Depuis l’occupation de la Palestine en 1948, les autorités sionistes
procèdent à la judaïsation de ce pays arabo-musulman, ancré dans
l’histoire millénaire de la région. La judaïsation signifie l’invention
d’une histoire et d’un patrimoine juif sur cette terre, qu’ils ont
occupée pour des raisons stratégiques, pour servir de pont d’accès aux
impérialismes et forces de la domination mondiale, l’allégation d’une
histoire juive en Palestine n’ayant servi qu’à assurer un soutien
occidental et à mobiliser les juifs, que rien ne relie par ailleurs, mis
à part leur croyance en une même religion. Le sionisme a voulu
transformer une religion en nation dans la pure tradition du racisme
occidental.
La judaïsation de la Palestine est le processus par lequel les
sionistes qui ont envahi ce pays ont d’abord expulsé son peuple, le
peuple arabe palestinien, et tentent de poursuivre ce nettoyage
ethnico-religieux, puis à détruire le paysage palestinien et son
patrimoine vieux de plusieurs millénaires, et ses maisons, mosquées,
églises et autres lieux saints comme les maqams, ou à les utiliser en
modifiant leur destination : les maisons palestiniennes sont pillées,
les pierres ayant servi à leur construction arrachées pour bâtir les
maisons des colons (ils ont récemment arraché les dalles de l’église du
village détruit d’al-Bassa, au nord d’al-Jalil), ou prises d’assaut par
les colons, les mosquées transformées en musées ou lieux de débauche,
quand les sionistes ne les transforment pas en synagogues, les églises
interdites d’accès et profanées. Pour les sionistes qui ont envahi la
Palestine, il faut détruire, masquer et enterrer tout ce qui peut
rappeler l’histoire millénaire non-juive de cette terre.
Après la destruction ou la modification des traits et de la
destination du patrimoine arabo-musulman palestinien, les sionistes
procèdent à cacher le crime, en plantant des forêts, recouvertes
d’arbres qui poussent rapidement, tout aussi éphémères que leur entité
coloniale. Des centaines de villages palestiniens détruits ou
semi-détruits sont ainsi cachés par des forêts plantées par diverses
associations sionistes dans le monde. Les pancartes qui servaient à
indiquer leur chemin ont été arrachées. Ils sont là, mais aux yeux de
l’entité coloniale, ils n’existent pas. Cette frénésie « verte » de
l’occupation a été saluée par les amis des sionistes dans le monde comme
étant le fait d’avoir « fait fleurir le désert » !!
Avant même l’occupation de la Palestine, les savants de
l’impérialisme britannique avaient déjà mené la première phase de la
judaïsation de la nomenclature palestinienne. En effet, La « Palestine
Exploration fund » fondée en 1864, avait établi plusieurs cartes de la
Palestine, en calquant les noms cités dans la Bible sur la topographie
palestinienne, croyant avoir retrouvé des lieux bibliques en Palestine.
Ce travail soit-disant académique va fournir la base de la judaïsation à
laquelle vont procéder les sionistes, sans qu’aucune preuve matérielle
ne soit apportée sur une quelconque présence juive antique en terre
palestinienne.
Après l’occupation de la Palestine, le nom même du pays sera modifié
pour « Eretz Israël ». Cette judaïsation sera suivie par le changement
de tous les noms historiques ou relativement récents des lieux
palestiniens (villes, villages, lieux-dits, montagnes, vallées et
rivières). En 1948 est créée une commission gouvernementale pour
modifier les noms. Au fur et à mesure que les noms palestiniens étaient
changés en noms juifs, les autorités sionistes imposaient aux
administrations et aux écoles, même arabes, de ne plus utiliser les noms
d’origine, mais seulement les noms judaïsés. C’est ainsi qu’ont procédé
les colons pour arracher l’histoire du pays de la mémoire des
Palestiniens qui vivent sous occupation. De nouvelles cartes du pays
occupé furent émises, où disparaissent les lieux palestiniens au profit
des lieux judaïsés. Les noms adoptés par les sionistes proviennent de
plusieurs sources, dont l’ancien testament, le Talmud, des personnages
historiques tels des rabbins, écrivains, symboles sionistes, ou
militaires ayant appartenu aux groupes terroristes. Certains noms arabes
furent altérés en modifiant certaines lettres, d’autres traduits de
l’arabe, ou alors tout simplement des noms en hébreu pour désigner la
nature du lieu (élevé, planté, etc..), et des noms de personnalités
mondiales ayant soutenu le sionisme. Pour les sionistes, c’est
l’appartenance arabe de la Palestine qu’il fallait surtout masquer.
Mais les Palestiniens, dans l’exil ou sous occupation, veillent. Il
est vrai que nombre de noms judaïsés sont à présent couramment utilisés,
dans le monde et même par les Palestiniens vivant sous occupation.
Cependant, depuis quelques années, des efforts sont consacrés par de
multiples associations et centres, des chercheurs, historiens et
écrivains pour se réapproprier la Palestine arabe et balayer, envers et
contre tous, toute cette couche de noms, factice et falsifiée, ajoutée à
la terre palestinienne.
Les historiens palestiniens vivant dans les territoires occupés en
1948, qui furent les plus ciblés par cette judaïsation, décrivent depuis
quelques années les rues et les quartiers des villes comme Haïfa, Yafa,
Akka, en citant leurs vrais noms, afin que les jeunes se réappropient
les lieux tels qu’ils étaient et non tels que les sionistes les ont
altérés. Des visites organisées depuis une dizaine d’années par diverses
associations, et commentées par des guides, permettent aux jeunes de
renommer les quartiers et les rues, mais aussi les villages et les
lieux-dits, couverts parfois par la forêt de la colonisation. Dans
al-Naqab même, ces visites organisées permettent non seulement aux
Palestiniens des autres régions de connaître cette partie du pays, mais
aussi de se réapproprier les noms arabes de centaines de villages
détruits, de sites historiques, de rivières et vallées, que les
sionistes ont voulu faire disparaître de l’histoire et sur laquelle ils
essaient de construire une autre histoire.
Tout récemment, un groupe de jeunes issus de plusieurs villages
d’al-Jalil, dont le village détruit de Saffuriyé, ont lancé une campagne
médiatique pour rejeter les noms judaïsés de lieux de la Palestine et
se réapproprier les noms d’origine, les noms palestiniens, qui ont été
forgés, comme l’affirme un professeur d’université, par l’histoire, et
non par décision idéologique, comme le sont les noms judaïsés. Des
centaines de noms de villages, recouverts par la judaïsation, reviennent
à la surface. Des concours sont organisés, des documentaires diffusés,
des photographes amateurs sillonnent le pays pour faire redécouvrir aux
réfugiés le paysage palestinien et leurs villages et villes.
Mais cette réappropriation de la Palestine dépasse le rejet de la
judaïsation des noms. Elle couvre à présent les villages détruits qui
accueillent, tous les ans, des centaines de jeunes décidés à
reconstruire les maisons et les lieux saints, comme ce fut le cas cet
été pour les villages d’al-Bassa, Iqrit, Ghabsiyyé, et Kfar Bar’em (dans
al-Jalil) et tant d’autres lieux dans d’autres régions, que les
Palestiniens ont décidé de se réapproprier. C’est une des nombreuses
batailles menées par les Palestiniens de l’intérieur contre
l’occupation. C’est notre pays, la Palestine occupée, disent-ils, et non
« Israël ».
Fadwa Nassar
7 septembre 2013
Lancé le 19 décembre 2011, "Si Proche Orient" est un blog d'information internationale. Sa mission est de couvrir l’actualité du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord avec un certain regard et de véhiculer partout dans le monde un point de vue pouvant amener au débat. "Si Proche Orient" porte sur l’actualité internationale de cette région un regard fait de diversité des opinions, de débats contradictoires et de confrontation des points de vue.Il propose un décryptage approfondi de l’actualité .
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