dimanche 12 janvier 2014

Syrie : réunion internationale à Paris avec l’opposition

Une réunion de onze pays soutenant la Coalition de l’opposition syrienne s’est ouverte dimanche à Paris, en présence du président de la Coalition Ahmad Jarba, pour discuter de la participation toujours incertaine de l’opposition à la conférence de paix sur la Syrie à partir du 22 janvier en Suisse.
Les ministres des Affaires étrangères des Onze (Grande-Bretagne, Allemagne, Italie, France, Arabie saoudite, Emirats arabes unis, Qatar, Egypte, Jordanie, Etats-Unis, Turquie) assistent à cette réunion au Quai d’Orsay, le secrétaire d’Etat américain John Kerry devant arriver un peu plus tard dans la matinée. Une déclaration finale doit être rendue publique en début d’après-midi.
A dix jours de la conférence de paix, sous l’égide de l’ONU, à Montreux puis à Genève, pour tenter de dégager une solution politique au conflit syrien, l’objectif de la réunion à Paris est d’inciter l’opposition qui n’a pas encore pris de décision, à envoyer des représentants en Suisse.
"Nous essayons de permettre que Genève-2 se déroule et surtout ait une efficacité mais sans se cacher les difficultés", a souligné un diplomate français selon lequel il y a un consensus entre les Onze sur cette question. Les différentes tendances politiques de l’opposition syrienne demeurent profondément divisées sur leur participation éventuelle, alors que se poursuivent les bombardements de l’armée de Bashar al-Assad et que les groupes de combattants rebelles les ont mis en garde contre toute forme de négociation avec le régime.
A Paris, d’intenses échanges diplomatiques ont commencé. Le chef de la diplomatie française Laurent Fabius a rencontré samedi Ahmad Jarba, ainsi que ses homologues du Qatar et du Koweït. Dimanche matin, il s’est entretenu avec le ministre turc des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu. Lundi, il parlera successivement au ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov en déplacement à Paris, puis avec M. Kerry et ensuite avec le médiateur international sur la Syrie Lakhdar Brahimi.
De son côté, John Kerry profitera de son étape parisienne pour parler dimanche du processus de paix israélo-palestinien avec ses homologues de la Ligue arabe. Lundi, en début de matinée, il rencontrera M. Lavrov avec au menu la question d’une éventuelle participation de l’Iran qui, jusqu’ici, n’a pas été invité à Genève-2, puis il verra ensemble MM. Lavrov et Brahimi.

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A dix jours d’une conférence de paix sur la Syrie en Suisse, la Coalition nationale de l’opposition, profondément divisée sur la question de sa participation, rencontre dimanche à Paris les onze pays qui la soutiennent et qui vont l’exhorter à aller à Montreux-Genève à partir du 22 janvier, coûte que coûte.
Quarante-huit heures de débats houleux à Istanbul cette semaine n’ont pas permis à la Coalition de prendre une décision, renvoyée au 17 janvier. Le chef de la diplomatie française Laurent Fabius, depuis Paris, a demandé jeudi aux uns et aux autres de "faire des efforts" et d’aller négocier pour dégager une solution politique au conflit.
Un responsable américain du département d’Etat s’est dit relativement optimiste. "Il y a des gens tout autour de la planète qui font de leur mieux pour faire venir (l’opposition) avec une position unifiée" en Suisse, a-t-il expliqué. "A titre personnel, je suis assez confiant dans le fait qu’ils vont réussir" , a-t-il ajouté, lors d’une conférence téléphonique.
La Coalition exige, avant la tenue de la conférence, la cessation de l’utilisation d’armes lourdes par le régime et la mise en place de couloirs humanitaires, a rappelé son ambassadeur en France Monzer Makhous, interrogé par l’AFP. Plus de 130.000 personnes dont plus de 7.000 enfants ont été tuées dans les combats entre rebelles et régime depuis mars 2011, qui ont provoqué l’exode de millions de déplacés et de 2,4 millions de réfugiés. La France réunit au Quai d’Orsay le président Ahmad Jarba et deux des trois vice-présidents de la Coalition syrienne, ainsi que les ministres des Affaires étrangères des Onze (Grande-Bretagne, Allemagne, Italie, France, Arabie saoudite, Emirats arabes unis, Qatar, Egypte, Jordanie, Etats-Unis, Turquie).
Parallèlement, d’intenses échanges diplomatiques sont prévus à Paris. Le secrétaire d’Etat John Kerry rencontre dimanche ses pairs arabes sur l’évolution des négociations de paix entre Palestiniens et Israël puis lundi son homologue russe Sergueï Lavrov, avec au menu la participation éventuelle à Genève-2 de l’Iran qui soutient le régime de Damas et prédit un échec des pourparlers s’il n’y assiste pas. Washington est contre la présence de Téhéran.
L’objectif de la conférence, défini par l’ONU conformément à un accord international de juin 2012 à Genève jamais appliqué, est de discuter d’un processus de transition politique avec la formation d’un gouvernement provisoire, composé de membres du régime et de l’opposition, doté des pleins pouvoirs exécutifs.
"Nous pensons qu’il est important que la Coalition prenne une décision en faveur d’une participation, ne serait-ce que pour montrer qu’il y a d’un côté une opposition qui est prête à s’engager dans une transition politique alors que le régime syrien est certes prêt à mettre des gens dans un avion pour Genève mais pas à négocier la solution politique", souligne un diplomate français.
En décembre, le régime de Bashar al-Assad a annoncé vouloir envoyer une délégation mais le ministre des Affaires étrangères Walid Mouallem a répété que Damas n’irait pas à Genève "pour remettre le pouvoir à qui que ce soit ni faire de transactions avec qui que soit".
Cette attitude du régime mais surtout l’intensification des bombardements des troupes de Bashar al-Assad, sur Alep (Nord) et d’autres villes, expliquent les fortes réticences de plusieurs tendances de la Coalition à aller négocier, d’autant que les principaux groupes de combattants rebelles sont opposés à toute forme de négociation avec le régime.
"Il y a plein d’interrogations, de difficultés. Les choses ne sont pas simples pour la Coalition. Ce sera sa décision", dit encore le diplomate français.
Sur le terrain, l’opposition armée se bat aussi depuis une semaine contre ses ex-frères d’armes, les jihadistes de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), accusés d’exactions. Cette guerre interne a fait en huit jours plus de 500 morts dont 85 civils, dans le Nord. Cinq rebelles ont encore été tués samedi dans une attaque à la bombe des jihadistes, à Saraqeb (270 km au nord de Damas) où se déroulent de violents combats pour le contrôle de la ville. Profitant de la situation, l’armée syrienne a pris le contrôle de la ville de Nakarin, près d’Alep (nord).
La réunion de Paris doit aussi faire le point sur la situation humanitaire.
Pour Nicolas Vercken de l’ONG Oxfam-France, elle "doit se concentrer sur l’avancement de mesures pouvant améliorer rapidement cette situation et mettre fin aux violences". "Les pourparlers de Genève représentent la meilleure chance d’atténuer les souffrances des Syriens", estime encore Oxfam.

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