Une empoignade en plénière à la Knesset, le Parlement israélien, ce
n’est pas vraiment une nouveauté. Sauf que, cette fois, il ne s’agissait
pas d’un énième débat sur le conflit israélo-palestinien ou sur la
paupérisation de la classe moyenne, mais d’une proposition de loi
présentée par deux députés de la coalition gouvernementale pour
interdire l’utilisation du mot "nazi" et des symboles du IIIe Reich.
"Une nouvelle atteinte à la liberté d’expression", ont estimé la plupart
des élus de gauche, dont certains ont même persiflé l’initiative. À la
façon de Dov Khenin, député communiste, qui a expliqué : "Attention, si
la loi passe, Benyamin Netanyahou pourrait être mis en prison pour avoir
comparé Ahmadinejad à Hitler." À droite, les soutiens du projet
avançaient l’argument selon lequel cela constituait une réponse au
renouveau de l’antisémitisme dans le monde autant qu’à l’utilisation
devenue quasi banale, dans le discours israélien, de la terminologie et
de la symbolique du nazisme.
Même si cela ne date pas d’hier, ce phénomène s’est considérablement
amplifié ces derniers mois. Sur Facebook, c’est une photo du ministre
des Finances en habit de SS qui est postée. Là, dans une émission
satirique, l’action du ministre de l’Intérieur contre les migrants
africains demandeurs d’asile est comparée à celle d’un chef de camp de
concentration. Au mur des Lamentations, des policiers venus faire
respecter l’ordre se font injurier par des manifestants religieux aux
cris de "rentrez en Allemagne".
Sans oublier, début 2012, cette étrange scène, un samedi soir à Méa
Shéarim, le quartier ultraorthodoxe de Jérusalem. Des jeunes et des
moins jeunes portant l’étoile jaune, certains en tenue rayée de déporté,
manifestent pour défendre leur mode de vie contre ce qu’ils appellent
"la campagne menée par l’Israël laïque". Dans ce genre de manifestation,
récurrente, les protestataires insultent les forces de l’ordre
présentes aux cris de "nazis" ou "kapos". Enfin, il y a les matches de
foot opposant des équipes juives et arabes où les supporteurs se
qualifient mutuellement de "nazis" ou de "terroristes".
Une émission a fait récemment scandale : un des commentateurs a
vilipendé un arbitre de basket à la retraite en le traitant de
"Gestapo". Du côté des anonymes, on n’est pas en reste. Comme ce
commerçant d’une quarantaine d’années, grand et mince, qui raconte : "Un
jour d’été particulièrement chaud, j’étais vêtu d’un simple jean noir
et d’un marcel rouge. Je me trouvais sur le seuil de ma boutique, les
bras croisés. Une dame d’un certain âge, une de mes clientes, passe.
Elle me regarde et me lance : On dirait la Gestapo. Je n’ai jamais
oublié."
Est-ce à dire qu’il faut légiférer ? Nombreux sont ceux qui pensent
que non. À commencer par le conseiller juridique du gouvernement qui,
alors que le projet de loi passait en commission ministérielle avant
d’être transmis au Parlement, a émis une opinion négative. Au-delà des
aspects juridiques litigieux, Yehuda Weinstein estime que "les forums
adéquats pour lutter contre l’utilisation totalement impropre de la
symbolique nazie sont l’éducation et les médias". Sans compter "la
centralité et l’importance dans les lois fondamentales du droit à la
liberté d’expression, qui fait que toute restriction de ce droit doit
être examinée méticuleusement et avec la plus grande prudence". Pour
l’instant, il n’a pas été entendu. En effet, ce mercredi, le projet de
loi a été approuvé par 44 voix pour et 17 contre. Mais les jeux ne sont
pas faits, puisqu’il lui reste encore quatre étapes à franchir. Une
proposition semblable présentée en 2012 avait été retoquée au vu de
l’opposition du conseiller juridique de la Knesset.
(18-01-2014 - Danièle Kriegel )
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