François Hollande semble ne pas avoir encore décidé de demander ou
non un feu vert au Parlement avant d’éventuelles frappes punitives
contre le régime syrien de Bachar al Assad et une initiative russe est
venue modifier la donne lundi.
La Russie a proposé à la Syrie de placer ses stocks d’armes chimiques
sous contrôle international, dans l’espoir d’éviter une action militaire
occidentale après l’usage présumé par les forces de Bachar al Assad de
gaz contre des civils.
Le président français, qui s’efforce avec son homologue américain Barack
Obama de convaincre d’autres pays de soutenir une telle opération
punitive, a reçu lundi après-midi les présidents de l’Assemblée
nationale et du Sénat.
Des parlementaires de la majorité comme de l’opposition réclament qu’une
éventuelle intervention militaire soit l’objet d’un vote. D’autres,
comme Claude Bartolone, jugent que c’est au président seul que revient
cette décision.
"Ce n’est pas en période de crise internationale que l’on doit faire
évoluer nos institutions", a déclaré le président de l’Assemblée après
son entretien à l’Elysée.
"C’est à lui de savoir sous quelle forme il souhaite que le Parlement
soit associé aux différentes décisions qui peuvent être prises en
Syrie", a ajouté l’élu socialiste.
Les deux assemblées ont déjà débattu mercredi, sans vote, d’éventuelles
frappes aériennes pour "punir" le régime de Bachar al Assad, tenu par
Paris et Washington pour responsable d’une attaque à l’arme chimique qui
a fait des centaines de morts dans la population civile le 21 août en
périphérie de Damas.
François Hollande n’a pas exclu de demander un vote du Parlement pour
autoriser une telle intervention, comme Barack Obama l’a fait aux
Etats-Unis.
Des parlementaires socialistes estiment que le doute n’est plus permis :
"Il y aura un vote au Parlement sur une intervention française en Syrie
parce que François Hollande a acquis la conviction que l’issue en
serait favorable", a ainsi déclaré une députée PS, membre de la
commission de défense.
"Les écologistes ont clairement laissé entendre qu’ils se montreraient
raisonnables. Quant aux parlementaires UMP, ils sont loin d’être tous
sur la même ligne que Christian Jacob", le président du groupe UMP à
l’Assemblée, a-t-elle ajouté.
La présidente socialiste de la commission de la Défense de l’Assemblée, Patricia Adam, est cependant plus prudente.
"Certains parlementaires peuvent avoir cette impression mais je n’ai
aucune information en ma possession qui me permette d’affirmer cela",
a-t-elle déclaré à Reuters en marge d’une réunion d’experts des
questions de défense à Pau.
Le président du groupe UMP a fait adopter par ses troupes une décision
qui subordonne leur feu vert à l’adoption très improbable d’une
résolution du Conseil de sécurité de l’Onu autorisant le recours à la
force.
Ce débat politique intervient alors que les sondages montrent qu’une
majorité de Français n’est pas favorable au principe d’une intervention
militaire en Syrie.
L’initiative russe, qualifié par Claude Bartolone de "premier pas",
vient en tout état de cause modifier quelque peu les perspectives.
Le ministre des Affaires étrangères a estimé lundi soir que Moscou
reconnaissait, "sous la pression forte" exercée par les Etats-Unis et la
France, qu’il y avait "un problème grave avec l’énorme stock d’armes
chimiques" syrien.
Dans un communiqué, Laurent Fabius a ajouté que l’initiative russe
serait "recevable" aux yeux de la France si au moins trois conditions
étaient remplies.
La première est que le président syrien s’engage "sans délai à mettre
sous contrôle international et à laisser détruire l’ensemble de son
arsenal chimique".
Cette opération doit se faire sur la base d’une "résolution
contraignante" du Conseil de sécurité de l’Onu, avec un "calendrier
court" et des "conséquences fermes" si Bachar al Assad ne respecte pas
ses engagements.
Enfin, les responsables du massacre du 21 août "ne doivent pas rester
impunis" et la Cour pénale internationale (CPI) devra donc être saisie,
avertit le chef de la diplomatie française.
(09-09-2013 - Assawra)
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