lundi 3 novembre 2014

Israël/Palestine : La vieille ville de Jérusalem transformée en camp retranché pour la prière du vendredi

La vieille ville de Jérusalem s'est transformée en camp retranché vendredi en vue de la grande prière hebdomadaire musulmane sur l'esplanade des Mosquées, fermée la veille pour la première fois depuis des années devant l'escalade des tensions. Depuis mercredi soir, Jérusalem a été le théâtre d'une tentative d'assassinat contre une figure de la droite ultranationaliste juive, de la mort de son agresseur présumé, tué par les policiers, et de multiples heurts entre jeunes Palestiniens et policiers israéliens. Des centaines de policiers ont pris position dans toutes les ruelles étroites de la citadelle, connue habituellement pour l'agitation de ses petites échoppes. Les touristes ont déserté le souk dans le quartier musulman. Des checkpoints ont été établis partout pour contrôler les voies menant à l'esplanade, qui surplombe la vieille ville. Des policiers lourdement armés, au côté d'autres plus légèrement équipés, contrôlaient tout le monde, avec pour instruction de ne pas laisser passer les hommes de moins de 50 ans, sauf à ce qu'ils produisent les documents certifiant qu'ils ont un magasin dans la vieille ville.
Quand elles ont décidé de rouvrir l'esplanade des Mosquées pour la prière du vendredi, les autorités israéliennes qui contrôlent l'accès à la place située à Jérusalem-Est ont précisé que seuls les hommes de plus de cinquante ans et les femmes pourraient passer. Jérusalem-Est, partie palestinienne annexée et occupée par Israël, est en proie depuis l'été à des tensions qui font craindre une troisième Intifada. L'esplanade des Mosquées, troisième lieu saint de l'islam également vénéré par les juifs, est au coeur des tensions. Les musulmans s'alarment de l'intention prêtée au gouvernement israélien d'autoriser les juifs à y prier. Ils dénoncent des provocations de la part de juifs ultranationalistes qui accèdent à l'esplanade sous le couvert d'une visite et qui se mettent à prier. Le gouvernement israélien a répété ces derniers jours n'avoir aucune intention de changer le statu quo sur l'esplanade.

 
 
La fermeture totale jeudi de l'esplanade par Israël était une première depuis l'annexion de 1967, selon la fondation musulmane qui gère le site. La police israélienne affirme en revanche que cela n'était pas arrivé depuis 2000, après la visite sur l'esplanade d'Ariel Sharon, alors leader de l'opposition de droite. Perçue comme une provocation par les Palestiniens, la visite de M. Sharon est communément citée comme le point de départ de la deuxième Intifada. Le président palestinien Mahmud Abbas a qualifié la fermeture de l'esplanade de "déclaration de guerre". Son parti, le Fatah, a appelé à une "journée de colère" après la prière du vendredi.
En gardant l'esplanade close vendredi, Israël aurait pris un risque considérable. Mais avec l'interdiction faite aux hommes de moins de 50 ans, la rigueur des contrôles israéliens et peut-être l'intensité des averses, l'affluence à la prière s'annonçait bien moindre qu'un vendredi ordinaire. Par ailleurs, accusait Zuhair Dina, 66 ans, les policiers appliquaient les consignes "au gré de leur humeur". Il s'est entendu dire par des policiers qu'ils ne laissaient pas passer les hommes de moins de 60 ans, et non pas seulement de moins de 50. Après la tentative d'assassinat contre une figure de la droite ultranationaliste juive, Yehuda Glick, la mort de son agresseur présumé et les multiples heurts mercredi soir et jeudi, un calme relatif est revenu dans la nuit de jeudi à vendredi à Jérusalem-Est.
Des incidents épars, principalement des jets de pierres sur les forces de l'ordre ou des véhicules israéliens, se sont produits en fin de soirée, a rapporté la police. Trois ou cinq Palestiniens, selon les sources, ont été arrêtés. Parmi eux figure une personnalité du quartier de Silwan, épicentre des violences des derniers jours : Jawad Siyam, chef d'un centre d'action local, a rapporté le site de ce dernier. C'est de ce secteur au pied de la vieille ville que sont originaires deux Palestiniens tués par les policiers israéliens en moins de dix jours, à la suite de ce que les autorités israéliennes ont qualifié d'"attaques terroristes". L'état de Yehuda Glick - personnalité qui horripile les musulmans en réclamant le droit de prier sur l'esplanade des Mosquées - s'est légèrement amélioré, mais "ses jours sont toujours en danger", a indiqué le chef du service de chirurgie de l'hôpital Shaarei Tsedek à la radio militaire. Son agresseur présumé, Muataz Hijazi, Palestinien de 32 ans, abattu jeudi matin, a été inhumé sous haute surveillance policière dans le calme jeudi soir.

(31-10-2014)

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