mercredi 15 janvier 2014

États-Unis/Israël : la menace d’une crise diplomatique

Les excuses du ministre israélien de la Défense Moshé Yaalon, qui avait accusé le secrétaire d’État américain John Kerry d’"obsession incompréhensible", sont loin d’avoir dissipé la crise diplomatique, révélatrice du fossé entre les deux alliés, selon les commentateurs israéliens. John Kerry a déclaré mercredi qu’il ne laisserait pas "une série de commentaires" le détourner de son objectif de "faire avancer le processus" de paix israélo-palestinien, se prévalant du soutien du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou.
Mais, selon l’éditorialiste Shimon Shiffer, qui avait rapporté les propos du ministre de la Défense, "ce n’est pas un secret que Netanyahou pense la même chose. À ceci près que Yaalon, contrairement à Netanyahou, n’est pas prêt à participer à la mascarade qui entoure les pourparlers" avec Kerry. Moshé Yaalon voulait ainsi dénoncer "l’insultant manque de transparence" envers les citoyens israéliens dans la conduite des pourparlers, où il estime que John Kerry s’est aligné sur les positions palestiniennes, explique-t-il dans un article du Yediot Aharonot.
Le journal cite un autre "haut responsable" du Likoud, le parti de Benyamin Netanyahou et Moshé Yaalon, selon lequel "Yaalon dit tout haut ce que Netanyahou pense tout bas", affirmant que "le seuil de tolérance de Netanyahou (face aux pressions américaines, NDLR) est quasiment dépassé". Au terme d’une journée d’échanges acerbes entre Israël et les États-Unis, Moshé Yaalon a assuré mardi soir n’avoir "eu aucune intention d’offenser le secrétaire d’État" et lui a présenté ses excuses "s’il avait été blessé par les propos qui ont été attribués au ministre de la Défense".
Le chef de la diplomatie américaine, "animé par une obsession incompréhensible et une sorte de messianisme, ne peut rien m’apprendre sur le conflit avec les Palestiniens", avait lancé le ministre de la Défense dans des conversations privées citées par le Yediot. Pour le correspondant diplomatique du quotidien de gauche Haaretz, "les dégâts causés par cette déclaration ne concernent pas seulement Yaalon à titre personnel, mais la sécurité d’Israël", en raison de l’importance de la coopération militaire avec Washington.
Les États-Unis se sont engagés à maintenir dans leurs ventes d’armes au Moyen-Orient l’"avantage qualitatif" d’Israël, auquel ils fournissent une aide militaire annuelle de 3,1 milliards de dollars, soit près de 20 % du budget israélien de la Défense. "Le ministre de la Défense Yaalon est devenu celui qui détruit à petit feu le processus de paix", résume un expert du quotidien de droite Maariv.
Benyamin Netanyahou a pris mardi ses distances avec les propos de son ministre, sans le désavouer nommément : "Il y a parfois des divergences avec les États-Unis, mais elles portent toujours sur le fond et non sur les personnes." Moshé Yaalon a vertement critiqué les propositions américaines de sécurisation de la frontière entre la Jordanie et un futur État palestinien, dans la vallée du Jourdain. "Le plan américain de sécurité qui nous a été présenté ne vaut pas le papier sur lequel il est écrit. Il n’assure ni la sécurité ni la paix", a-t-il tranché, toujours selon le Yediot.
Durant sa dernière navette au Proche-Orient, qui s’est achevée le 6 janvier, John Kerry a présenté aux deux parties un projet d’"accord-cadre" traçant les grandes lignes d’un règlement définitif sur les frontières, la sécurité, le statut de Jérusalem et le sort des réfugiés palestiniens. Ce projet n’a pas été mieux accueilli côté palestinien : mercredi, 200 Palestiniens ont manifesté à Ramallah, en Cisjordanie, pour le dénoncer, brandissant des banderoles proclamant "Les propositions américaines violent le droit international et les droits des Palestiniens".
Selon les résultats d’un sondage publié mardi, 76 % des Palestiniens s’opposent à un accord de paix aux termes duquel Israël maintiendrait des troupes pendant dix ans sur le sol palestinien. A contrario, selon des enquêtes d’opinion parues la semaine dernière, plus des deux tiers des Israéliens refuseraient de renoncer à terme à une présence militaire israélienne dans la vallée du Jourdain.

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