Les djihadistes ultra-radicaux de l’État islamique (EI) ont affirmé
avoir décapité un journaliste américain enlevé en Syrie et menacé d’en
tuer un autre, dans la riposte la plus directe au soutien aérien des
États-Unis aux forces armées en Irak. Ces extrémistes sunnites, qui
sèment la terreur en Irak et en Syrie voisine, ont perdu ces derniers
jours du terrain dans le Nord irakien, notamment le contrôle du barrage
de Mossoul, après une contre-offensive des forces armées et des
combattants kurdes appuyée par des raids massifs de drones et d’avions
de combat américains. Avant le début, le 8 août, du soutien américain,
l’EI s’était emparé depuis le 9 juin de larges pans du territoire au
nord, à l’ouest et à l’est de Bagdad, et avait avancé vers la région
autonome du Kurdistan, face à une armée irakienne impuissante et des
forces kurdes dépassées. Né sous un autre nom en 2004 en Irak comme la
branche irakienne d’al-Qaida, cette organisation a ensuite coupé les
liens avec al-Qaida après son engagement militaire en Syrie en 2013 et
s’est taillé une réputation de groupe sanguinaire commettant exécutions,
viols et persécutions.
Dans une vidéo diffusée mardi sur Internet, elle montre un homme
s’exprimant en anglais avec un accent britannique, masqué et habillé de
noir qui semble couper la gorge du journaliste James Foley, enlevé en
novembre 2012 en Syrie. Elle montre aussi un autre journaliste américain
identifié comme Steven Sotloff, qu’elle menace d’exécuter si le
président Barack Obama ne met pas fin aux frappes aériennes. La
Maison-Blanche a dit vérifier l’authenticité de cette vidéo. "Si elle
est authentique, nous sommes horrifiés par le meurtre brutal d’un
journaliste américain innocent (...)", a indiqué le Conseil de sécurité
nationale. Sa mère, Diane Foley, dans un message sur Facebook, a dit que
son fils avait "donné sa vie en essayant de montrer au monde les
souffrances du peuple syrien".
"Nous implorons les ravisseurs d’épargner la vie des autres otages.
Comme Jim, ils sont innocents. Ils n’ont aucun pouvoir sur la politique
du gouvernement américain en Irak, en Syrie ou ailleurs dans le monde", a
ajouté Diane Foley. James Foley, qui à 40 ans était un reporter
expérimenté, avait couvert le conflit en Libye avant de se rendre en
Syrie pour couvrir la rébellion contre le régime de Bashar el-Assad pour
le site d’information américain GlobalPost, l’Agence France-Presse et
d’autres médias. "Nous sommes horrifiés par la diffusion de cette vidéo -
qui n’a pas été authentifiée - et par la revendication de l’assassinat
de James Foley", a déclaré le P-DG de l’AFP, Emmanuel Hoog. Exprimant
son "horreur absolue" face à cette brutalité, le chef de la diplomatie
britannique Philip Hammond a estimé que cette vidéo "présentait toutes
les caractéristiques laissant à penser qu’elle est authentique".
La vidéo, intitulée "Message à l’Amérique", a été tournée dans une
zone désertique sans qu’il soit possible de savoir où. Elle a été
diffusée après les déclarations de Obama affirmant vouloir
"poursuivre une stratégie à long terme" de lutte contre l’EI. Son
homologue français François Hollande a lui aussi annoncé, dans un
entretien au Monde, qu’il proposerait une "initiative" en septembre sur
la lutte contre l’EI "qui dispose de financements importants et d’armes
très sophistiquées".
Sur le terrain au nord et à l’ouest de Bagdad, les forces irakiennes
appuyées par les milices chiites et les tribus sunnites, ainsi que les
peshmergas (combattants kurdes) consolidaient leurs positions après
avoir repoussé les djihadistes, mais faisaient mercredi du surplace. Les
forces engagées pour reprendre aux djihadistes la ville de Tikrit,
l’ancien fief du président renversé et exécuté Saddam Hussein, n’ont pas
encore réussi à y entrer. La reprise du barrage de Mossoul, le plus
important d’Irak, a constitué leur principale victoire jusque-là. Selon
des officiers kurdes, un raid aérien américain a visé mercredi une
réunion de djihadistes dans une école près du secteur du barrage.
L’offensive djihadiste a jeté sur les routes des centaines de
milliers de personnes dont des membres des minorités chrétienne et
kurdophone des Yazidis dans le Nord. L’exode de ces minorités dont un
grand nombre ont trouvé refuge dans les montagnes du Nord, au Kurdistan
ou même dans des camps à la frontière syrienne, a provoqué une crise
humanitaire majeure. Mercredi, le Haut-Commissariat de l’ONU pour les
réfugiés lance l’une de ses "plus importantes opérations de soutien pour
aider près d’un demi-million de déplacés", par voies aérienne,
terrestre et maritime.
L’EI, qui a annoncé fin juin la création d’un califat islamique dans
les régions qu’il contrôle à cheval en Irak et en Syrie, est formé
d’insurgés sunnites qui avaient au départ combattu les forces
américaines et irakiennes en Irak, mais est ensuite parvenu à recruter
des milliers de combattants arabes et étrangers.
Lancé le 19 décembre 2011, "Si Proche Orient" est un blog d'information internationale. Sa mission est de couvrir l’actualité du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord avec un certain regard et de véhiculer partout dans le monde un point de vue pouvant amener au débat. "Si Proche Orient" porte sur l’actualité internationale de cette région un regard fait de diversité des opinions, de débats contradictoires et de confrontation des points de vue.Il propose un décryptage approfondi de l’actualité .
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