Le Premier ministre tunisien Ali Larayedh est appelé à démissionner
jeudi pour laisser la place à un cabinet d’indépendants, tandis que le
pays est une nouvelle fois déstabilisé par des conflits sociaux,
émaillés de heurts, en raison de nouvelles taxes.
La formation tard mercredi soir de l’Instance supérieure indépendante
pour les élections (ISIE), condition clé pour le départ du pouvoir des
islamistes d’Ennahda, a ouvert la voie à la démission de M. Larayedh et
son remplacement, sous 15 jours, par son ministre de l’Industrie, Mehdi
Jomaâ qui devra former un gouvernement d’indépendants.
Le puissant syndicat UGTT, principal médiateur de la crise politique
déclenchée en juillet par l’assassinat de l’opposant Mohamed Brahmi, a
souligné à maintes reprises que le Premier ministre avait jusqu’à jeudi
pour remettre sa démission au président Moncef Marzouki.
Ni la présidence, ni la primature n’avaient fait d’annonce jeudi matin
sur le sujet, alors que ces derniers mois de multiples calendriers de ce
type ont été reportés.
Parallèlement, la Constituante doit reprendre l’examen article par
article du projet de Constitution, que la classe politique s’est engagée
à adopter avant le 14 janvier, 3e anniversaire de la révolution qui
déclencha le Printemps arabe.
Élue en octobre 2011, elle devait achever sa mission en un an, mais le
processus a été ralenti par un climat politique délétère, l’essor de
groupes jihadistes armés et des conflits sociaux.
Ces diverses procédures et tractations politiques destinées à sortir la
Tunisie d’une profonde crise déclenchée par l’assassinat d’un opposant
en juillet interviennent alors que les mouvements sociaux, parfois
violents, se multiplient à travers le pays depuis le début de la
semaine.
L’un des catalyseurs du mécontentement est l’entrée en vigueur d’une
série de taxes sur les moyens de transports privés et professionnels.
Depuis le début de la semaine, les régions intérieures, les plus pauvres
du pays, ont été le théâtre d’affrontements entre manifestants et
policiers. De nombreuses routes ont aussi été coupées par intermittence
par des manifestants.
Les disparités de développement, le chômage et la misère étaient au
coeur des causes de la révolution de janvier 2011 dont le berceau était
justement l’intérieur du pays.
Dans la nuit de mercredi à jeudi, quelques centaines de manifestants ont
attaqué à Feriana, dans la région de Kasserine, la recette des impôts,
un poste de police, une banque et un bâtiment municipal avant de les
incendier, selon deux habitants et un policier interrogés par l’AFP.
"La police a riposté par des lacrymogènes avant de reculer", a indiqué un policier, joint par téléphone.
Des heurts entre jeunes et policiers ont aussi eu lieu dans la nuit à
Meknassy, dans la région de Sidi-Bouzid. Un poste des forces de l’ordre y
a été incendié, selon le responsable local du syndicat UGTT, Zouheir
Khaskhoussi.
Des violences avaient déjà eu lieu dans la région de Kasserine mercredi,
notamment dans la capitale régionale éponyme et à Thala.
L’UGTT a jugé les revendications des manifestants "légitimes" dans un
communiqué mercredi, tandis que le parti islamiste Ennahda exprimait sa
"compréhension face à ces mouvements de protestations" et a appelé à
"réviser" ces nouvelles taxes adoptées à son initiative.
Pour les journaux tunisiens, la responsabilité de cette situation
explosive revient à M. Larayedh qui a voulu remplir les caisses de
l’Etat sur le dos du petit peuple avec des mesures entrant en vigueur à
quelques jours de l’anniversaire de la révolution de 2011.
"Larayedh doit également démissionner parce qu’en guise de baroud
d’honneur, il vient de mettre le pays au bord de l’explosion", assène La
Presse.
Avant de quitter le pouvoir, le Premier ministre a "pris soin de
dégoupiller une petite bombinette qui menace de faire péter la baraque
et d’alimenter de nouvelles tensions sociales dont le pays se passerait
volontiers", juge pour sa part le Quotidien.
L’économie tunisienne, minée par les conflits politiques, sociaux et
l’essor d’une mouvance jihadiste armée, reste anémique. Le taux de
croissance, inférieur à 3% en 2013, est largement insuffisant pour
endiguer le chômage qui atteint notamment plus de 30% des jeunes
diplômés.
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