Le gel des fonds du réseau caritatif lié aux Frères musulmans, la
confrérie du président destitué Mohamed Morsi, risque d’alimenter le
mécontentement de la population égyptienne la plus démunie avant le
référendum sur la Constitution, considéré comme un test pour les
nouvelles autorités.
Les autorités dirigées de facto par l’armée ont saisi les avoirs et gelé
les comptes bancaires de centaines d’associations caritatives
islamiques et mis sous tutelle les hôpitaux et les écoles qu’elles
géraient, dans le cadre de la répression engagée contre la confrérie de
M. Morsi, considérée désormais comme une "organisation terroriste"
depuis la révolte de 2011 ayant renversé Hosni Moubarak.
Conséquence : les autorités pourraient voir leur décision de couper les
vivres au réseau caritatif se retourner contre elles lors du référendum
sur la nouvelle Constitution prévu mardi et mercredi. Ce scrutin est la
première étape d’une "transition démocratique" promise par l’armée
lorsqu’elle a destitué M. Morsi.
Ces associations, qui affirment venir en aide à des millions
d’Egyptiens, ont contribué à faire le succès de la confrérie qui a
remporté tous les scrutins organisés le 3 juillet.
"Les services fournis par ces associations apportent une véritable aide
aux gens et la décision du gouvernement pourrait lui valoir un retour de
bâton", alors que les islamistes pro-Morsi appellent à boycotter le
référendum, explique Mustafa Kamel Al-Sayyed, professeur de sciences
politiques à l’Université du Caire.
La confrérie "peut se servir de ces réseaux caritatifs pour mobiliser
les gens en faveur d’un boycott du référendum ou des élections, compte
tenu de son influence", estime-t-il.
Mohamed El Dmerdach, ex-conseiller au sein du ministère de la
Solidarité, met lui aussi en garde : "Les Frères musulmans vont tirer
profit de la situation des familles démunies qui n’auront plus d’aide.
Elles participeront aux manifestations des Frères".
Directeur de l’un des 30 hôpitaux de l’Association médicale islamique,
Ayman Moustafa, dit redouter devoir bientôt fermer son établissement,
qui traite chaque jour quelque 800 patients au Caire.
"Les problèmes vont commencer à la fin du mois, quand nous allons devoir
payer les salaires : les gens vont perdre leurs emplois et des milliers
de patients n’auront nulle part où aller", souligne-t-il.
Mahmoud Sami, papa d’un prématuré, souligne que dans cet établissement
géré par les Frères musulmans son bébé bénéficie "de soins de qualité,
pour un prix abordable".
Il paye 200 livres égyptiennes (22 euros) par jour d’hospitalisation, un
prix "très raisonnable", selon lui, par rapport aux 500 livres exigés
dans une clinique privée. L’hôpital public serait certes moins cher mais
beaucoup moins bien équipé, explique-t-il.
"Ces organisations (caritatives) ont créé une bonne image, une empathie"
pour les Frères musulmans, souligne James Dorsey, spécialiste du
Moyen-Orient à l’école S. Rajaratnam d’études internationales basée à
Singapour.
Certes les Frères musulmans peuvent se servir de ce réseau caritatif sur
le plan politique "mais cela ne retire rien au fait que ces
associations fournissent des services dont les gens bénéficient",
ajoute-t-il, en soulignant que la confrérie "exploite légitimement les
échecs de l’Etat".
La plus importante association caritative islamiste, Gamaaya Charaaya
qui dit aider plus de neuf millions d’Egyptiens dans ses 1.100 hôpitaux,
cliniques et mosquées, dénonce une répression visant "tout ce qui
s’apparente à quelque chose d’islamique".
Les autorités pensent que "nous sommes partisans des Frères musulmans",
déplore Mostafa Ismaïl, secrétaire général de l’association vieille de
100 ans. "Mais ce n’est pas vrai, nous n’avons aucune affiliation
politique, nous ne faisons qu’aider les pauvres et les nécessiteux".
Le ministre de la Solidarité sociale Ahmad el-Boraie a annoncé le mois
dernier que ces associations seraient autorisées à "payer les salaires
de leurs employés" et ne devraient "pas arrêter d’aider les familles
démunies".
Selon Ossama Diab, chercheur au sein de l’influente ONG Initiative
égyptienne pour les droits de la personne, les autorités se retrouvent
dans une position difficile.
Elles "voulaient frapper ces réseaux avant le référendum (...) et les
élections car les Frères pourraient les utiliser pour revenir" sur le
devant de la scène.
"Mais aujourd’hui, le gouvernement est pris entre le marteau et
l’enclume. Il ne peut pas laisser les réseaux en place (...) mais il ne
peut pas non plus s’en passer" car ils "viennent en aide à des millions
d’Egyptiens".
Lancé le 19 décembre 2011, "Si Proche Orient" est un blog d'information internationale. Sa mission est de couvrir l’actualité du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord avec un certain regard et de véhiculer partout dans le monde un point de vue pouvant amener au débat. "Si Proche Orient" porte sur l’actualité internationale de cette région un regard fait de diversité des opinions, de débats contradictoires et de confrontation des points de vue.Il propose un décryptage approfondi de l’actualité .
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