Des députés PS se sont prononcés mercredi pour que le Parlement, le
moment venu, se prononce par un vote sur une intervention en Syrie, une
hypothèse que le ministre des Relations avec le Parlement, Alain
Vidalies, n’a pas écartée. Le Parlement doit débattre, sans vote, de la
situation en Syrie mercredi après-midi, et les déclarations des uns et
des autres portent sur un vote ultérieur, dans les prochains jours ou
les prochaines semaines. "À titre personnel, je trouve un vote
souhaitable et utile", a déclaré Jean-Marie Le Guen en sortant de la
réunion du groupe socialiste à l’Assemblée, à laquelle le Premier
ministre Jean-Marc Ayrault avait participé. Le député de Paris s’est
déclaré convaincu qu’en cas de vote "la grande majorité de l’Assemblée
nationale sera en faveur d’une intervention".
"Je suis intervenu en groupe pour défendre le fait qu’un vote au
Parlement renforcerait la position du président de la République", a
pour sa part tweeté son collègue du Cher Yann Galut, qui s’était déjà
exprimé en ce sens sur le réseau social en début de matinée. Patrick
Mennucci s’était déclaré dès dimanche en faveur d’un vote du Parlement
dans un communiqué. Pour sa part, Alain Vidalies a répété mercredi qu’un
vote du Parlement sur une éventuelle intervention militaire française
en Syrie était "possible". "Ce sujet n’est pas tabou", a-t-il déclaré
sur i>Télé, comme il l’avait fait la veille sur RTL.
Devant les députés PS, Jean-Marc Ayrault ne s’est pas engagé sur le
sujet. Il a "redit l’importance de préserver les pouvoirs du président
de la République et de revenir au vrai débat", selon un tweet du député
des Alpes-de-Haute-Provence Christophe Castaner. En tout état de cause,
un vote n’interviendrait que lorsque le gouvernement pourra donner aux
députés plus de précisions sur une intervention. "Tout le monde
s’accorde à dire qu’un vote cet après-midi aurait été une lourde
erreur", a affirmé après la réunion le député de l’Eure, François
Loncle.
Les écolos majoritairement favorables à une intervention
Les députés écologistes sont "majoritairement" favorables au principe
d’une intervention en Syrie en "riposte" à l’usage d’armes chimiques,
mais veulent que "le gouvernement précise ses intentions", a affirmé
mercredi leur coprésident, François de Rugy. "Une majorité du groupe est
favorable au principe d’une intervention, un certain nombre n’y sont
pas favorables et d’autres s’interrogent sur la base du mandat qui
serait confié, sur les démarches diplomatiques menées", a-t-il déclaré à
la presse dans les couloirs de l’Assemblée nationale. De son côté,
l’autre coprésidente, Barbara Pompili, a déclaré qu’"il faut une riposte
pour dire à Bachar el-Assad vous ne pouvez plus continuer à
transgresser une à une les lignes rouges posées par la communauté
internationale".
"On n’est pas là pour punir mais pour lui dire qu’il ne peut pas
continuer à dépasser les bornes parce que la non-réponse risque d’être
pire que le mal actuel", a ajouté cette élue de la Somme, soulignant que
"l’utilisation des armes chimiques contre son propre peuple qu’a faite
le régime de Bashar el-Assad brise un tabou". François de Rugy a affirmé
que les écologistes "ont toujours considéré que, quand il y a des
atteintes graves aux droits humains, il est légitime d’utiliser la
force, de manière très encadrée". Cet élu de Loire-Atlantique a
néanmoins relevé que les députés écologistes "attendent que le
gouvernement précise ses intentions", comme "les États-Unis commencent à
le faire dans la discussion inédite entre le président et son congrès,
pas majoritairement de son parti, en donnant des précisions sur le
mandat" d’une éventuelle intervention. Et Barbara Pompili a affirmé que
les écologistes vont "poser des questions au gouvernement sur l’accueil
des réfugiés, pour l’instant insuffisant".
Le Front de gauche "vigoureusement opposé" à toute action
André Chassaigne, président du groupe des députés du Front de gauche
(FG), a répété mercredi être "vigoureusement opposé" à toute
intervention en Syrie, même en cas de preuves irréfutables de
l’utilisation d’armes chimiques par le régime syrien. "Une intervention
militaire n’apportera pas de solution (...) et rendrait au contraire
plus difficile une solution politique", a estimé le député PCF du
Puy-de-Dôme, ajoutant que "même s’il existait des preuves irréfutables
(de l’utilisation d’armes chimiques par Bashar el-Assad, NDLR), ça ne
doit pas mécaniquement justifier une action militaire".
André Chassaigne a jugé qu’une action de la France en Syrie sans le
mandat des Nations unies serait d’une "extrême gravité" et "ne
grandirait pas la France". "La France ne doit pas s’inscrire dans une
position illégale. On reste très attaché au rôle de l’ONU", a-t-il
affirmé, expliquant que "s’aligner derrière les États-Unis diminuerait
le poids de la France et son importance diplomatique". L’élu communiste
estime que seule "une solution politique" qui associerait "autour d’une
table" tous les acteurs permettrait une sortie de crise. André
Chassaigne s’est également déclaré en faveur d’un vote du Parlement sur
une éventuelle intervention militaire de la France, avant celui du
Congrès américain prévu pour le 9 septembre. "Nous ne sommes pas des
marionnettes", a souligné le député.
Jacob (UMP) exprime un "triple refus" à "une riposte"
Le chef de file des députés UMP, Christian Jacob, a exprimé mercredi
lors du débat sur la Syrie un "triple refus" à "une riposte", notamment
si elle est hors du cadre de l’ONU, tout en condamnant l’usage d’armes
chimiques.
S’il a condamné l’"acte barbare, sauvage et inhumain" de l’usage des
armes chimiques près de Damas le 21 août, M. Jacob a critiqué "une
impasse diplomatique et militaire" du gouvernement et du président.
"La France peut-elle sérieusement, sans aucun allié européen, se lancer
tête baissée dans une aventure de la sorte ? Nous ne le pensons pas", a
lancé le président du groupe UMP, évoquant plus tard une France "isolée
comme elle ne l’a jamais été, spectatrice de ce qui se passera le 9
septembre à Washington", alors qu’elle devrait être "alliée" mais non
"alignée" sur les Etats-Unis.
Martelant que "le président de la République n’a pas reçu mandat de
s’affranchir du cadre des Nations unies", ce chiraquien a prévenu que
"si, d’aventure il venait à prendre cette lourde responsabilité, les
députés de l’UMP ne le soutiendraient pas."
"François Hollande a convoqué le Parlement avant d’avoir pris quelque
décision que ce soit. Qu’il ne s’étonne pas de se voir réclamer un vote.
Avec cette convocation à contre-temps, il a pris le risque d’affaiblir
la fonction présidentielle qui ne s’accommode pas d’indécision,
d’atermoiement et de suivisme. Il a pris le risque d’affaiblir également
l’Assemblée car les Français ne comprennent pas que leurs députés ne
donnent pas le feu vert ou rouge à cette intervention", a estimé
M. Jacob.
Et de marteler : "Vous ne pourrez échapper, d’une manière ou d’une autre, à un vote formel de l’Assemblée nationale."
Le député-maire de Provins (Seine-et-Marne) a aussi rappelé les deux
préalables posés par son groupe à une intervention : "La publication du
rapport de l’ONU sur l’utilisation des armes chimiques" et "une base
juridique à intervenir et la légitimité d’un mandat de l’ONU".
Affirmant que les élus de son groupe avaient "ressenti une intense
émotion en découvrant les images insoutenables de civils, d’enfants et
d’adultes suffoquant avant de mourir", il a cependant considéré que
c’est "à l’ONU seule de nous dire comment et par qui des gaz ont été
utilisés".
Et "c’est le coeur lourd au regard de la cause qui pourrait justifier
une riposte que nous exprimons trois refus : refus d’une action
strictement militaire sans buts réels de guerre au-delà d’un coup de
semonce ou d’une punition ; refus surtout d’une intervention isolée sans
légitimité internationale ; refus enfin d’un renoncement, voire à
certains égards d’un reniement de notre politique étrangère."
Borloo : intervention impossible en Syrie sans coalition, sans preuves
Le président de l’UDI, Jean-Louis Borloo, a jugé mercredi impossible
pour l’instant une intervention militaire de la France en Syrie "sans
preuves irréfutables" de l’usage d’armes chimiques et "sans une
coalition très large".
Troisième président de groupe politique à s’exprimer lors du débat sur
la Syrie à l’Assemblée nationale, M. Borloo a évoqué un "bilan
effroyable" du conflit syrien et "un engrenage fatal" justifiant que
"les criminels (soient) punis" mais avec "une réponse globale et
internationale".
"La France a toujours choisi la légalité internationale et l’action
collective. Peut-elle aujourd’hui s’en exonérer, sans mandat du Conseil
de Sécurité de l’ONU, sans aucun autre pays européen ou si peu, sans
l’engagement total de la Ligue arabe ?", a-t-il demandé près d’une heure
après le début du débat dans un hémicycle aux deux tiers rempli.
Cet ancien ministre redevenu député du Nord a aussi martelé que "sans
une coalition très large, sans la protection totale de nos compatriotes
et de nos intérêts, sans un soutien d’un certain nombre d’Européens,
sans l’accord de la Ligue arabe, sans un soutien de l’ONU soit par le
Conseil de sécurité, soit par l’Assemblée générale en vertu de la
résolution 377, et avant tout rapport validé par l’ONU, des frappes ne
nous semblent pas possibles".
Non seulement une intervention n’est pas non plus possible "sans avoir
prévu la solution politique du jour d’après les frappes", mais il faut
aussi "protéger les Français et les intérêts français", selon M. Borloo.
"Les Français sont présents au Liban, dont 1.000 de nos soldats. Et en
cas de déflagration nous aurions, de fait, des troupes au sol engagées
dans cette région. Et puis nous avons des civils au Liban et en Syrie,
notamment à Damas", a-t-il rappelé.
Et, a-t-il insisté, "avant tout vote éventuel de la représentation
nationale, toute la représentation nationale, l’Assemblée Nationale
comme le Sénat, nous vous demandons que toutes les hypothèses
politiques, diplomatiques, notamment au G20, au Conseil de sécurité, à
l’Assemblée générale des Nations unies, soient explorées, en attendant
le rapport officiel des Nations unies".
"Il n’y a pas ici des +va-t’en-guerre+ irresponsables ou des désinvoltes
détournant le regard devant ce drame et devant ces crimes. Il n’y a que
des parlementaires soucieux de défendre les intérêts de la France et
des Français, et de contribuer à une issue décisive pour mettre un terme
à ce drame effroyable", a-t-il souligné.
Lancé le 19 décembre 2011, "Si Proche Orient" est un blog d'information internationale. Sa mission est de couvrir l’actualité du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord avec un certain regard et de véhiculer partout dans le monde un point de vue pouvant amener au débat. "Si Proche Orient" porte sur l’actualité internationale de cette région un regard fait de diversité des opinions, de débats contradictoires et de confrontation des points de vue.Il propose un décryptage approfondi de l’actualité .
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