guerre civile en Syrie, ainsi qu’à compenser la perte de ressources en gaz en provenance d’Egypte.
M. Obama a pris cet engagement lors de sa rencontre en Californie avec le roi de Jordanie dans une propriété de Rancho Mirage, à 200 km au sud-est de Los Angeles.
Le souverain hachémite, l’un des principaux alliés des Etats-Unis au Moyen-Orient, avait rencontré mercredi à Washington le vice-président Joe Biden, évoquant avec lui des "mesures en cours pour parvenir à une transition politique et une fin au conflit en Syrie" et "la façon de répondre le mieux à la menace grandissante de l’extrémisme violent alimenté par le conflit syrien", selon l’exécutif américain.
Les discussions entre opposition et gouvernement syriens menées par le médiateur de l’ONU Lakhdar Brahimi devaient reprendre samedi à Genève, en dépit de l’impasse dans laquelle elles se trouvent.

(15-02-2014)

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