Des pays occidentaux ont salué la décision "courageuse" de l’opposition
syrienne de se rendre en Suisse pour négocier avec le régime, mais les
objectifs des deux camps semblent inconciliables, l’opposition martelant
que son seul objectif est de se débarrasser d’Assad.
Les chefs de la diplomatie française Laurent Fabius et américaine John
Kerry ont qualifié de "courageuse" la décision de la Coalition de
l’opposition syrienne, qui a accepté samedi, après des semaines
d’atermoiements et de pression occidentales et arabes, de participer à
la conférence de paix de Genève II qui s’ouvre mercredi.
"En dépit des provocations et des exactions du régime", ce choix "est
celui de la recherche de la paix", s’est félicité M. Fabius.
"Nous savons tous que le processus sera difficile mais je dis au peuple
syrien : nous nous tiendrons à vos côtés (...) dans la recherche de la
liberté et de la dignité que tous les Syriens méritent", a assuré John
Kerry.
A Berlin, le chef de la diplomatie a salué "une petite lueur d’espoir",
soulignant que "le moindre progrès (...) sur le passage des convois
humanitaires ou des accords de cessez-le-feu au niveau local, serait un
succès".
Et Londres a rappelé que tout accord exigerait que le président Bashar al-Assad quitte le pouvoir.
Le régime a pourtant maintes fois répété qu’il ne comptait pas "remettre
le pouvoir à qui que ce soit" lors de Genève II, et qu’il revenait à
Bashar al-Assad de mener la transition.
Les deux parties arriveront donc avec des objectifs diamétralement
opposés à ce rendez-vous diplomatique lancé à l’initiative des
Etats-Unis et de la Russie pour trouver une solution politique
susceptible de mettre fin à une guerre civile qui a fait plus de 130.000
morts en près de trois ans en Syrie.
Le président de la Coalition de l’opposition, Ahmad Jarba, a en effet
fermement rappelé samedi à Istanbul que ces négociations avaient "comme
unique but de satisfaire les demandes de la révolution (...) et avant
tout de retirer au boucher (Assad, ndlr) tous ses pouvoirs".
Il a accusé Assad et son gouvernement de faire du "terrorisme
d’Etat", affirmant que le régime était responsable de la présence sur le
terrain des combattants de l’Etat islamique en Irak et au Levant
(EIIL), liés à Al-Qaïda, que des combats meurtriers opposent
actuellement aux rebelles.
M. Jarba a aussi prévenu que la participation à la conférence ne
signifiait pas la fin des opérations contre les forces d’Assad menées
par l’opposition et sa branche armée, l’Armée syrienne libre (ASL).
Signe des vifs débats au sein de l’opposition sur l’opportunité de
négocier avec le régime, seuls 75 des quelque 120 délégués de
l’opposition modérée rassemblés à Istanbul ont pris part au scrutin à
bulletins secrets, et 58 ont voté pour.
Samedi, pour la deuxième journée consécutive, la Turquie et le Qatar,
mandatés par l’ensemble des parrains occidentaux et arabes de
l’opposition, ont réuni à Ankara quatre groupes de combattants rebelles
syriens, dont le Front islamique, pour les convaincre de l’utilité de
Genève II, a-t-on appris de source diplomatique.
Au moins trois de ces groupes, qui ne font pas partie de la Coalition,
ont donné leur accord pour intégrer la délégation de l’opposition en
Suisse, selon cette même source.
Sous l’influence de son fidèle soutien russe, le régime syrien avait de
son côté fait vendredi une série de concessions humanitaires, proposant
un "échange de prisonniers" et un plan prévoyant "l’arrêt de toutes les
actions militaires" dans la région d’Alep (nord).
Samedi encore, au moins 34 personnes dont cinq enfants ont péri dans
cette région dans des raids aériens de l’armée, selon une ONG syrienne.
Première manifestation concrète des promesses du régime : pour la
première fois depuis septembre 2013, de l’aide alimentaire est entrée
samedi dans le camp de réfugiés palestiniens de Yarmouk, à Damas,
assiégé par l’armée depuis des mois.
Lancé le 19 décembre 2011, "Si Proche Orient" est un blog d'information internationale. Sa mission est de couvrir l’actualité du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord avec un certain regard et de véhiculer partout dans le monde un point de vue pouvant amener au débat. "Si Proche Orient" porte sur l’actualité internationale de cette région un regard fait de diversité des opinions, de débats contradictoires et de confrontation des points de vue.Il propose un décryptage approfondi de l’actualité .
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire