Le médiateur international Lakhdar Brahimi a mis en garde jeudi contre
la tenue d’une élection présidentielle en Syrie, dont seront de facto
exclus les figures de l’opposition selon les clauses d’une nouvelle loi
électorale approuvée par le parlement syrien.
Un tel scrutin, qui devrait se tenir en mai ou juin mais dont la date
n’a pas encore été annoncée officiellement à Damas, sonnerait le glas
des négociations devant mettre fin à trois ans de conflit, a estimé
M. Brahimi.
"S’il y a une élection, je soupçonne que l’opposition, toute
l’opposition, ne sera probablement pas intéressée pour discuter avec le
gouvernement", a-t-il déclaré à la presse après s’être adressé au
Conseil de sécurité de l’ONU.
Le président BaShar al-Assad a fait part de son intention de se
représenter pour un nouveau mandat de sept ans et est assuré de
l’emporter.
Selon des diplomates présents à la réunion à huis clos, M. Brahimi a dit
"douter fort que la réélection du président Assad pour un nouveau
mandat de sept ans puisse mettre fin aux souffrances du peuple syrien".
Interrogé sur l’élection présidentielle, l’ambassadeur syrien Bachar
Jaafari a estimé qu’il s’agissait "d’une question relevant de la
souveraineté de la Syrie et qui ne peut être décidé que par le peuple
syrien".
Le parlement syrien a approuvé jeudi les clauses portant sur la
présidentielle dans le cadre d’une nouvelle loi électorale, selon
l’agence officielle Sana, à moins de quatre mois du scrutin au suffrage
direct.
Tel qu’approuvées, les clauses empêchent de facto les figures de
l’opposition en exil de se présenter face au président Assad, car elles
stipulent que le futur président doit avoir vécu en Syrie pendant les 10
dernières années de manière continue.
Le départ de Assad est la principale revendication de l’opposition
qui lutte pour le renverser depuis trois ans. Le président syrien, qui
n’a pas encore annoncé officiellement sa candidature, avait affirmé en
janvier dans une interview exclusive à l’AFP qu’il y avait "de fortes
chances" qu’il se représente.
En théorie, la loi donne pour la première fois depuis des décennies la
possibilité à plusieurs candidats de se présenter, conformément à une
nouvelle Constitution approuvée en 2012, en pleine guerre.
Celle-ci, passée lors d’un référendum qualifié de "plaisanterie" par
l’opposition, a instauré le "pluralisme politique" en abolissant la
suprématie du parti Baas au pouvoir depuis un demi-siècle.
Les électeurs doivent être convoqués entre 60 et 90 jours avant la fin du mandat de M. Assad le 17 juillet.
Depuis l’ascension du clan Assad en Syrie en 1970, avec Hafez al-Assad,
père de BaShar, la présidentielle est en réalité un plébiscite étant
donné qu’il y a toujours eu un candidat unique.
Porté au pouvoir en 2000 après la mort de son père, Assad a été
reconduit en 2007. Il a mené une brève ouverture avant que son régime ne
se ferme de nouveau, jusqu’à l’éclatement de la révolte populaire en
mars 2011 qui s’est transformée par la suite en une guerre civile à la
suite de la violente répression du pouvoir.
Un ancien procureur international de l’ONU, David Crane, a évoqué jeudi
soir à Paris le camp de concentration d’Auschwitz en parlant de la
Syrie.
Auteur principal d’un récent rapport avec deux autres anciens procureurs
internationaux, étayé de multiples photos accusant le régime syrien de
tortures à grande échelle, David Crane a jugé que la Syrie était "un
exemple classique" d’un pays où sont commis des "crimes contre
l’humanité".
A l’issue de la réunion à New York, l’ambassadrice luxembourgeoise
Sylvie Lucas, qui le préside en mars, a indiqué que le Conseil de
sécurité n’avait pu se mettre d’accord sur une déclaration commune. Le
Conseil est profondément divisé sur le dossier syrien entre Occidentaux
pro-opposition et la Russie, alliée de Damas.
Le secrétaire d’Etat américain John Kerry a d’ailleurs indiqué jeudi que
les tensions entre la Russie et les Etats-Unis à propos de l’Ukraine
risquaient d’entraver la coopération entre les deux pays en Syrie,
notamment sur le démantèlement de l’arsenal chimique.
Lancé le 19 décembre 2011, "Si Proche Orient" est un blog d'information internationale. Sa mission est de couvrir l’actualité du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord avec un certain regard et de véhiculer partout dans le monde un point de vue pouvant amener au débat. "Si Proche Orient" porte sur l’actualité internationale de cette région un regard fait de diversité des opinions, de débats contradictoires et de confrontation des points de vue.Il propose un décryptage approfondi de l’actualité .
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