"Etre immigré est-il devenu un crime ?", s’exclame Eric Williams, un
résident camerounais d’un quartier populaire de Rabat, à l’évocation du
récent meurtre d’un Sénégalais ayant suscité l’émoi au Maroc, en
particulier au sein de la communauté subsaharienne.
Le 12 août, Ismaila Faye, 31 ans, a été tué près de la gare routière de
la capitale de plusieurs coups de couteau, lors d’une altercation avec
un Marocain à cause d’une place dans un autocar, selon les premiers
éléments de l’enquête.
Des médias ont évoqué un crime à caractère raciste, ravivant la
polémique autour d’une éventuelle montée en puissance de ce fléau dans
le royaume.
Une semaine plus tard, un rassemblement en hommage au défunt —avant le
rapatriement de la dépouille— et contre le racisme a été organisé à
Rabat. Des citoyens marocains se sont aussi émus sur les réseaux sociaux
du sort réservé aux migrants d’Afrique noire.
Aux portes de l’Europe en crise, le Maroc est de plus en plus considéré
comme un pays d’accueil, et non uniquement de transit, et il doit gérer
la présence sur son sol de nombreux clandestins : selon des ONG locales,
ils seraient plus de 20.000 au total.
La cohabitation entre Marocains et subsahariens, aux moeurs parfois éloignées, fait désormais partie des défis.
"Notre situation ici est très mauvaise. Près de 15 immigrés ont été
agressés en une semaine seulement", avance Eric Williams, qui préside
une association de lutte contre le racisme au Maroc.
D’après lui, des habitants considèrent leur présence comme néfaste,
voire comme une menace pour leur emploi, dans un pays où le chômage
reste relativement élevé, notamment chez les jeunes.
"Etre immigré est-il devenu un crime ? Je ne comprends pas pourquoi des
Marocains nous traitent +d’Africains+ sur un ton de mépris. En venant
ici, je pensais être dans un pays voisin, un pays frère", renchérit ce
Camerounais d’une trentaine d’années.
Anna Bayns, une étudiante sénégalaise, estime également que les
violences envers les subsahariens sont en "augmentation", même si aucune
statistique officielle n’existe sur le sujet. "On est régulièrement
traités de +nègres+", dit-elle.
Sous la chaleur humide d’une petite chambre mal éclairée du quartier
défavorisé de Takaddoum, six subsahariens vivent dans des conditions
très précaires.
"On est traités comme des esclaves", affirme l’un de ces habitants,
alors que dans le secteur informel les salaires sont extrêmement faibles
(moins de 5 euros par jour).
Il est "difficile de trouver un logement", ajoute Eric Williams.
En juillet, des sites d’information marocains ont publié des photos
d’annonces interdisant la location aux subsahariens. En l’absence de
bail, les migrants sont en outre soumis au bon vouloir de propriétaires
parfois peu scrupuleux.
"Cette chambre est normalement louée 500 dirhams (environ 47 euros),
mais nous payons 1.500 dirhams !" (140 euros), dénonce M. Williams.
Il y a quelques mois, Médecins sans frontières (MSF) s’était de son côté
alarmé d’une hausse des violences des forces de sécurité contre les
clandestins.
Un rapport de Rabat sur l’application de la Convention internationale
sur la protection des droits des travailleurs migrants et de leur
famille doit être prochainement examiné par un comité de l’ONU, à
Genève, selon une ONG marocaine.
Interrogé par l’AFP, le directeur de la migration et du contrôle des
frontières au ministère de l’Intérieur, Khalid Zerouali, rétorque que le
Maroc est "un Etat responsable" qui doit "protéger ses frontières" et
"ses citoyens". "Notre stratégie sécuritaire est dirigée contre les
réseaux criminels (...). Nos frères africains sont les bienvenus, mais
dans la légalité", note-t-il.
L’Union européenne, avec qui Rabat dispose d’un statut avancé, assure suivre la situation de près.
"Les rapports que nous avons concernant les mauvais traitements des
migrants irréguliers, principalement d’origine subsaharienne, nous
inquiètent évidemment", déclare à l’AFP Rupert Joy, chef de la
délégation de l’UE au Maroc.
"A mon avis, la plus grave erreur qu’on pourrait faire serait de
prétendre que le problème n’existe pas ou qu’il n’est pas sérieux",
ajoute-t-il.
(05-09-2013)
Lancé le 19 décembre 2011, "Si Proche Orient" est un blog d'information internationale. Sa mission est de couvrir l’actualité du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord avec un certain regard et de véhiculer partout dans le monde un point de vue pouvant amener au débat. "Si Proche Orient" porte sur l’actualité internationale de cette région un regard fait de diversité des opinions, de débats contradictoires et de confrontation des points de vue.Il propose un décryptage approfondi de l’actualité .
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