lundi 26 octobre 2015

Irak : Une dérive vietnamienne pour Obama

Les fosses communes avaient déjà été creusées. L'exécution des 69 prisonniers de Daesh était prévue pour le lendemain à l'aube. Vendredi 23 octobre, à 2 heures du matin, des hélicoptères Black Hawk, équipés de rotors silencieux, larguent aux abords d'une ferme transformée en prison au lieu-dit Al-Hiwa, au sud de Kirkouk, quelques dizaines de combattants des forces spéciales kurdes et 30 commandos américains appartenant à la Delta Force.
Dès les premiers échanges de tirs avec les djihadistes, le combat paraît incertain. Les Américains en observent le déroulement derrière une butte de terre. Ils sont officiellement là pour conseiller les combattants peshmergas. Mais lorsqu'ils voient que ceux-ci sont en difficulté, ils interviennent. Dans l'assaut, un sergent-chef de la Delta Force est mortellement touché. Joshua Wheeler, 39 ans, est le premier mort américain du nouvel engagement de son pays dans la guerre contre les djihadistes de l'État islamique, en Irak, comme en Syrie.
Sur le terrain, en dépit de cette perte américaine et de celle d'un nombre non communiqué de peshmergas, l'opération est un succès. Soixante-neuf prisonniers sont libérés, alors qu'ils étaient promis à une mort programmée. Parmi eux, six anciens combattants djihadistes, considérés comme des traîtres par leurs chefs. Tous sont embarqués dans des hélicoptères vers la ville kurde d'Erbil, tandis que des F15 de l'US Air Force achèvent le travail des commandos en rasant la ferme-prison.
Quelle que soit la réussite de cette opération, l'histoire retiendra que ce 23 octobre marque une nouvelle phase de la guerre menée contre Daesh. Celle d'un engagement américain qui ne se borne pas seulement à des raids aériens, mais s'accompagne aussi parfois d'une participation aux combats sur le terrain.

Leadership russe
Il y a moins d'un an, Barack Obama, dans un centre d'entraînement des marines à Tampa, en Floride, avait déclaré : « Les forces américaines déployées en Irak n'ont pas et n'auront pas de mission de combat. » Une promesse qui, comme jadis au Vietnam, lorsque Johnson avait envoyé des « conseillers militaires » pour assister l'effort du gouvernement de Saïgon, n'a pas tenu longtemps. C'est en effet en 2014 que les États-Unis, voyant que Bagdad était sur le point de tomber aux mains de l'État islamique, avaient envoyé 3 500 « conseillers » dont la mission était exclusivement de redonner du tonus à une armée irakienne, pourtant bien armée, mais qui accumulait les revers par manque de combativité.
Au lendemain de l'opération commando contre la ferme-prison, le secrétaire d'État à la Défense a déclaré « [qu'il s'attendait] à ce que les troupes américaines s'engagent dans un plus grand nombre d'opérations s'il se présentait des occasions – comme à Al-Hiwa – de porter des coups sévères aux islamistes ». Même si officiellement la doctrine Obama « no boots on the ground » (« pas de bottes sur le terrain ») n'est pas abandonnée, elle semble donc dépassée sur le terrain. La première raison est que l'armée irakienne, en dépit des efforts des formateurs américains, ne semble toujours pas en mesure de reconquérir le terrain perdu devant Daesh. Et si les peshmergas kurdes, alliés de la coalition, semblent être plus combatifs, il leur arrive, comme l'a montré l'engagement d'Al-Hiwa, d'être surclassés par les djihadistes.
L'autre raison, moins militaire et plus politique, du changement de pied américain, c'est que les Russes, depuis qu'ils ont commencé leurs bombardements massifs en Syrie, contre Daesh et contre d'autres, sont en passe de prendre, pour les pays de la région, une position de leadership qui indispose les Américains. Dernier camouflet en date pour Washington, le Premier ministre irakien Abadi, après avoir accepté une structure commune de renseignement avec les Russes, les Iraniens et les Syriens de Bashar el-Assad, résiste de plus en plus mollement aux pressions de membres de son cabinet pour faire officiellement appel à Poutine afin qu'il l'aide militairement dans sa guerre contre les islamistes.

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Des commandos américains et Kurdes libèrent des otages de Daesh
C'est un véritable pied de nez infligé à l'organisation État islamique (EI). Spécialisée dans les films d'exécutions morbides d'otages pour servir sa propagande et attirer de nouvelles recrues, l'EI est aujourd'hui prise à son propre piège. À leur tour, ses adversaires en Irak – les États-Unis et les Kurdes – ont immortalisé par l'image le récent revers qu'ils ont infligé à l'organisation djihadiste en libérant 70 de ses otages dans le nord de l'Irak. Dimanche, le gouvernement autonome du Kurdistan irakien, allié de la coalition internationale anti-EI, a diffusé une vidéo censée illustrer l'opération militaire américano-kurde qui a permis jeudi de sauver les captifs de l'EI dans une prison située près de Hawija, dans le nord du pays.
Captées avec une caméra fixée sur un casque, les images montrent ce qui semble être des commandos Delta, unité d'élite américaine spécialisée notamment dans les opérations de libération d'otages et d'antiterrorisme, et des forces kurdes en action. La scène est filmée à l'intérieur d'un bâtiment, probablement la prison dont s'était emparée l'EI près de Hawija. Elle témoigne d'une opération rapide et millimétrée au cours de laquelle des prisonniers non identifiés sont alignés, fouillés et libérés, avec des coups de feu permanents en fond sonore.
Selon les forces kurdes, 48 Kurdes et 27 Américains ont participé à ce raid qui a permis la libération de « 69 otages » et coûté la vie à plus de 20 djihadistes. D'après l'administration américaine, ces prisonniers devaient être exécutés le même jour et leurs tombes avaient déjà été creusées. L'opération a aussi coûté la vie à un soldat d'élite américain, le sergent-chef Joshua Wheeler, 39 ans, décoré à de multiples reprises. Il s'agit du premier décès d'un soldat américain au combat en Irak depuis le retrait fin 2011 des troupes américaines.
La participation directe de forces américaines à des combats tranche avec le mode d'action habituel des troupes actuellement stationnées en Irak (quelque 3 500 hommes), normalement cantonnées à un rôle de conseil et d'assistance aux forces locales (armée irakienne et forces kurdes) contre l'EI. À en croire le Pentagone, les commandos américains ne devaient initialement pas intervenir directement dans l'assaut de la prison, mais seraient finalement entrés dans le combat pour prêter main-forte aux Kurdes, pris sous le feu des djihadistes.
En dépit du décès d'un de ses soldats, le secrétaire à la Défense Ashton Carter a laissé entendre que d'autres militaires américains pourraient participer à des opérations terrestres contre l'EI en Irak.

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