lundi 14 novembre 2016

Israël/Palestine : Une colonie en Cisjordanie devient le casse-tête de Netanyahu


Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu est confronté avec une petite colonie en territoire palestinien à un casse-tête de plus en plus compliqué: la justice a refusé lundi d'en reporter la démolition alors qu'une partie de son gouvernement mène la fronde contre lui pour la sauver.
La Cour suprême a rejeté lundi sans ménagement la demande du gouvernement de reporter de sept mois la destruction de la colonie d'Amona, implantation israélienne en Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967.
Amona devra disparaître avant le 25 décembre 2016, a maintenu la cour, comme elle l'avait déjà ordonné en décembre 2014. Après plusieurs reports, la Cour suprême a signifié au gouvernement qu'il ne pouvait pas agir à sa guise et que les décisions de la cour n'étaient "pas une recommandation ou une option".
Amona, avec ses quelque 300 habitants, est devenue l'objet d'une farouche bataille. Elle met à l'épreuve la cohésion du gouvernement dont une partie a fait sédition avec le Premier ministre pour la maintenir au haut de la colline où elle se dresse depuis les années 90.
Le sort d'Amona est surveillé attentivement par la communauté internationale comme un marqueur des intentions israéliennes.
La communauté internationale considère toutes les colonies, c'est-à-dire les implantations civiles israéliennes dans les territoires occupés, comme illégales. Israël réfute cette position pour la plupart des colonies qui abritent environ 400.000 Israéliens en Cisjordanie. Mais Amona, comme des dizaines d'autres implantations, est illégale même aux yeux de la justice israélienne.
Un comité de défense des habitants de cette colonie a affirmé lundi soir devant des médias qu'il allait mobiliser "des milliers de personnes qui s'installeront à Amona afin de former une muraille fortifiée contre leur expulsion".
L'important lobby de la colonisation se bat par ailleurs pour sauver Amona depuis des mois. Au sein du gouvernement, les ministres du Foyer juif, parti nationaliste et religieux et partenaire capital de la coalition, mène la lutte.
Dimanche, ils ont entraîné derrière soi plusieurs ministres du Likoud, le parti de Netanyahu. Ils ont adopté, en commission ministérielle et contre les objections de Netanyahu, un texte qui légaliserait rétroactivement des milliers d'unités d'habitation israéliennes construites, illégalement au regard de la justice israélienne, sur des terres privées palestiniennes. Les propriétaires palestiniens seraient indemnisés.
Pour entrer en vigueur, le texte devrait passer l'écueil de trois lectures au Parlement et, probablement, celui de la Cour suprême.
Il pourrait constituer une ligne rouge pour une partie de la communauté internationale. Pour elle, la colonisation qui s'est poursuivie sous tous les gouvernements de droite et de gauche et qui rogne davantage un futur Etat palestinien est un obstacle majeur à la paix, et la légalisation rétroactive est encore moins acceptable.
Le grand allié américain d'Israël s'est exprimé en termes très vifs sur une telle légalisation. Israël s'interroge sur l'éventualité que le président Barack Obama ne prenne une initiative défavorable dans les dernières semaines de son mandat, comme de rompre avec la pratique historique et de ne pas opposer le veto américain à une résolution contre la colonisation à l'ONU.
Au contraire, les partisans de la colonisation voient dans l'élection de Donald Trump une chance pour Israël, y compris d'en finir avec l'idée d'un Etat palestinien indépendant.
M. Netanyahu avait pressé dimanche les ministres militant pour Amona de ne pas soumettre au vote en commission ministérielle le texte qui légaliserait les colonies sauvages. Il s'inquiétait qu'un tel vote ne pousse la Cour suprême à rejeter la demande, déposée antérieurement par le gouvernement, de reporter l'échéance de l'évacuation. Il faisait valoir que, de toute façon, le texte de légalisation rétroactive avait toutes les chances d'être invalidé par la justice.
Les Palestiniens sont vent debout contre ce projet de loi et contre celui, également adopté dimanche, qui limiterait le volume des appels à la prière musulmane.
De telles mesures mèneraient "à la catastrophe dans la région", s'est alarmé Nabil Abou Roudeina, porte-parole de la présidence palestinienne. "La direction palestinienne va se tourner vers le Conseil de sécurité de l'ONU et toutes les autres organisations internationales pour stopper ces mesures israéliennes", a-t-il dit.

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