Des blessés dans un camp de personnes déplacées à Juba, au Soudan du Sud le 7 janvier 2014 (Photo Nichole Sobecki /AFP)
Les combats faisaient toujours rage mercredi au Soudan du
Sud, aggravant encore la crise humanitaire, alors que dans la capitale
éthiopienne Addis Abeba, les pourparlers en vue d’un cessez-le-feu entre
le gouvernement et les rebelles piétinent.
Sur le
terrain, forces rebelles et pro-gouvernementales ont toutes deux
confirmé des affrontements dans la ville stratégique de Bor, capitale de
l’Etat du Jonglei, dans l’est.
Actuellement tenue pas
les rebelles, la ville située à 200 km au nord de Juba a changé trois
fois de mains depuis le début des hostilités le mois dernier. Depuis la
localité de Minkamen, à 25 km plus au sud, un journaliste de l’AFP a
constaté la présence de nombreux civils fuyant les combats. Au loin,
résonnaient des tirs d’artillerie lourde.
«Les gens
fuient les combats autour de Bor et ne cessent d’arriver tous les jours
par bateau, nous faisons ce que nous pouvons pour les aider», a déclaré
John Marach, un coordinateur humanitaire pour les autorités locales.
D’autres
affrontements ont été signalés dans l’Etat pétrolier du Haut-Nil, dans
le nord-est, où les rebelles affirment bénéficier de nouvelles
défections au sein de l’armée, et dans un autre Etat pétrolier, celui
d’Unité (nord).
Le Soudan du Sud, indépendant du Soudan depuis juillet 2011, est ravagé par les combats depuis le 15 décembre dernier.
Les
affrontements ont d’abord opposé des unités de l’armée loyales au
président sud-soudanais Salva Kiir et d’autres fidèles à l’ex-vice
président Riek Machar, limogé en juillet. Puis les combats ont dégénéré,
la rébellion menée par M. Machar fédérant désormais une alliance
hétéroclite de commandants de l’armée mutins et de milices ethniques.
Le
président accuse son rival et ses alliés de tentative de coup d’Etat.
Riek Machar dément, accusant Salva Kiir de chercher purement et
simplement à éliminer ses rivaux.
Aux pourparlers d’Addis
Abeba, un autre porte-parole des rebelles a insisté sur le fait qu’ils
ne signeraient aucun cessez-le-feu tant que le gouvernement de Juba
n’aurait pas libéré leurs alliés détenus depuis le début des combats.
«Catastrophe humanitaire»
La
question de la libération de ces détenus, onze au total, est au coeur
des pourparlers qui se sont ouverts lundi dans la capitale éthiopienne.
«Nos
collègues doivent être libérés pour venir (à Addis) et participer» aux
discussions, a martelé le porte-parole, Yohanis Musa Pauk. «Nous
attendons la libération de nos détenus, quand ils les libèreront, alors
nous signeront l’accord de cessez-le-feu».
L’organisation
gouvernementale est-africaine Igad, qui chapeaute les négociations,
fait elle aussi pression pour la libération des onze détenus. Mais Juba a
jusqu’ici refusé, estimant qu’ils devaient être normalement jugés.
Depuis
Juba, un porte-parole présidentiel, Ateny Wek Ateny, a réitéré la
position du gouvernement: «Le président (...) ne peut pas intervenir
pour libérer des gens soupçonnés de crimes. Le président peut seulement
intervenir quand ces personnes ont été jugées».
Le bilan
exact du conflit qui sévit depuis plus de trois semaines reste difficile
à évaluer. L’ONU estime que plus d’un millier de personnes sont mortes,
tandis que d’autres sources humanitaires évoquent déjà des milliers de
victimes compte tenu de la violence des combats à Juba les premiers
jours, mais aussi des sanglants affrontements qui se poursuivent dans
les Etats du Jonglei, du Haut-Nil et de l’Unité.
Selon
l’ONU, quelque 200.000 personnes ont aussi été déplacées et plus de
30.000 personnes ont fui le pays, trouvant notamment refuge en Ouganda.
Des
massacres, viols, meurtres à caractère ethnique ont aussi été reportés
dans les deux camps, sur lesquels les Nations unies promettent
d’enquêter. Car le conflit a pris une dimension tribale, opposant les
Dinka de Salva Kiir aux Nuer de Riek Machar.
Et la situation humanitaire ne cesse de se dégrader.
«Nous
faisons face à une catastrophe humanitaire», a affirmé le chef des
opérations humanitaires de l’ONU au Soudan du Sud, Toby Lanzer. «C’est
une période critique pour le pays. Les combats doivent simplement
cesser».
«Même si nous avons pu renforcer notre réponse
considérablement ces trois dernières semaines, ce que nous sommes
capables de faire aujourd’hui est insuffisant», a de son côté déclaré le
président du Comité international de la Croix Rouge, Peter Maurer,
depuis Juba.
Lancé le 19 décembre 2011, "Si Proche Orient" est un blog d'information internationale. Sa mission est de couvrir l’actualité du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord avec un certain regard et de véhiculer partout dans le monde un point de vue pouvant amener au débat. "Si Proche Orient" porte sur l’actualité internationale de cette région un regard fait de diversité des opinions, de débats contradictoires et de confrontation des points de vue.Il propose un décryptage approfondi de l’actualité .
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