jeudi 29 octobre 2015

Irak : Dans les villages repris à Daesh, l'horreur et la désolation

Le général Wosta Rasoul, à la tête du secteur 4, autour de Kirkouk, commande 23 000 peshmergas, ces combattants kurdes "qui affrontent la mort". Ce dur à cuire peine à décrire ce qu'il a découvert lors de l'offensive lancée à l'ouest de la ville il y a environ un mois. Et qui a permis de libérer 35 petits villages. "Nous n'avons pas fait un seul prisonnier. Les djihadistes préfèrent se faire sauter plutôt que de se rendre. Mon principal souci était alors qu'ils ne tuent pas mes hommes en se suicidant !" Dans cette zone libérée d'environ 400 kilomètres carrés, les peshmergas n'ont retrouvé que 1 200 villageois, totalement terrorisés, affamés. Ceux qui avaient tenté de fuir l'organisation de l'État islamique étaient systématiquement massacrés, y compris les femmes et les enfants. Si les vidéos de propagande de Daesh montrent des décapitations, sur le terrain, les djihadistes sont aussi capables de démembrer leurs victimes…
"J'ai moi-même emmené deux familles au bazar de Kirkouk pour qu'elles puissent s'alimenter et j'en ai profité pour acheter des chaussures aux gamins qui marchaient pieds nus", raconte le général Wosta Rasoul, 48 ans. Comme la plupart des officiers peshmergas, il ne porte ni décoration ni même d'insigne indiquant son grade.
Dans la zone libérée, notre interprète est un Américain d'origine kurde. Pistolet à la ceinture, il nous conduit sur la ligne de front, à une vingtaine de kilomètres à peine à l'ouest de Kirkouk. Dans un baraquement de fortune, des combattants kurdes pataugent dans la boue, armés seulement de kalachnikovs. L'ennemi n'est qu'à quelques centaines de mètres. "Actuellement, le front est plutôt calme. Les djihadistes nous paraissent assez démoralisés. Mais ne vous baladez tout de même pas trop sur le talus, ils ont des snipers", lâche l'officier traducteur. Le véritable objectif des peshmergas est de prendre ensuite la ville de Hawija, à 250 kilomètres au nord de Bagdad, où l'organisation État islamique s'est solidement retranchée.

"En face, nous n'avons que des déçus de Saddam Hussein et des voyous"
Cette libération des villages à l'ouest de Kirkouk a mobilisé 3 500 peshmergas au sol, appuyés par les avions de la coalition internationale. Mais comment les combattants kurdes, qui ne possèdent souvent que des kalachnikovs, peuvent-ils attaquer Daesh, bénéficiant d'un armement lourd ? "Nous, nous sommes légitimes. Nous sommes des patriotes. Nous défendons notre territoire, nos populations. En face, nous n'avons que des déçus de Saddam Hussein, et des voyous, des barbares, venant parfois de vos banlieues ! Face à eux, nous nous sentons invincibles", nous avait lâché, avec une pointe d'ironie, un officier général des forces armées rencontré à Erbil, la capitale du Kurdistan irakien.
Les survivants de la trentaine de petits villages ont été évacués vers des régions moins sensibles. L'officier américano-kurde nous conduit ensuite dans le bourg abandonné de Bihuter, où ne vagabondent plus que des chiens faméliques. Toutes les habitations ont été systématiquement dynamitées par les djihadistes. Plus un mur ne tient debout. C'est la désolation. "Tous ces villages étaient habités par des Arabes. Mais ils nous ont accueillis, nous les Kurdes, comme des libérateurs", assure le général Wosta Rasoul. En juin 2014, devant l'avancée de l'organisation État islamique, les forces gouvernementales irakiennes ont abandonné précipitamment Kirkouk, 1,2 million d'habitants, suivant le même scénario qu'à Mossoul. Les peshmergas sont arrivés immédiatement pour prendre la défense de cette ville, extérieure à la région autonome du Kurdistan irakien.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire