« Même s’ils boivent la mer, abattent les murs ou s’emparent de
l’air, je ne vendrai pas Akka … » Ainsi commence la chanson du groupe
musical « Walla’it » ( « ça chauffe ! »), 100% de Akka, ville côtière de
la Palestine occupée en 1948. « Akka n’est pas à vendre » est devenu
le slogan des Palestiniens demeurés dans leur patrie occupée depuis
1948, en opposition aux projets de judaïsation de la Palestine occupée
en 1948 : modification des noms des villes et villages, destruction du
patrimoine palestinien, dépossession des Palestiniens de leurs terres et
de leurs biens, leur expulsion de leurs villes appelées « villes
mixtes », invasion de ces villes par des colonies citadines sous la
forme d’écoles « talmudiques » et leur encerclement par des colonies
agricoles sous la forme de « parcs attractifs » et de forêts.
Le ministère sioniste du tourisme a décidé de mettre aux enchères le
patrimoine historique de la ville de Akka, notamment Khan al-Umdan, qui
appartient d’ailleurs aux Awqafs musulmans palestiniens. Tout autour de
ce Khan, habitent plusieurs familles palestiniennes, menacées
d’expulsion afin que le paysage soit entièrement « juif » et que ce
patrimoine arabe palestinien puisse être vendu à un prix intéressant
pour l’occupant. Son but est de transformer le Khan al-Umdan en hôtel,
après qu’il ait procédé à la fermeture de 36 échoppes tenues par des
Palestiniens dans le quartier.
Akka, ville historique palestinienne, refuse d’être judaïsée. Cette
ville a résisté aux invasions (notamment des Européens croisés) et s’est
défendue contre Napoléon qui n’a pu l’occuper en 1799. A l’époque de
Dhaher al-Omar, gouverneur qui s’est révolté contre le pouvoir ottoman
et qui a élargi sa zone jusqu’à Gaza au sud, en passant par Haïfa, Akka
devint une des villes méditerranéennes les plus fréquentées par les
marchands. Des khans furent construits pour accueillir ceux qui venaient
d’Europe ou des villes et contrées musulmanes. Dans cette ville arabe,
les mosquées historiques (Mosquée al-Jazzar, Mosquée al-Zaytouna,
mosquée Dhaher al-Omar) côtoient les églises aussi historiques.
Construit en 1784 par Ahmad al-Jazzar, Khan al-Umdan est l’un des sites
les plus prestigieux de la ville. En 2001, il fut mis sur la liste du
« patrimoine mondial » de l’UNESCO.
L’occupation sioniste ne menace pas uniquement le patrimoine
palestinien. Elle vise également la population. Déjà en 1948, lors de
l’occupation de la ville par les bandes sionistes, les Palestiniens de
la ville et des autres villes qui s’y étaient réfugiés, furent expulsés,
une grande partie d’entre eux obligés par les occupants Britanniques à
s’entasser sur des barques et à s’en aller. Très peu de Palestiniens
originaires de la ville purent y demeurer. Et la plupart des familles
palestiniennes qui y vivent à présent sont originaires des villages
détruits par les colons sionistes. Elles furent installées dans les
maisons des réfugiés, que les autorités coloniales ont confisquées et
placées sous la tutelle de l’administration « des biens des absents »
(les réfugiés et les déplacés, appelés « absents présents »). De même,
les biens et terres des Awqafs musulmans, dont fait partie Khan
al-Umdan entre autres, furent placés sous cette tutelle.
Depuis 1948, la population de Akka, comme dans d’autres villes
palestiniennes, s’est développée et étendue jusqu’aux nouveaux quartiers
construits par les autorités coloniales pour les juifs, ces derniers
préférant se mouvoir vers les colonies industrielles et commerciales
situées entre Haïfa et Akka. Après la révolte palestinienne de 2000
(Intifada al-Aqsa et soulèvement d’octobre), les autorités coloniales
décident de briser le courant national palestinien qui s’est manifesté
au cours du soulèvement, en utilisant tous les moyens politiques,
juridiques et sécuritaires qu’elles se sont elles-mêmes instaurées
depuis 1948 et en renforçant la colonisation et la judaïsation. Outre
les lois racistes votées par l’organe législatif des colons (Knesset)
visant à marginaliser la présence palestinienne, la répression a visé
les mouvements politiques, les associations nationales, les structures
culturelles et religieuses, et même les membres palestiniens élus à la
Knesset. Les Palestiniens furent désormais décrits comme étant une
« menace démographique » et les services sécuritaires se chargèrent de
les surveiller, traquer et humilier. Leur « citoyenneté » étant devenue
suspecte, il leur fut demandé de la prouver en adhérant aux valeurs
racistes du sionisme, celles précisément qui ont légitimé l’expulsion de
leur peuple et la destruction de leur patrie.
Les Palestiniens de Akka furent encerclés par les vagues de colons et
par la politique d’apartheid menée par les différentes administrations
de l’occupation. Les plans de « développement » forgés par les sionistes
les ont non seulement ignorés, mais ils en firent des victimes : les
quartiers où ils vivent, qu’ils soient dans la vieille ville ou au-delà,
sont menacés de destruction, prétextant soit le passage de chemins de
fer ou autres constructions, soit le « développement » touristique. Les
lois coloniales ayant interdit aux Palestiniens de rénover les maisons
placées sous tutelle, l’Etat attend tout simplement qu’elles tombent en
ruine pour s’en emparer et expulser ceux qui y habitent depuis 1948.
C’est ainsi que l’Etat ou la société » Amidar » et maintenant « la
société de développement de Akka », organes de judaïsation, se sont
emparés de nombreuses maisons typiquement palestiniennes pour en faire
des lieux attractifs pour les touristes : des échoppes d’art, des hôtels
et autres, expulsant les Palestiniens hors de la ville.
Mais depuis 2000, et notamment depuis leur révolte en octobre 2008,
les Palestiniens de Akka refusent les tentatives de judaïsation et leur
expulsion. Plusieurs comités de quartiers se sont mis en place, et
lorsque le colon raciste Merzel avait décidé de mener son incursion à
Akka, en 2012, en compagnie de quelques députés de la Knesset, pour
briser l’élan national de la population Akkaouie et affirmer la
« judéité » de la ville, ce sont des quartiers entiers qui se sont
opposés à son entrée dans la ville. Il n’a pu « faire son cinéma »
qu’aux abords des quartiers arabes.
Le 4 janvier dernier, une manifestation s’est déroulée dans la ville,
rassemblant toutes les forces politiques palestiniennes, à l’appel du
comité de suivi des masses arabes, pour s’opposer à « la judaïsation et
l’expulsion ». Le communiqué du Haut comité rappelle que ce nouveau
projet (mise aux enchères de Khan al-Umdan) s’ajoute aux anciens qui
visent à effacer l’histoire arabe palestinienne de la ville. Cette
manifestation n’est que la première action décidée d’ailleurs par les
comités des quartiers réunis à la mosquée al-Jazzar une semaine
auparavant.
Au cours de la manifestation, les Palestiniens de Akka ont affirmé
qu’ils resteront dans leurs maisons et qu’ils s’opposeront à la
judaïsation de leur ville. « le but des autorités « israéliennes » est
de nous expulser, mais nous demeurerons sur leurs corps et nous ne
quitterons ni nos maisons ni notre ville » a déclaré l’un des
manifestants.
De Akka au Naqab, Les Palestiniens vivant dans les territoires
occupés en 48 se mobilisent. La jeunesse palestinienne a décidé de se
faire entendre, au-delà des partis politiques, jugés trop « mous ». Que
ce soit dans le Naqab ou dans al-Jalil, dont Akka reste une des
principales villes, les autorités coloniales auront à affronter une
nouvelle génération décidée à affirmer sa volonté de libération, et qui
ne craint ni les arrestations, ni la répression. Là aussi, c’est le
prix à payer pour retrouver l’unité du peuple palestinien et affirmer le
choix de la résistance, sans laquelle la patrie ne pourra être libérée.
(08-01-2014 - Fadwa Nassar)
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