L’ancien Premier ministre du Liban Saad Hariri se dit prêt, dans un
entretien accordé à REUTERS, à gouverner avec le Hezbollah si une telle
coalition devait permettre au pays de sortir de l’impasse politique où
il se trouve depuis neuf mois.
Sur le plan politique, un accord avec le Hezbollah représenterait une
volte-face pour Saad Hariri et son Courant du futur qui soutient
l’opposition syrienne dans sa guerre contre le pouvoir de Bashar al
Assad, qui bénéficie lui de renforts du Hezbollah.
Cette main tendue n’est pas non plus anodine sur le plan personnel
puisque l’attentat qui a coûté la vie en 2005 à Rafic Hariri, le père de
Saad, a été imputé par la justice internationale à quatre membres du
Hezbollah, lequel dément toute participation.
Malgré tout, Saad Hariri, qui vit en exil depuis son départ du pouvoir
en 2011, affiche son optimisme dans une interview donnée à la Haye, aux
Pays-Bas, où s’est ouvert jeudi le procès par contumace des quatre
meurtriers présumés de son père.
"Nous souhaitons diriger le pays avec tout le monde, car nous ne voulons
laisser personne à la porte", a-t-il dit jeudi soir, à l’issue de la
session d’ouverture du Tribunal spécial pour le Liban (TSL).
"Le Liban traverse une période difficile, en particulier depuis que la
communauté internationale a piteusement échoué à agir pour la Syrie",
ajoute-t-il. "C’est notre devoir vis-à-vis du peuple libanais de
stabiliser le pays."
"Je suis très optimiste", insiste-t-il.
Saad Hariri met en avant le principe de présomption d’innocence pour expliquer son geste d’ouverture à l’égard du Hezbollah.
"Nous savons que des personnes sont accusées d’avoir commis ces crimes.
Mais, au bout du compte, c’est un parti politique qui a de nombreux
alliés, comme les partisans de Michel Aoun (du Courant patriotique
libre, ndlr) et d’autres partis", explique-t-il.
Le leader sunnite, qui partage son temps entre la France et l’Arabie
saoudite, refuse cependant de donner une date pour son retour au Liban
où sa sécurité ne serait, selon lui, pas assurée.
"Un jour, je reviendrai", estime-t-il. "Il y a un problème de sécurité
au Liban (...) Je n’ai pas envie de rentrer pour finir comme les autres.
Je veux rentrer pour jouer le rôle qui me revient."
Toujours marqué par les séquelles de la guerre civile qui a duré de 1975
à 1990, le pays traverse une nouvelle crise politique depuis la
démission, en mars dernier, de l’ancien Premier ministre Najib Mikati.
Depuis lors, un gouvernement par intérim expédie les affaires courantes
dans l’attente d’un accord entre les différents camps en présence.
Les récentes secousses n’ont pas apaisé le climat. En décembre, l’ancien
ministre Mohammad Chatah, proche conseiller de Saad Hariri, a été tué
dans un attentat à la voiture piégé que certains Sunnites attribuent au
Hezbollah.
Et le bastion du Hezbollah à Beyrouth a été la cible de plusieurs
attaques, à la voiture piégée et à la rocket, dont beaucoup ont été
revendiquées par un groupe rebelle lié à Al Qaïda.
Pour autant, les discussions ont été relancées en décembre. "De grandes
avancées ont eu lieu dans les négociations et un nouveau gouvernement
pourrait voir le jour ce mois-ci", a dit à REUTERS une figure importante
de la scène politique.
Lancé le 19 décembre 2011, "Si Proche Orient" est un blog d'information internationale. Sa mission est de couvrir l’actualité du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord avec un certain regard et de véhiculer partout dans le monde un point de vue pouvant amener au débat. "Si Proche Orient" porte sur l’actualité internationale de cette région un regard fait de diversité des opinions, de débats contradictoires et de confrontation des points de vue.Il propose un décryptage approfondi de l’actualité .
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