mercredi 4 septembre 2013

Syrie : Un vote sur l’intervention en Syrie, qu’en disent les députés français ?

Des députés PS se sont prononcés mercredi pour que le Parlement, le moment venu, se prononce par un vote sur une intervention en Syrie, une hypothèse que le ministre des Relations avec le Parlement, Alain Vidalies, n’a pas écartée. Le Parlement doit débattre, sans vote, de la situation en Syrie mercredi après-midi, et les déclarations des uns et des autres portent sur un vote ultérieur, dans les prochains jours ou les prochaines semaines. "À titre personnel, je trouve un vote souhaitable et utile", a déclaré Jean-Marie Le Guen en sortant de la réunion du groupe socialiste à l’Assemblée, à laquelle le Premier ministre Jean-Marc Ayrault avait participé. Le député de Paris s’est déclaré convaincu qu’en cas de vote "la grande majorité de l’Assemblée nationale sera en faveur d’une intervention".
"Je suis intervenu en groupe pour défendre le fait qu’un vote au Parlement renforcerait la position du président de la République", a pour sa part tweeté son collègue du Cher Yann Galut, qui s’était déjà exprimé en ce sens sur le réseau social en début de matinée. Patrick Mennucci s’était déclaré dès dimanche en faveur d’un vote du Parlement dans un communiqué. Pour sa part, Alain Vidalies a répété mercredi qu’un vote du Parlement sur une éventuelle intervention militaire française en Syrie était "possible". "Ce sujet n’est pas tabou", a-t-il déclaré sur i>Télé, comme il l’avait fait la veille sur RTL.
Devant les députés PS, Jean-Marc Ayrault ne s’est pas engagé sur le sujet. Il a "redit l’importance de préserver les pouvoirs du président de la République et de revenir au vrai débat", selon un tweet du député des Alpes-de-Haute-Provence Christophe Castaner. En tout état de cause, un vote n’interviendrait que lorsque le gouvernement pourra donner aux députés plus de précisions sur une intervention. "Tout le monde s’accorde à dire qu’un vote cet après-midi aurait été une lourde erreur", a affirmé après la réunion le député de l’Eure, François Loncle.

Les écolos majoritairement favorables à une intervention
Les députés écologistes sont "majoritairement" favorables au principe d’une intervention en Syrie en "riposte" à l’usage d’armes chimiques, mais veulent que "le gouvernement précise ses intentions", a affirmé mercredi leur coprésident, François de Rugy. "Une majorité du groupe est favorable au principe d’une intervention, un certain nombre n’y sont pas favorables et d’autres s’interrogent sur la base du mandat qui serait confié, sur les démarches diplomatiques menées", a-t-il déclaré à la presse dans les couloirs de l’Assemblée nationale. De son côté, l’autre coprésidente, Barbara Pompili, a déclaré qu’"il faut une riposte pour dire à Bachar el-Assad vous ne pouvez plus continuer à transgresser une à une les lignes rouges posées par la communauté internationale".
"On n’est pas là pour punir mais pour lui dire qu’il ne peut pas continuer à dépasser les bornes parce que la non-réponse risque d’être pire que le mal actuel", a ajouté cette élue de la Somme, soulignant que "l’utilisation des armes chimiques contre son propre peuple qu’a faite le régime de Bashar el-Assad brise un tabou". François de Rugy a affirmé que les écologistes "ont toujours considéré que, quand il y a des atteintes graves aux droits humains, il est légitime d’utiliser la force, de manière très encadrée". Cet élu de Loire-Atlantique a néanmoins relevé que les députés écologistes "attendent que le gouvernement précise ses intentions", comme "les États-Unis commencent à le faire dans la discussion inédite entre le président et son congrès, pas majoritairement de son parti, en donnant des précisions sur le mandat" d’une éventuelle intervention. Et Barbara Pompili a affirmé que les écologistes vont "poser des questions au gouvernement sur l’accueil des réfugiés, pour l’instant insuffisant".

Le Front de gauche "vigoureusement opposé" à toute action
André Chassaigne, président du groupe des députés du Front de gauche (FG), a répété mercredi être "vigoureusement opposé" à toute intervention en Syrie, même en cas de preuves irréfutables de l’utilisation d’armes chimiques par le régime syrien. "Une intervention militaire n’apportera pas de solution (...) et rendrait au contraire plus difficile une solution politique", a estimé le député PCF du Puy-de-Dôme, ajoutant que "même s’il existait des preuves irréfutables (de l’utilisation d’armes chimiques par Bashar el-Assad, NDLR), ça ne doit pas mécaniquement justifier une action militaire".
André Chassaigne a jugé qu’une action de la France en Syrie sans le mandat des Nations unies serait d’une "extrême gravité" et "ne grandirait pas la France". "La France ne doit pas s’inscrire dans une position illégale. On reste très attaché au rôle de l’ONU", a-t-il affirmé, expliquant que "s’aligner derrière les États-Unis diminuerait le poids de la France et son importance diplomatique". L’élu communiste estime que seule "une solution politique" qui associerait "autour d’une table" tous les acteurs permettrait une sortie de crise. André Chassaigne s’est également déclaré en faveur d’un vote du Parlement sur une éventuelle intervention militaire de la France, avant celui du Congrès américain prévu pour le 9 septembre. "Nous ne sommes pas des marionnettes", a souligné le député.

Jacob (UMP) exprime un "triple refus" à "une riposte"
Le chef de file des députés UMP, Christian Jacob, a exprimé mercredi lors du débat sur la Syrie un "triple refus" à "une riposte", notamment si elle est hors du cadre de l’ONU, tout en condamnant l’usage d’armes chimiques.
S’il a condamné l’"acte barbare, sauvage et inhumain" de l’usage des armes chimiques près de Damas le 21 août, M. Jacob a critiqué "une impasse diplomatique et militaire" du gouvernement et du président.
"La France peut-elle sérieusement, sans aucun allié européen, se lancer tête baissée dans une aventure de la sorte ? Nous ne le pensons pas", a lancé le président du groupe UMP, évoquant plus tard une France "isolée comme elle ne l’a jamais été, spectatrice de ce qui se passera le 9 septembre à Washington", alors qu’elle devrait être "alliée" mais non "alignée" sur les Etats-Unis.
Martelant que "le président de la République n’a pas reçu mandat de s’affranchir du cadre des Nations unies", ce chiraquien a prévenu que "si, d’aventure il venait à prendre cette lourde responsabilité, les députés de l’UMP ne le soutiendraient pas."
"François Hollande a convoqué le Parlement avant d’avoir pris quelque décision que ce soit. Qu’il ne s’étonne pas de se voir réclamer un vote. Avec cette convocation à contre-temps, il a pris le risque d’affaiblir la fonction présidentielle qui ne s’accommode pas d’indécision, d’atermoiement et de suivisme. Il a pris le risque d’affaiblir également l’Assemblée car les Français ne comprennent pas que leurs députés ne donnent pas le feu vert ou rouge à cette intervention", a estimé M. Jacob.
Et de marteler : "Vous ne pourrez échapper, d’une manière ou d’une autre, à un vote formel de l’Assemblée nationale."
Le député-maire de Provins (Seine-et-Marne) a aussi rappelé les deux préalables posés par son groupe à une intervention : "La publication du rapport de l’ONU sur l’utilisation des armes chimiques" et "une base juridique à intervenir et la légitimité d’un mandat de l’ONU".
Affirmant que les élus de son groupe avaient "ressenti une intense émotion en découvrant les images insoutenables de civils, d’enfants et d’adultes suffoquant avant de mourir", il a cependant considéré que c’est "à l’ONU seule de nous dire comment et par qui des gaz ont été utilisés".
Et "c’est le coeur lourd au regard de la cause qui pourrait justifier une riposte que nous exprimons trois refus : refus d’une action strictement militaire sans buts réels de guerre au-delà d’un coup de semonce ou d’une punition ; refus surtout d’une intervention isolée sans légitimité internationale ; refus enfin d’un renoncement, voire à certains égards d’un reniement de notre politique étrangère."

Borloo : intervention impossible en Syrie sans coalition, sans preuves
Le président de l’UDI, Jean-Louis Borloo, a jugé mercredi impossible pour l’instant une intervention militaire de la France en Syrie "sans preuves irréfutables" de l’usage d’armes chimiques et "sans une coalition très large".
Troisième président de groupe politique à s’exprimer lors du débat sur la Syrie à l’Assemblée nationale, M. Borloo a évoqué un "bilan effroyable" du conflit syrien et "un engrenage fatal" justifiant que "les criminels (soient) punis" mais avec "une réponse globale et internationale".
"La France a toujours choisi la légalité internationale et l’action collective. Peut-elle aujourd’hui s’en exonérer, sans mandat du Conseil de Sécurité de l’ONU, sans aucun autre pays européen ou si peu, sans l’engagement total de la Ligue arabe ?", a-t-il demandé près d’une heure après le début du débat dans un hémicycle aux deux tiers rempli.
Cet ancien ministre redevenu député du Nord a aussi martelé que "sans une coalition très large, sans la protection totale de nos compatriotes et de nos intérêts, sans un soutien d’un certain nombre d’Européens, sans l’accord de la Ligue arabe, sans un soutien de l’ONU soit par le Conseil de sécurité, soit par l’Assemblée générale en vertu de la résolution 377, et avant tout rapport validé par l’ONU, des frappes ne nous semblent pas possibles".
Non seulement une intervention n’est pas non plus possible "sans avoir prévu la solution politique du jour d’après les frappes", mais il faut aussi "protéger les Français et les intérêts français", selon M. Borloo. "Les Français sont présents au Liban, dont 1.000 de nos soldats. Et en cas de déflagration nous aurions, de fait, des troupes au sol engagées dans cette région. Et puis nous avons des civils au Liban et en Syrie, notamment à Damas", a-t-il rappelé.
Et, a-t-il insisté, "avant tout vote éventuel de la représentation nationale, toute la représentation nationale, l’Assemblée Nationale comme le Sénat, nous vous demandons que toutes les hypothèses politiques, diplomatiques, notamment au G20, au Conseil de sécurité, à l’Assemblée générale des Nations unies, soient explorées, en attendant le rapport officiel des Nations unies".
"Il n’y a pas ici des +va-t’en-guerre+ irresponsables ou des désinvoltes détournant le regard devant ce drame et devant ces crimes. Il n’y a que des parlementaires soucieux de défendre les intérêts de la France et des Français, et de contribuer à une issue décisive pour mettre un terme à ce drame effroyable", a-t-il souligné.

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