Le soldat libanais Georges Khoury a pleuré pendant des jours lorsque
Al-Qaïda a exécuté son frère d'armes. Après 16 mois aux mains du
groupe jihadiste, il peine à réaliser qu'il est libre et sain et
sauf.
"Mon dieu, combien j'ai attendu pour voir mon fils Michaël",
témoigne-t-il, assis dans le salon de sa maison à Kobayat, dans le
nord du Liban, entouré de sa mère, de sa femme et de son deuxième
fils.
Cet homme de 30 ans fait partie de la vingtaine de soldats et
policiers enlevés par le Front Al-Nosra, la branche syrienne
d'Al-Qaïda et le groupe jihadiste Etat islamique (EI) dans la ville
libanaise de Arsal, à la frontière syrienne, en août 2014.
Sa libération mardi avec 15 autres otages détenus par Al-Nosra en
échange de 25 prisonniers a été l'épilogue de négociations longues
et ardues menées par le Liban, impliqué malgré lui dans la guerre en
Syrie voisine.
Georges Khoury n'avait pas prévu de rejoindre les rangs de l'armée
avant d'obtenir un poste avantageux à l'issue de son service
militaire obligatoire, entamé en 2004.
En 2014, il est transféré à Arsal, un village dans l'est du Liban, à
la frontière avec la Syrie en guerre dont les répercussions et les
tensions se font souvent sentir.
C'est là, le 2 août 2014, que sa vie bascule.
"Nous étions en train de boire le café avec le commandant du
bataillon quand une balle a tué le sergent Dirani", se
rappelle-t-il, les mains tremblantes, en allumant une cigarette.
L'attaque vise des soldats et d'autres membres des forces de
l'ordre, qui sont blessés ou meurent sous ses yeux.
Yeux bandés
En quelques minutes, le soldat Khoury se trouve encerclé par des
dizaines de combattants. "Ils étaient cagoulés et lourdement armés.
Pas moins de 20 d'entre eux m'ont entouré et l'un a promis de ne pas
me tuer si je me rendais".
Un autre lui vole son téléphone avant de le pousser dans un camion
avec d'autres prisonniers. "Ils nous marchaient dessus et nous
insultaient sur la route, mais heureusement ne nous ont pas battus",
raconte-t-il.
Il est ensuite emmené dans une grotte, la première d'une longue
liste de tanières où ils seront cloîtrés pendant leurs 16 mois de
détention.
Ils passent la plus grande partie du temps dans l'obscurité, les
yeux bandés sauf pour manger ou aller aux toilettes. Pour se donner
du courage, ils parlent entre eux de leurs familles.
Georges Koury évoque alors le garçonnet de quatre ans qu'il a laissé
et sa femme Marie, qui a donné naissance à son second fils André
alors qu'il était otage. "Grâce à Dieu, ma vie est pleine de joie à
présent", sourit Marie en regardant son mari.
'Maman, c'est Georges'
Certains geôliers engagent la discussion et les autorisent même à
sortir, quand d'autres utilisent la torture psychologique pour les
terrifier, parfois avec des pétards. Les prisonniers reçoivent des
cours de loi islamique mais Khoury, chrétien, assure ne pas avoir
été forcé à se convertir.
Après un peu plus d'un mois de captivité, les jihadistes exécutent
un premier otage, chiite, Mohamed Hammiya. "J'ai pleuré pendant deux
jours", souffle Khoury.
Un deuxième soldat, Ali al-Bazzal, chiite lui aussi, est séparé du
groupe avant d'être tué à son tour.
Les hommes restant sont transférés dans une autre grotte, puis dans
une maison. Chaque fois, leurs espoirs d'être libérés se brisent.
Finalement, la semaine dernière, on les informe qu'un accord a été
trouvé. Ils sont autorisés à se doucher, se vêtir d'habits propres
et s'asperger d'eau de Cologne.
Lorsque les négociations échouent au dernier checkpoint, Khoury se
met à trembler et à prier. Il sera finalement transféré vers des
ambulances de la Croix Rouge, qui le conduisent à un point de
contrôle de l'armée.
Dans l'ambulance, Georges Khoury emprunte un téléphone pour appeler
sa mère. "Maman, c'est Georges", dit-il. "Georges qui?",
répond-elle, incrédule.
"Je lui ai dit +C'est moi, c'est ton fils+, et elle s'est mise à
hurler de joie".
Lancé le 19 décembre 2011, "Si Proche Orient" est un blog d'information internationale. Sa mission est de couvrir l’actualité du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord avec un certain regard et de véhiculer partout dans le monde un point de vue pouvant amener au débat. "Si Proche Orient" porte sur l’actualité internationale de cette région un regard fait de diversité des opinions, de débats contradictoires et de confrontation des points de vue.Il propose un décryptage approfondi de l’actualité .
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