Dans les mosquées égyptiennes, le thème du prêche du vendredi est
désormais imposé par les autorités, une décision qui marque un nouveau
tour de vis du pouvoir dirigé de facto par l’armée destiné à priver les
islamistes d’un de leurs canaux de diffusion.
Depuis que l’armée a destitué et arrêté le président Mohamed Morsi début
juillet, ses partisans ont pris l’habitude de manifester à la sortie
des mosquées, faisant de la prière hebdomadaire du vendredi le point de
départ de leurs défilés et du prêche un moyen de mobiliser des troupes.
Face à eux, l’implacable répression a fait au moins 1.400 morts depuis
sept mois, selon Amnesty International, tandis que des milliers de
personnes ont été arrêtées.
Parce qu’elles accusent les Frères musulmans, l’influente confrérie de
M. Morsi, de se servir des mosquées pour diffuser leurs idées, les
autorités ont récemment suspendu 55.000 imams. Ils n’avaient pas été
formés par l’Université Al-Azhar, l’une des plus prestigieuses facultés
islamiques de l’islam sunnite, contrôlée par l’Etat égyptien, et étaient
accusés d’avoir "incité à la violence et utilisé les mosquées pour
répandre l’extrémisme religieux".
En outre, le ministère des Biens religieux (Waqf), auprès duquel sont
enregistrées quelque 120.000 mosquées, a décidé de mettre en place un
sermon unique, imposant un thème chaque vendredi. "Ces décisions visent à
empêcher toute incitation à la violence et la diffusion de mensonges
dans les mosquées qui sont l’endroit idéal pour les Frères musulmans
pour diffuser leurs idées et tromper les gens", explique à l’AFP Ahmed
Ebaida, responsable au sein du ministère. Pour lui, ces mesures vont
"mettre les mosquées à l’abri des conflits politiques".
Les premiers thèmes soigneusement choisis par les autorités évoquaient
des sujets de société comme "le rôle des jeunes", "la protection de
l’environnement" ou "les quartiers informels", un autre, plus vague,
s’intitulait "espoir et travail".
Pour Amer Ezzat, chercheur au sein de l’influente Initiative égyptienne
pour les droits de la personne (EIPR), ces décisions ont pour objectif
"de contrôler le mouvement islamiste qui soutient les Frères musulmans
dans la mesure où de nombreux imams expriment de l’empathie pour les
Frères musulmans et Morsi".
"Les mosquées sont devenues le théâtre d’une bataille entre les
autorités qui essayent de prouver que leurs politiques sont
islamiquement correctes et les tenants de l’islam politique qui veulent
déposséder l’Etat de toute légitimité religieuse", poursuit le
chercheur.
Les lieux de culte, auxquels sont souvent associés des réseaux
caritatifs, jouent un rôle important dans la formation de l’opinion
publique, estime George Fahmy, expert au sein du Arab Forum for
Alternatives, notamment en Haute-Egypte et dans le delta du Nil, des
régions rurales où les liens entre populations et autorités religieuses
sont très étroits.
Et les sermons du vendredi sont un canal de diffusion précieux pour les
islamistes, dont plusieurs chaînes de télévision ont été fermées dès
l’annonce de la destitution de leur champion, ajoute M. Fahmy.
Mais parmi les fidèles, la décision des autorités fait débat. "Je suis
contre le sermon unique. C’est une décision politique qui vise à faire
taire l’opposition", affirme ainsi Bahaa Marouane, un ingénieur
rencontré dans la mosquée Assad Ibn Al-Fourat, bastion du prédicateur
salafiste pro-Morsi Hazem Abou Ismaïl.
Ahmed, un autre fidèle, renchérit : "l’objectif de cette mesure, c’est
de faire en sorte que les gens n’écoutent que ce que dit le
gouvernement".
Mais pour Mahmoud Hussein, un électricien de 53 ans, "le gouvernement
tente de calmer la situation en réduisant au silence ceux qui incitent à
la violence".
Si les autorités imposent chaque semaine un thème —annoncé sur le site
internet du ministère des Waqf et diffusé auprès des imams par les
antennes locales des Waqf—, "le ministère n’a aucun outil à sa
disposition pour imposer son contrôle sur toutes les mosquées", note
toutefois M. Ezzat.
Khalaf Massoud, imam de la mosquée Montazah dans le quartier populaire
d’Imbaba au Caire, fait ainsi fi des directives. Ce vendredi-là, il
évoque les notions islamiques "du bien et du mal", une façon voilée
d’évoquer la situation politique dans le pays, profondément divisé.
"L’Etat prend des mesures pour s’assurer un soutien (populaire) via le
prêche. C’est inacceptable", lance M. Massoud. "Moi, je suis un imam qui
suit la religion, pas un imam qui suit le pouvoir".
Lancé le 19 décembre 2011, "Si Proche Orient" est un blog d'information internationale. Sa mission est de couvrir l’actualité du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord avec un certain regard et de véhiculer partout dans le monde un point de vue pouvant amener au débat. "Si Proche Orient" porte sur l’actualité internationale de cette région un regard fait de diversité des opinions, de débats contradictoires et de confrontation des points de vue.Il propose un décryptage approfondi de l’actualité .
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