Les djihadistes de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL)
renforcent leur emprise sur Fallujah, bastion sunnite dont ils se sont
emparés le 1er janvier.
Les armes et combattants qaïdistes continuent d’affluer dans la ville de
300.000 habitants assiégée par l’armée et les milices tribales locales
sont restées sourdes aux appels du gouvernement pour qu’elles chassent
le groupe radical islamiste, déclarent habitants et responsables.
Le Premier ministre chiite Nouri al Maliki, en quête d’un troisième
mandat à l’occasion des élections législatives d’avril, a ordonné le
déploiement des troupes autour de la ville et fait parvenir des armes
aux tribus, mais il exclut un assaut militaire direct.
Jusqu’ici, a-t-il dit jeudi au Washington Post, les combats ont fait 80
morts parmi les forces de sécurité et 80 autres parmi la population
civile, et le double parmi les insurgés.
Egalement visée par une offensive des djihadistes le jour de l’An,
Ramadi, la capitale de la province occidentale d’Anbar, est revenue
globalement sous le contrôle de l’Etat.
Mais à Fallujah, ville située à une cinquantaine de km à l’ouest de
Bagdad qui fut le théâtre de féroces batailles pendant l’occupation
américaine de 2003-2011, des dizaines de combattants djihadistes
rejoignent le front, équipés d’armes légères, de mortiers, de missiles
Grad et de canons antiaériens, expliquent responsables locaux de la
sécurité, habitants et dirigeants tribaux.
"Nos sources à Fallujah indiquent que le nombre d’activistes a augmenté
à plus de 400 ces derniers jours et qu’ils ont reçu davantage de canons
antiaériens", déclare un haut responsable local.
Armes et combattants viennent essentiellement par le sud, dans une zone
contrôlée par des tribus hostiles au gouvernement, ajoutent des
responsables de la sécurité.
"L’armée n’y contrôle rien et aucune route n’est fermée", dit Mohamed Al Badjari, chef tribal et négociateur dans la ville.
L’EIIL, qui a également déployé ses combattants en Syrie, est largement
dépassée en nombre par les miliciens tribaux mais la plupart penchent en
faveur des djihadistes ou d’autres factions insurgées.
Depuis la chute de la ville, divers groupes rebelles se sont plus ou
moins alignés avec l’EIIL ou en profitent pour établir leur propre
influence. Parmi eux, on peut citer des groupes comme les Brigades
révolutionnaires 1920, l’Armée islamique, l’Armée des moudjahidine ou
Ansar al Sunna.
Malgré son nombre limité, l’EIIL inspire la crainte par son zèle et sa
réputation de brutalité, sur le champ de bataille comme en dehors.
Des tracts distribués jeudi à Fallujah par ses militants annoncent la
création d’un "comité pour la promotion de la vertu et la prévention du
vice" chargé d’appliquer une version très stricte de la loi coranique.
Cette instance rappelle les tribunaux islamiques instaurés dans la ville
par une "choura (conseil) des moudjahidine" de la fin 2005 à 2006 qui
condamnèrent à mort et exécutèrent par dizaines des jeunes gens accusés
de collaboration avec les Américains.
Un dirigeant de ce conseil, Abdoullah al Djanabi, est d’ailleurs
retourné à Fallujah deux jours après sa prise par l’EIIL. "Il y a du
sang sur les mains de tous les policiers. Les commissariats ont été
utilisés pour torturer et doivent être nettoyés", a lancé cet imam
sunnite aux fidèles vendredi à la mosquée Saad ben Abi Wakas, dans le
nord de la ville.
Beaucoup d’habitants de Fallujah, tout en détestant le gouvernement de
Maliki, qu’ils jugent discriminatoire envers la communauté sunnite,
redoutent le retour des islamistes radicaux.
Les dirigeants de la ville ont nommé la semaine dernière un nouveau
maire et un nouveau chef de la police, mais les djihadistes ont répondu
en faisant sauter mardi le domicile de ce dernier et les deux hommes ont
fui au Kurdistan irakien.
Les djihadistes ont installé des points de contrôle à travers la ville
et vérifient les papiers des conducteurs en quête d’indices qui
pourraient révéler des liens avec l’appareil de sécurité ou les milices
pro-gouvernementales "Sahwa".
La peur de l’EIIL, et les bombardements réguliers de l’artillerie
gouvernementale, ont incité des centaines de familles à quitter
Fallujah.
Selon Eliana Nabaa, porte-parole pour la mission de l’Onu en Irak, plus
de 14.000 familles -au moins 80 000 personnes- ont quitté Fallujah et
Ramadi depuis le début de la crise fin décembre. Ce chiffre n’englobe
pas les nombreux déplacés non comptabilisés par le gouvernement ou les
agences humanitaires.
Des dirigeants locaux s’efforcent de négocier le retrait pacifique de l’EIIL, sans grande illusion.
"Nous ne nous attendons pas à ce que les combattants de l’EIIL répondent
positivement", indique un responsable local qui fait partie des
négociateurs. "Le seul moyen de les faire partir est de les combattre."
Lancé le 19 décembre 2011, "Si Proche Orient" est un blog d'information internationale. Sa mission est de couvrir l’actualité du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord avec un certain regard et de véhiculer partout dans le monde un point de vue pouvant amener au débat. "Si Proche Orient" porte sur l’actualité internationale de cette région un regard fait de diversité des opinions, de débats contradictoires et de confrontation des points de vue.Il propose un décryptage approfondi de l’actualité .
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire