dimanche 26 janvier 2014

Syrie : La question des prisonniers au menu des négociations à Genève

Les émissaires du président syrien Bashar al-Assad et de l’opposition examinent dimanche à Genève le problème des milliers de prisonniers et de disparus du conflit syrien, le médiateur de l’ONU tentant d’obtenir la libération d’enfants, de femmes et des plus âgés.
Les négociateurs en chef et leurs équipes se sont enfermés dès 11H00 (10H00 GMT) dans le même salon que la veille pour une deuxième journée de négociations. Comme samedi, les deux délégations sont assis à la même table mais se parlent par Lakhdar Brahimi interposé.
Le médiateur de l’ONU, diplomate algérien chevronné, avait annoncé samedi soir, après le premier round de négociations, que la question des prisonniers et des disparus serait au menu des discussions.
"N’est-ce pas un fait que des milliers et des milliers de personnes se trouvent dans les prisons du gouvernement ?", avait-il déclaré. "Les Nations unies appellent, au moins pour l’instant, à la libération des femmes, des personnes âgées et des enfants", a ajouté M. Brahimi.
Depuis que le mouvement de contestation de mars 2011 a tourné à la guerre civile sanglante avec plus de 130.000 morts et des millions de réfugiés et déplacés, le phénomène des prisonniers et des disparus s’est amplifié.

17 000 disparus selon l’OSDH
Il n’existe pas de chiffres exacts, mais les organisations de défense des droits de l’Homme évoquent des milliers de prisonniers et de disparus. L’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), une ONG en pointe dans le conflit syrien, évoque 17 000 disparus dont le sort reste inconnu et des "dizaines de milliers" de prisonniers dans les prisons du régime.
L’OSDH évoque également des milliers de personnes enlevés ou prisonniers des groupes armés, notamment des jihadistes de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) et du Front al-Nosra, ainsi que de groupes rebelles.
En décembre, la Commission internationale d’enquête des Nations unies pour la Syrie avait qualifié de "crime contre l’humanité" les disparitions forcées menées par l’armée, la police et les services de renseignements syriens, évoquant une "tactique de guerre" des autorités de Damas et le recours systématique à la torture.
Le Comité international de la Croix Rouge n’a pu visiter aucune prison en Syrie depuis 2012.

Rapport sur le recours à la torture
A la veille de la conférence de Genève II, trois anciens procureurs internationaux ont accusé le régime de massacres à grande échelle et de tortures dans un rapport basé sur le témoignage d’un déserteur et commandé par le Qatar, pays qui soutient les rebelles syriens.
Le rapport s’appuyait sur le témoignage d’un photographe qui affirme avoir déserté la police militaire syrienne avec, en sa possession, une carte mémoire contenant environ 55 000 photos de 11 000 prisonniers morts en prison entre mars 2011 et août 2013.
Le 17 janvier, le chef de la diplomatie syrienne Walid Mouallem avait assuré que le régime était "prêt à échanger des détenus contre des prisonniers capturés par le camp adverse".
Samedi, les deux délégations avaient parlé longuement de Homs et des quartiers rebelles de la ville bombardés quotidiennement par l’armée syrienne. Dans ces quartiers assiégés depuis juin 2012, des milliers de Syriens vivent dans des conditions épouvantables et manquent de nourriture et de médicaments.
Selon Lakhdar Brahimi, les deux parties ont trouvé un accord sur l’envoi de convois humanitaires à Homs. Et l’opposition a estimé que la demande faite à Damas constituait un "test" du sérieux du régime dans les négociations à venir.
L’opposition affirme que les négociations politiques sur Genève I se dérouleront lundi et mardi. "Le motif de notre présence n’est pas d’ouvrir un corridor ici ou là, il est de parler de l’avenir de la Syrie", a souligné M. Louai Safi, un des négociateurs de l’opposition.

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