Le conflit syrien perdure depuis deux ans et demi, avec des
conséquences horribles. Il aurait déjà fait plus de 100 000 morts, près
de deux millions de réfugié-es et encore plus de déplacés internes. Les
frappes militaires des États-Unis et de quelques pays alliés ne feront
que jeter de l’huile sur un feu dont ils sont déjà en grande partie
responsables. Bien loin d’être protégés, d’autres civils mourront
inévitablement et le conflit n’en deviendra que plus complexe et plus
profond.
Le dilemme moral qu’on nous présente, à savoir de « bombarder ou de
ne rien faire face à un dictateur qui utilise des armes chimiques contre
son peuple » n’est qu’un nouveau prétexte de guerre préfabriqué, tout
comme la « légitime défense » des États-Unis et de l’OTAN pour leur
guerre en Afghanistan et les « armes de destruction massive » de Saddam
Hussein pour la guerre d’agression contre l’Irak.
Les États-Unis tentent de justifier leur agression par des prétendues
preuves irréfutables, qu’ils refusent de révéler au grand jour, et par
l’obligation d’agir en tant que garants ultimes d’une norme
internationale, primant, semble-t-il, sur toute autre. Or de telles
actions de justicier sont elles-mêmes totalement « hors la loi » au
regard du droit international. Sous couvert d’une soi-disant
« responsabilité de protéger », elles ne visent que l’avancement des
intérêts stratégiques des puissances « protectrices » et entraînent un
effritement inquiétant de l’ordre international. Prétendre détenir des
preuves ne donne aucune légitimité à des actions « punitives ». Au
minimum, les responsables doivent être mis en accusation et les preuves
présentées devant la Cour pénale internationale, une juridiction à
laquelle les États-Unis refusent par ailleurs farouchement d’être soumis
eux-mêmes.
Le « blocage » résultant des vétos russe et chinois au Conseil de
sécurité de l’ONU sert peut-être de rempart temporaire contre le risque
d’un embrasement plus vaste et plus destructeur encore. En effet, bien
loin d’être neutres, les États-Unis et leurs alliés dans cette région du
monde – en particulier l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie – sont
profondément impliqués dans le conflit en Syrie, notamment en armant et
en entraînant des forces d’opposition au régime Assad, qui sont en
bonne partie des « djihadistes » étrangers.
De l’autre côté, la Russie,
principal fournisseur militaire et soutien politique du régime syrien,
tient beaucoup à conserver ce pays dans sa sphère d’influence. Le
Hezbollah libanais et l’Iran, également impliqués du côté du régime
syrien, se voient comme les prochaines cibles de l’empire étasunien.
Dans de telles circonstances, il n’est pas impensable qu’ils répliquent
aux frappes étasuniennes en visant Israël ou des intérêts occidentaux
dans la région. Les risques d’une conflagration régionale, voire même
mondiale, sont donc bien réels.
Pour la communauté internationale – la vraie, et non le petit groupe
de dirigeants occidentaux va-t-en-guerre qui se désignent sans cesse
ainsi – le choix qui s’offre n’est pas de bombarder ou de ne rien faire.
Tous les efforts doivent, au contraire, être déployés pour désamorcer
les affrontements armés et favoriser la construction progressive d’une
solution politique, authentiquement syrienne, au conflit.
Pour cela, il faut exiger un cessez-le-feu immédiat, l’arrêt de
toutes les livraisons d’armes aux belligérants et l’amorce de
négociations, sans condition. Outre le régime et les oppositions
syriennes armées, ces négociations doivent également inclure des
représentants des mouvements syriens d’opposition non armés, des
organismes qui œuvrent sur le terrain pour favoriser la désescalade du
conflit et la réconciliation, des organisations de femmes, etc. Et elles
doivent être placées sous l’égide de l’ONU, mais hors du contrôle des
grandes puissances.
Une telle solution ne risque pas de venir du Conseil de sécurité des
Nations Unies. Elle ne peut venir, en premier lieu, que des Syriens et
des Syriennes qui luttent déjà en ce sens depuis longtemps. Et, en
second lieu, des mouvements progressistes de partout dans le monde qui
doivent appuyer leurs efforts, en s’opposant non seulement aux menaces
actuelles de frappes étrangères mais aussi à l’ingérence de plus longue
date, directe et indirecte, de plusieurs pays occidentaux et de leur
alliés régionaux dans le conflit syrien.
Le Collectif Échec à la guerre abhorre, évidemment, tout recours aux
armes chimiques par quiconque, dans le conflit syrien ou ailleurs. Mais
nous dénonçons également les frappes « punitives » annoncées par les
États-Unis et le soutien du gouvernement Harper à ces frappes. Même si
le Premier Ministre a déclaré que le Canada n’y participerait pas –
faute de missiles de croisière et de drones de combat – nous soupçonnons
que, comme pour l’agression contre Irak, le Canada y participera de
diverses façons, dans l’ombre.
Les dirigeants des pays occidentaux ont donné, depuis plusieurs mois,
de nombreux signes de vouloir s’impliquer directement dans le
renversement du régime syrien. Une vaste mise en scène est en train
d’être déployée pour tenter de justifier à nouveau l’injustifiable. Le
Collectif Échec à la guerre dénonce ces tractations et exige que nos
« représentants » contribuent enfin à la recherche d’une solution
politique au conflit syrien au lieu de l’alimenter.
Le Collectif Échec à la guerre (Canada)
(Montréal, mercredi 4 septembre 2013)
Lancé le 19 décembre 2011, "Si Proche Orient" est un blog d'information internationale. Sa mission est de couvrir l’actualité du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord avec un certain regard et de véhiculer partout dans le monde un point de vue pouvant amener au débat. "Si Proche Orient" porte sur l’actualité internationale de cette région un regard fait de diversité des opinions, de débats contradictoires et de confrontation des points de vue.Il propose un décryptage approfondi de l’actualité .
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