(Le professeur François Bochud (à gauche), directeur de l’Institut
radiophysique de Lausanne, et le professeur Patrice Mangin, directeur
du Centre de médecine légale de Lausanne, présentent leur rapport sur
les causes de la mort de Yasser Arafat, le 7 novembre 2013 à Lausanne.) © Laurent Gillieron / Sipa
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Les scientifiques suisses ne sont pas d’accord avec leurs collègues
français et tiennent à le faire savoir. L’équipe d’experts de l’Institut
de radiophysique de Lausanne, dont les conclusions sur un possible
empoisonnement de Yasser Arafat ont été contredites mardi par des
experts français, répète que l’on peut "raisonnablement soutenir la
thèse d’un empoisonnement" du raïs palestinien au polonium-210, une
substance radioactive invisible hautement toxique. Interrogé par la
Radio télévision suisse (RTS), le professeur Patrice Mangin, directeur
du Centre universitaire romand de médecine légale, qui a dirigé
l’expertise suisse, se dit "surpris par les explications" fournies par
les scientifiques français.
Les équipes suisses et françaises, mandatées respectivement par
l’Autorité palestinienne et le parquet de Nanterre, ont pu analyser des
échantillons prélevés sur la dépouille de l’ancien dirigeant
palestinien, exhumée le 27 novembre 2012. Un an plus tard, ils arrivent
au même résultat : le corps de Yasser Arafat contient bien un taux de
polonium-210 supérieur à la moyenne. D’après les Suisses, les quantités
de polonium-210 mesurées seraient même jusqu’à 20 fois supérieures à la
normale.
"Absence de diagnostic précis"
Mais là où le laboratoire de Lausanne évoque la thèse d’un
empoisonnement, l’équipe française attribue la présence du gaz toxique à
une "origine environnementale naturelle", à savoir l’existence d’un gaz
radioactif naturel, le radon, dans la tombe du défunt. Ainsi, les
Français vont dans le sens d’une "mort naturelle", même si, à la
différence du rapport suisse, le document français n’est pas disponible
dans son intégralité. Une conclusion que le professeur Patrice Mangin
trouve pour le moins "étrange" et dit "ne pas comprendre", d’autant plus
que les scientifiques français ne disposent pas de diagnostic précis.
À la mort du raïs en 2004, "les plus grands experts de la place de Paris
se sont penchés sur son sort et aucune cause n’a été établie", rappelle
le directeur du Centre universitaire romand de médecine légale.
"L’hypothèse de l’infection a été, semble-t-il, celle qui a été le plus
facilement écartée. Il n’y avait pas de fièvre, pas de syndrome
infectieux et toutes les investigations microbiologiques se sont
révélées négatives." Et le scientifique de s’interroger sur les
nombreuses zones d’ombre qui entourent l’affaire, comme l’absence
d’autopsie du corps ou la destruction des échantillons prélevés à
l’époque par l’Institut de recherche dépendant de l’armée.
"Pas de certitude"
Autre personne à s’étonner des conclusions françaises, la veuve du raïs,
Souha Arafat, qui s’est dite mercredi "convaincue" que son mari "n’est
pas décédé de mort naturelle". S’estimant "choquée" que le rapport
médical français qui lui a été transmis "se résume à 4 pages", contre
108 pour le document suisse, la veuve du raïs palestinien a demandé, par
la voix de son avocat, que l’expertise du laboratoire de Lausanne soit
versée à la procédure française afin d’apporter une conclusion
"homogène". Quant à l’équipe russe, la troisième à avoir analysé les
échantillons de la dépouille du raïs, elle a conclu à l’impossibilité de
déterminer si le polonium est bien la cause du décès de Yasser Arafat.
"On va rester dans le doute", prédit Patrice Mangin. L’équipe de
l’Institut de radiophysique de Lausanne reste toutefois très prudente
sur la thèse d’un empoisonnement. "Nous avons simplement évoqué une
hypothèse, mais nous n’avons pas d’élément de certitude", rappelle le
scientifique. Interrogé par le journaliste Darius Rochebin sur les
moyens de se procurer du polonium, Patrice Mangin rappelle néanmoins
qu’il est "difficile" d’en obtenir. "Pour fabriquer du polonium, il faut
disposer d’un réacteur, et ce sont les État qui maîtrisent ce genre de
chimie", souligne-t-il.
(05-12-2013 - Avec les agences de presse)
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