Le gouvernement américain a marqué des points dans sa campagne visant à
convaincre le Congrès du bien-fondé d’une intervention militaire en
Syrie, en pointant la menace iranienne, peu avant le début mercredi d’un
débat sur la Syrie au Parlement français. Le président américain Barack
Obama s’est dit confiant, peu avant son départ pour la Suède mardi
soir, que les parlementaires américains voteraient, peut-être dès la
semaine prochaine, une résolution l’autorisant à frapper le régime du
président syrien Bashar el-Assad, en représailles de l’utilisation
d’armes chimiques.
Pour satisfaire les plus réticents d’entre eux, une nouvelle résolution a
été élaborée au Sénat américain limitant toute intervention en Syrie à
60 jours, avec la possibilité d’une extension à 90 jours, et interdisant
au président de déployer des soldats américains dans le "but
d’opérations de combat" en Syrie, un vocabulaire qui laisse la
possibilité d’opérations pour secourir des pilotes américains, par
exemple. Une commission du Sénat votera sur ce nouveau texte mercredi à
15 h 30 GMT (17 h 30 à Paris).
L’issue des votes la semaine prochaine dans les deux chambres du Congrès
restait pourtant incertaine, même si Barack Obama a engrangé mardi le
soutien-clé de son principal adversaire politique, le président
républicain de la Chambre des représentants, John Boehner. M. Obama a
une nouvelle fois mis l’accent sur le fait que toute intervention en
Syrie serait "limitée" et "proportionnelle". "Cela n’implique pas de
troupes au sol, ce n’est pas l’Irak, ce n’est pas l’Afghanistan", a-t-il
souligné.
"Ce n’est pas le moment d’être isolationniste dans un fauteuil. Ce n’est
pas le moment d’être spectateur d’un massacre", a lancé de son côté le
chef de la diplomatie John Kerry lors d’une audition très médiatisée au
Sénat américain, avertissant que l’inaction était bien plus risquée
qu’une intervention. "L’Iran espère que vous regardez de l’autre côté",
a-t-il prévenu, en évoquant le dossier du nucléaire iranien. "Notre
inaction lui donnerait certainement la possibilité au mieux de se
tromper sur nos intentions, quand ce ne serait pas de les mettre à
l’épreuve", a-t-il ajouté, en citant aussi le Hezbollah et la Corée du
Nord.
L’opinion américaine, tout comme les élus, restait encore à convaincre.
Selon un sondage ABC News/Washington Post publié mardi, 59 % des
Américains s’opposent à des frappes par missiles de croisière en Syrie,
tandis que 48 % se disaient opposés (29 % favorables) dans une autre
enquête, de l’institut Pew.
En France, où le Parlement s’apprêtait mercredi à débattre de la
pertinence d’une intervention en Syrie, l’opinion publique est également
réticente.
Quelque 74 % des Français veulent un vote avant toute
action militaire contre la Syrie. Le débat mercredi ne sera pas suivi
d’un vote. La question d’un autre débat, suivi d’un vote, pourrait
toutefois se poser après la consultation du Congrès américain à partir
du 9 septembre. Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault devait confirmer à
partir de 16 heures devant les députés la ligne diplomatique
française : réunir une coalition internationale afin de "sanctionner"
Bashar el-Assad. Mardi, le président François Hollande s’est montré
toujours plus "déterminé" à intervenir contre le régime syrien qu’il
tient pour responsable du massacre chimique du 21 août à Damas, appelant
l’Europe à s’unir sur cette question.
Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a de son côté mis
en garde mardi contre les risques d’une "action punitive", mettant en
avant l’impact qu’elle pourrait avoir "sur les efforts pour empêcher
d’autres effusions de sang et faciliter un règlement politique du
conflit". "Je demande aux membres [du Conseil de sécurité] de s’unir et
de définir une réponse appropriée au cas où les accusations [à propos
des armes chimiques] se révéleraient vraies", a-t-il déclaré.
Sur le terrain, l’armée syrienne a repris mardi le contrôle de la ville
stratégique d’Ariha dans la province d’Idleb (nord-ouest) à l’issue de
dix jours de bombardement et de combats, a indiqué l’Observatoire syrien
des droits de l’homme (OSDH). Depuis Istanbul, la coalition de
l’opposition syrienne a dit redouter une nouvelle attaque au gaz toxique
des forces fidèles à Damas, faisant état du mouvement de trois convois
militaires chargés d’armes chimiques au cours des 48 dernières heures.
Le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) a estimé mardi que
le nombre de réfugiés syriens dépassait désormais les deux millions,
soit huit fois plus qu’il y a un an, et que 4,25 millions de Syriens
étaient déplacés à l’intérieur des frontières.
Au total, ce sont donc plus de six millions de personnes qui sont
déracinées, soit plus du quart des 22 millions d’habitants de la Syrie.
Dans ce contexte de tension, le ministère russe de la Défense a annoncé
qu’il avait détecté deux tirs de missile balistique mardi matin depuis
le centre de la Méditerranée vers la côte est. Le tir d’un missile a été
confirmé par Israël, qui a expliqué qu’il s’agissait d’un exercice
militaire israélo-américain - un test planifié "de longue date" et qui
"n’a rien à voir" avec une éventuelle action militaire américaine en
Syrie, selon le Pentagone.
Indépendamment du débat autour des attaques chimiques présumées, le
haut-commissaire de l’ONU pour les réfugiés António Guterres a estimé
mardi matin que la Syrie était "devenue la grande tragédie de ce siècle,
une calamité humanitaire indigne avec des souffrances et des
déplacements de population sans équivalent dans l’histoire récente". À
Damas, les déplacés ont remplacé les touristes. Dans des hôtels
décrépits du secteur populaire de Marjé à Damas, plusieurs dizaines
d’entre eux vivent ainsi, certains depuis plus d’un an, entassés dans
des chambres de 15 m2 où ils cuisinent dans les salles de bain.
À la veille d’un sommet du G20 jeudi à Saint-Pétersbourg - durant lequel
aucun tête-à-tête n’est prévu entre Vladimir Poutine et Barack Obama -,
la Russie a réitéré son opposition à une frappe contre son allié
syrien.
Lancé le 19 décembre 2011, "Si Proche Orient" est un blog d'information internationale. Sa mission est de couvrir l’actualité du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord avec un certain regard et de véhiculer partout dans le monde un point de vue pouvant amener au débat. "Si Proche Orient" porte sur l’actualité internationale de cette région un regard fait de diversité des opinions, de débats contradictoires et de confrontation des points de vue.Il propose un décryptage approfondi de l’actualité .
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