dimanche 23 février 2014

Syrie : l’ONU vote la levée du siège des villes

Le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté samedi à l’unanimité une résolution non contraignante qui réclame la levée du siège de plusieurs villes de Syrie et des facilités de passage pour les convois humanitaires. Après avoir fait peser la menace d’un veto, la Russie s’est finalement ralliée à un texte présenté par l’Australie, le Luxembourg et la Jordanie et soutenu par Londres, Washington et Paris. Certains diplomates doutent cependant de l’efficacité de cette résolution 2139 en l’absence de sanctions automatiques pour forcer Damas à laisser passer les convois d’aide.
Depuis le début de la crise syrienne en mars 2011, la Russie a bloqué à trois reprises des résolutions occidentales visant à faire pression sur le régime syrien. La Chine s’est à chaque fois associée à ce veto russe.
Le Conseil avait déjà adopté le 2 octobre 2013 une déclaration réclamant un meilleur accès humanitaire en Syrie mais elle était restée lettre morte.

Plus de 140 000 morts en trois ans
Entre-temps la situation s’est détériorée : le bilan atteint plus de 140 000 morts en trois ans, selon des ONG, et des millions de Syriens ont été déplacés ou poussés à l’exil. Selon l’ONU, les agences humanitaires ont du mal à atteindre plus de trois millions de Syriens et 250 000 sont carrément pris au piège des combats. Une trêve a pu être négociée début février à Homs (centre), assiégée depuis un an et demi par l’armée syrienne, permettant d’évacuer 1 400 civils, mais 2 000 personnes seraient encore bloquées dans les quartiers rebelles.
La résolution "appelle toutes les parties (au conflit) à lever immédiatement les sièges des zones peuplées", dont Homs, le camp palestinien de Yarmouk près de Damas et la Ghouta (périphérie rurale de Damas). "Affamer les civils est une tactique de guerre prohibée par les lois humanitaires internationales", souligne le Conseil. Il demande "à toutes les parties de cesser immédiatement toute attaque contre les civils (...), y compris les bombardements aériens, notamment l’utilisation de barils d’explosifs", une référence claire à la tactique employée par l’armée de Bashar à Alep (nord).
Il "exige que toutes les parties, et en particulier les autorités syriennes, autorisent sans délai un accès humanitaire rapide, sûr et sans entrave pour les agences des Nations unies et leurs partenaires, y compris à travers les lignes de front et à travers les frontières".

Pas de sanctions automatiques prévues
Cet accès transfrontalier est réclamé depuis longtemps par les humanitaires. Ils souhaitent que l’aide puisse être acheminée directement à partir de l’Irak ou de la Turquie, sans passer par Damas, ce que le régime refuse pour l’instant.
Les demandes du Conseil s’adressent à "toutes les parties", mais visent tout particulièrement le gouvernement syrien, auquel il est rappelé qu’il a la responsabilité de protéger sa population civile.
Le texte a été âprement négocié avec Moscou, qui a cherché à en gommer les critiques les plus sévères envers Damas, et surtout à éliminer toute référence à des sanctions. Ainsi le texte ne prévoit pas de sanctions automatiques, mais laisse ouverte la possibilité d’agir ultérieurement contre les récalcitrants. Sur avis du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, qui devra se prononcer dans un délai de 30 jours, le Conseil pourra "prendre des mesures additionnelles en cas de non-mise en oeuvre de la résolution". Il faudra toutefois une nouvelle décision du Conseil, que la Russie bloquerait à coup sûr.
Dans ces conditions, certains diplomates doutent de l’efficacité de la résolution : "On va essayer de rendre ce texte opérationnel", explique l’un d’eux. Mais si le régime refuse de l’appliquer, "les Russes s’opposeront à toute pression". Pour amadouer Moscou, le Conseil a dénoncé "l’augmentation des attaques terroristes" en Syrie, un des arguments favoris du régime, sur lequel Moscou insistait.

(22-02-2014)

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