L’ONU a publié lundi un rapport qui "donne le frisson" sur le
massacre chimique en Syrie du 21 août, poussant les Occidentaux à
accuser Damas contre lequel ils veulent une résolution forte du Conseil
de sécurité pour détruire son arsenal. Mais deux jours après un accord
entre les États-Unis et la Russie sur le désarmement chimique de la
Syrie, Moscou, son indéfectible allié, s’oppose à un texte aux Nations
unies qui menacerait le régime syrien de "conséquences" - c’est-à-dire
de sanctions pouvant aller jusqu’au recours à la force - s’il ne
respecte pas ses obligations. Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon
a présenté aux 15 membres du Conseil de sécurité un rapport, dont,
a-t-il dit, "la lecture donne le frisson".
Ses rédacteurs sont des inspecteurs onusiens qui ont enquêté sur le
terrain après l’attaque aux armes chimiques du 21 août près de Damas. Ce
"crime de guerre", selon Ban Ki-moon, a fait 1 429 morts d’après
Washington. Sans désigner explicitement les autorités syriennes, le
texte dresse des "preuves flagrantes et convaincantes" sur le recours au
gaz sarin. Et d’après ce document, "des armes chimiques ont été
utilisées sur une échelle relativement grande" au cours du conflit
syrien "contre des civils, y compris des enfants".
Ban Ki-moon ne les a pas nommés, mais il a réclamé que les responsables
"rendent des comptes". Il a aussi demandé au Conseil de prévoir des
"conséquences" dans "une résolution claire" si Damas ne respecte pas le
plan de démantèlement de son arsenal chimique mis au point samedi à
Genève par le secrétaire d’État américain John Kerry et son homologue
russe Sergueï Lavrov. Le secrétaire général n’a toutefois pas parlé de
frappes militaires. L’option armée "reste sur la table" pour les
États-Unis, a assuré une porte-parole du département d’État, Marie Harf,
plaidant pour une résolution à l’ONU prévoyant des "mécanismes
d’exécution les plus forts possibles".
D’une même voix, Washington, Paris et Londres ont proclamé que le
rapport de l’ONU ne laissait "aucun doute" quant à la "responsabilité
extrêmement claire" du régime de Bashar el-Asssad. Le chef de la
diplomatie française Laurent Fabius a évoqué un document au "contenu
accablant". Mais l’attaque du 21 août n’est pas un cas isolé : à Genève,
la Commission d’enquête de l’ONU sur les violations des droits de
l’homme en Syrie a annoncé des investigations sur 14 autres attaques
chimiques présumées depuis septembre 2011.
Dans le même temps, John Kerry a déjeuné à Paris avec ses homologues
français et britannique, Laurent Fabius et William Hague. L’Américain et
le Britannique ont prôné des "conséquences" si Damas faillit à ses
engagements. Le Français est allé plus loin en réclamant de "graves
conséquences". Un éventuel usage de la force figurait dans un projet de
résolution élaboré par Paris la semaine dernière, mais que la Russie
avait jugé "inacceptable". Mardi, Laurent Fabius s’en entretiendra à
Moscou avec Sergueï Lavrov. Les alliés américain, français et
britannique sont tombés d’accord pour parvenir à une résolution "forte
et contraignante" à l’ONU et obliger Damas, selon un "calendrier
précis", à dresser l’inventaire de son arsenal chimique et à le faire
vérifier jusqu’à son démantèlement d’ici la mi-2014, a expliqué Paris.
Moscou a vivement réagi en affirmant compter sur Washington pour ne pas
aller plus loin que l’accord agréé à Genève. "Si quelqu’un veut menacer,
chercher des prétextes pour des frappes, c’est une voie (...) qui peut
saper définitivement la perspective de Genève 2", la conférence de paix
qu’Américains et Russes tentent d’organiser depuis trois mois, a prévenu
Sergueï Lavrov. Et les deux anciens ennemis de la Guerre froide, aux
relations glaciales depuis un an, ont déjà des interprétations
divergentes de leur accord de samedi.
Pour Sergueï Lavrov, le texte de Genève ne prévoit pas qu’une résolution
mentionne le chapitre 7 de la charte des Nations unies, qui autorise la
force en dernier ressort. Aux yeux de John Kerry au contraire,
"l’accord engage totalement les États-Unis et la Russie à imposer des
mesures sous le chapitre 7 en cas de non-application". La Syrie a
répliqué que toute action armée était "une menace pour toute la région"
et avait "un parfum d’agression". Le président américain Barack Obama a,
lui, espéré que l’accord de Genève, "s’il est correctement appliqué
(...) puisse mettre fin à la menace que ces armes représentent non
seulement pour les Syriens, mais pour le monde entier". Le démarrage de
ce programme de destruction serait "une question de jours ", a indiqué
l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC).
Paris a également annoncé une réunion internationale fin septembre à New
York avec l’opposition syrienne, vent debout contre le règlement
russo-américain. Et rien n’assure que Moscou prendra part à ce nouveau
rendez-vous des "Amis de la Syrie", 11 pays soutenant l’opposition dans
une guerre qui a fait 110 000 morts en deux ans et demi. Ces forces
rebelles sont pour moitié formées de jihadistes et d’islamistes
extrémistes, selon l’institut de défense IHS Jane’s. Carla del Ponte, de
la commission d’enquête de l’ONU sur les violations des droits de
l’homme en Syrie, a jugé ce chiffre "absolument crédible". Sur le
terrain, la Turquie a annoncé avoir abattu un hélicoptère militaire
syrien qui avait violé son espace aérien.
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Syrie : un rebelle sur deux considéré comme un islamiste dur
Carla del Ponte, membre de la commission d’enquête de l’ONU sur les
violations des droits de l’homme en Syrie, a jugé crédible le chiffre
selon lequel la moitié des rebelles seraient des islamistes durs, dans
un entretien diffusé lundi soir sur la radio-télévision suisse romande.
Selon une étude publiée par l’institut de défense IHS Jane’s, dont des
extraits ont été publiés dans le quotidien britannique The Daily
Telegraph, les djihadistes et islamistes membres de groupes extrémistes
forment près de la moitié des forces rebelles.
"C’est absolument crédible. Moi, je dirai même un petit peu plus", a
déclaré Carla del Ponte lors d’un entretien avec la RTS, tout en
précisant que son équipe n’avait pas encore fait ses propres calculs.
"Plus le côté des opposants démocratiques et pour la paix diminue, plus
augmentent les extrémistes et naturellement plus augmentent les crimes
commis par les opposants", a-t-elle ajouté. Carla del Ponte a rappelé
qu’outre les crimes commis par les forces loyales au président Bashar
el-Assad, des "crimes atroces" avaient également été perpétrés du côté
des rebelles.
L’étude de l’institut IHS Jane’s doit être publiée cette semaine. Elle
évalue à 100 000 le nombre des rebelles engagés dans le combat contre le
régime du président Assad. Mais ces combattants se sont divisés en près
de 1 000 groupes différents depuis que la guerre civile a éclaté il y a
deux ans et demi en Syrie, selon cette étude.
Lancé le 19 décembre 2011, "Si Proche Orient" est un blog d'information internationale. Sa mission est de couvrir l’actualité du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord avec un certain regard et de véhiculer partout dans le monde un point de vue pouvant amener au débat. "Si Proche Orient" porte sur l’actualité internationale de cette région un regard fait de diversité des opinions, de débats contradictoires et de confrontation des points de vue.Il propose un décryptage approfondi de l’actualité .
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