dimanche 22 juin 2014

Irak : Obama envoie des conseillers militaires en soutien aux forces irakiennes

Le président des États-Unis Barack Obama a annoncé jeudi l’envoi de conseillers militaires en Irak pour soutenir les forces de sécurité face aux djihadistes, appelant le Premier ministre, le chiite Nouri al-Maliki, au dialogue avec toutes les communautés. Barack Obama, qui s’exprimait depuis la Maison-Blanche, a souligné que Washington était prêt à "une action militaire ciblée et précise si et quand (...) la situation sur le terrain l’exige". Les États-Unis ont renforcé ces derniers jours leurs vols de surveillance du territoire irakien, y compris à l’aide de drones et de chasseurs F-18 décollant du porte-avions George H. W. Bush, qui croise actuellement dans le Golfe. Et le chef de la diplomatie américaine John Kerry devrait se rendre "bientôt" en Irak, ont affirmé des sources parlementaires à Washington sans donner plus de détail.
Sur le terrain, l’armée a affirmé avoir repris le contrôle total de la principale raffinerie du pays à Baïji (200 kilomètres au nord de Bagdad) après plus de 24 heures de combats, selon des responsables et des témoins. Il s’agit d’un rare succès des forces armées après leur totale déroute aux premiers jours de l’offensive lancée le 9 juin par les insurgés menés par les djihadistes de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL), qui ont réussi à prendre de larges parties de quatre provinces et sont désormais à une centaine de kilomètres de Bagdad. Le gouvernement irakien, qui a rappelé les officiers réservistes, a officiellement demandé aux États-Unis de mener des frappes aériennes.
Les quelque 300 conseillers militaires américains, issus des forces spéciales, auront pour mission d’"entraîner, assister et soutenir" les forces irakiennes. Ces militaires qui pourraient également servir à coordonner des frappes aériennes, devraient être déployés par petites équipes de douze hommes auprès de l’état-major de l’armée irakienne dans un premier temps, a affirmé un haut responsable américain sous le couvert de l’anonymat. Leur déploiement devrait intervenir "très bientôt", selon un autre responsable. Après huit ans de guerre en Irak et près de 4 500 morts, "les forces américaines ne retourneront pas au combat en Irak", a martelé Barack Obama. "Mais nous aiderons les Irakiens dans leur combat contre les terroristes qui menacent le peuple irakien, la région et les intérêts américains".
Washington est prêt à créer des "centres opérationnels conjoints", à Bagdad et dans le nord de l’Irak, afin de partager les renseignements et coordonner la planification des opérations contre les djihadistes de l’EIIL. Barack Obama a précisé que toute décision d’action militaire se ferait "en étroite consultation avec le Congrès, les dirigeants irakiens et ceux de la région". Il a aussi annoncé l’envoi ce week-end de John Kerry au Moyen-Orient et en Europe pour des consultations sur l’Irak, appelant une nouvelle fois Nouri al-Maliki, honni par la minorité sunnite qui l’accuse de la marginaliser, à relever le "défi" de l’ouverture à toutes les communautés. Le gouvernement Maliki, au pouvoir depuis 2006, est miné par les divisions confessionnelles et confronté à des violences meurtrières depuis plus d’un an, alimentées par le mécontentement de la minorité sunnite et la guerre en Syrie voisine où l’EIIL est aussi actif.
L’EIIL a pris la deuxième ville d’Irak, Mossoul, une grande partie de sa province Ninive (Nord), de Tikrit et d’autres secteurs des provinces de Salaheddine (Nord), Diyala (Est) et Kirkouk (Nord). Des centaines de milliers de personnes ont été déplacées avec l’avancée de l’EIIL qui ambitionne de créer un État islamique, alors que des centaines de personnes ont été tuées, selon des bilans non officiels et impossibles à confirmer dans l’immédiat. En outre, une quarantaine de travailleurs indiens ont été enlevés dans la région de Mossoul, où 80 Turcs sont retenus par les djihadistes depuis la semaine dernière. Les djihadistes se sont également emparés d’une ancienne usine de production d’armes chimiques datant du régime de Saddam Hussein, a affirmé jeudi la porte-parole du Département d’État américain. Selon Jen Psaki, ces insurgés islamistes ne sont toutefois pas en mesure de produire des armes chimiques opérationnelles, en raison de la vétusté et de l’ancienneté des produits pouvant encore s’y trouver.
Plusieurs pays ont annoncé, dans ce contexte chaotique, l’évacuation de certains de leurs diplomates d’Irak alors que des compagnies ont transféré leurs employés étrangers vers Bagdad, où un plan sécuritaire a été mis en place pour protéger d’un assaut djihadiste. La Chine, plus gros investisseur du secteur pétrolier irakien, a ainsi annoncé l’évacuation vers des régions plus sûres de certains salariés de ses sociétés. L’avancée de l’EIIL fait craindre pour les investissements à long terme dans l’industrie pétrolière du pays, deuxième plus gros exportateur au cartel de l’Opep, selon le président du Conseil mondial du pétrole, Renato Bertani.
Les États-Unis ont assuré que l’attaque contre la raffinerie de Baïji n’avait pas d’impact sur les exportations de brut, mais que Bagdad serait contraint d’importer temporairement des produits raffinés. La crise irakienne a par ailleurs mis en lumière les divergences entre les deux poids lourds de la région. La monarchie sunnite saoudienne a accusé Nouri al-Maliki d’avoir conduit l’Irak au bord du gouffre par sa politique d’exclusion des sunnites, mettant en garde contre une guerre civile. En revanche, l’Iran chiite veut aider Nouri al-Maliki face aux insurgés. Selon Barack Obama, l’Iran peut jouer un rôle "constructif" dans la région. Cependant, a-t-il mis en garde, s’il "intervient seulement militairement au nom des chiites (...), la situation va probablement empirer".

(20-06-2014)

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