Jean-Marc Ayrault a tenté de convaincre lundi le gotha des
parlementaires du bien-fondé d’un recours à la force contre Damas,
tandis que le président syrien a menacé Paris d’une riposte contre "les
intérêts de la France".
A l’issue d’une réunion d’un peu plus de deux heures à Matignon, le
Premier ministre a fait une déclaration confirmant notamment que le
président François Hollande ne demanderait pas mercredi à la
représentation nationale de voter sur une éventuelle intervention
française contre la Syrie. Un point qui agite particulièrement la classe
politique.
Des voix s’étaient élevées, à droite surtout, mais aussi dans sa
majorité (EELV) pour lui réclamer ce vote. Mais sur ce point, au sein
même des formations politiques les positions sont diverses. Alain Juppé
(UMP) a demandé au chef de l’Etat de s’adresser aux Français pour
expliquer sa stratégie, et Jean-François Copé (UMP) et Jean-Louis Borloo
(UDI) de recevoir au moins les chefs de partis. M. Copé ne demande pas
de vote quand le président des députés UMP, Christian Jacob, le réclame.
Dans sa déclaration, Jean-Marc Ayrault a réaffirmé la détermination de
la France à "sanctionner" le régime de Bashar al-Assad, et cela deux
jours après la décision du président Barack Obama de conditionner une
intervention au feu vert du Congrès qui se réunira à partir du 9
septembre.
Le Premier ministre a assuré que, dans l’attente de ce vote du Congrès
américain, le président Hollande continuait son "travail de persuasion
pour réunir dans les meilleurs délais une coalition". "Il n’est pas
question pour la France d’agir seule", a-t-il insisté.
Il a utilisé les mêmes mots que le chef de l’Etat vendredi, promettant
"une action ferme et proportionnée", et qu’il ne s’agirait "pas de
renverser" le régime d’al-Assad.
"Le peuple français n’est pas notre ennemi, mais (...) dans la mesure où
la politique de l’Etat français est hostile au peuple syrien, cet Etat
sera son ennemi", a prévenu le dirigeant syrien dans une interview au
Figaro. "Il y aura des répercussions, négatives bien entendu, sur les
intérêts de la France", a-t-il menacé.
Lors de cette réunion à Matignon, il s’agissait pour M. Ayrault, entouré
des ministres Laurent Fabius (Affaires étrangères), Jean-Yves Le Drian
(Défense), Alain Vidalies (Relations avec le Parlement), de convaincre
les présidents du Sénat et de l’Assemblée nationale Jean-Pierre Bel et
Claude Bartolone, ceux des commissions de la Défense et des Affaires
étrangères ainsi que les patrons des groupes parlementaires.
Il leur a transmis une note de synthèse des renseignements français de 9
pages qui impute la responsabilité de l’attaque chimique "massive et
coordonnée" du 21 août au régime de Damas. Ce document, mis en ligne sur
les sites du gouvernement (Elysée, Matignon, Affaires étrangères et
Défense), chiffre à "au moins 281" morts le nombre de victimes le 21
août.
Selon les Etats-Unis, cette attaque aurait fait plus de 1.400
morts. 47 vidéos ont été recueillies par les services français, et six
d’entre elles, aux images particulièrement violentes montrant notamment
des enfants en "détresse respiratoire" ou en "hypersalivation
mousseuse", ont été mises en ligne lundi soir sur le site de la Défense.
La note des services français indique en outre qu’il y a eu "au moins
trois attaques chimiques depuis avril", les deux premières, la mi-avril à
Jobar et le 29 avril à Saraqeb.
Avant la réunion, M. Ayrault avait promis "la transparence totale". Le
gouvernement a décidé de publier cette note de synthèse pour "montrer à
l’opinion française que nous détenons des informations de source
nationale sur le programme chimique syrien et sur de précédentes
attaques chimiques dont le régime est responsable", a expliqué une
source gouvernementale à l’AFP.
Manière également de répondre à ceux qui accusent le chef de l’Etat d’être à la remorque de Barack Obama.
Au-delà des parlementaires, l’exécutif tente d’emporter l’assentiment
d’une opinion rétive. Près des deux tiers des Français (64%) se
déclarent opposés à une intervention militaire française en Syrie, selon
une enquête BVA publiée samedi.
Plus inquiétant encore pour l’Elysée, une majorité d’entre eux (58%) ne
font pas confiance au président François Hollande pour conduire cette
éventuelle action militaire en dépit des succès enregistrés par
l’opération lancée au Mali en janvier.
Mercredi, le débat s’annonce toutefois animé, entre les partisans du
vote et ceux qui ont une lecture stricte de la Constitution qui ne
l’exige pas.
Une dizaine de parlementaires UMP de la Droite populaire, dont l’ancien
ministre Thierry Mariani, ont prévenu lundi qu’ils boycotteraient un
débat sans vote au Parlement. Le député UMP et ancien ministre Pierre
Lellouche a dit également lundi qu’il ne viendrait pas dans l’hémicycle
mercredi.
Lancé le 19 décembre 2011, "Si Proche Orient" est un blog d'information internationale. Sa mission est de couvrir l’actualité du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord avec un certain regard et de véhiculer partout dans le monde un point de vue pouvant amener au débat. "Si Proche Orient" porte sur l’actualité internationale de cette région un regard fait de diversité des opinions, de débats contradictoires et de confrontation des points de vue.Il propose un décryptage approfondi de l’actualité .
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