jeudi 1 août 2013

Tunisie : À Tunis, les jeunes "révolutionnaires" se sentent "exclus" (Julie Schneider)

Ils ont peur de se faire voler "leur" sit-in. Mercredi, place du Bardo, face à l’Assemblée nationale constituante (ANC), Henda Hendoud, une blogueuse militante, distribue des tee-shirts du Mouvement des jeunes révolutionnaires tunisiens : "La jeunesse décide", "Nous, les jeunes, avons la solution : dégage !", disent des inscriptions en arabe. Depuis les funérailles, samedi, du député de l’opposition Mohamed Brahmi, abattu par balle devant son domicile jeudi dernier, un "sit-in du départ" est organisé devant l’ANC. Plusieurs élus, partis politiques et membres de la société civile y ont pris part pour demander la dissolution de l’ANC et la démission du gouvernement.
"Les partis politiques d’opposition, surtout Nidaa Tounes et le Front populaire, font une sorte de putsch sur le sit-in pour leurs propres intérêts politiques", fustige Henda Hendoud, qui parle de "trahison". "On exclut une nouvelle fois la jeunesse", soupire Moudhafer, 28 ans, originaire de Redeyef, ville minière qui s’était révoltée en 2008 contre le régime de Ben Ali, et ancien prisonnier politique. "Cette action doit être populaire", ajoute Atef, 26 ans. "Il ne faut pas que cela devienne un rassemblement de classe", espère Bassem, 23 ans, originaire de Sfax.
Mercredi soir, une scène digne d’un festival avait été montée sur la place, divisant l’opinion. Si certains appréciaient le concert de rap, d’autres se demandaient si c’était approprié alors que la Tunisie observait un deuil national de trois jours, après l’assassinat de huit militaires par des djihadistes près de la frontière algérienne. "D’où vient l’argent ?" se demandent aussi ces jeunes. À Tunis, la rumeur dit que des proches du parti Nidaa Tounes auraient financé l’installation, mais aussi que ce parti rassemblerait des ancien du RCD, le parti dissous de Ben Ali, ce que Nidaa Tounes réfute. Alors qu’une jeune femme sur la scène évoque les martyrs, une cinquantaine de personnes lui crient à plein poumon : "Le sang des martyrs n’est pas à vendre !" Malgré un mégaphone, ils peinent à se faire entendre, la musique crachée par la sono couvrant leurs voix. "Ennahda et Nidaa [Tounes, NDLR] doivent partir !", "À bas Essebsi [leader de Nidaa Tounes, NDLR] !", "À bas Ghannouchi [leader d’Ennahda, NDLR] !", "Notre révolution est celle du peuple !", hurlent-ils.
Ils sont rejoints par quelques personnes qui ne se reconnaissent pas dans ce qu’ils appellent une "mascarade politique", à l’instar de Nabil, 39 ans, de Djerba, pour qui "ces jeunes qui ont fait la révolution sont en train de nous dire qu’on prend le mauvais chemin". Mais leur action ne plaît pas à tout le monde. "Nous sommes un sit-in de 14 mouvements et partis qui cherchent des solutions. Des partis qui ne sont pas faits pour s’entendre sont là. Mais on a tous le même objectif", défend Ghaith. "Il ne faut pas se diviser. On doit rester unis", lance un homme. D’autres viennent leur signifier que leurs slogans "dérangent" une partie de l’opposition.
"Les jeunes et la société civile craignent que les partis engagent des tractations au détriment des principes pour lesquels ils se battent. C’est frustrant, mais on ne peut pas faire sans les partis. La seule façon d’éviter la récupération politique du mouvement est d’avoir une feuille de route claire", prévient Khansa Ben Tarjem, militante du réseau Doustourna, qui participe aux discussions entre les partis de l’opposition. "Ces jeunes ont leur légitimité, mais ils devraient s’organiser. On n’arrive pas à mesurer leur influence", estime Selim Ben Abdessalem, député démissionnaire d’Ettakatol (parti laïque de centre gauche, membre de la coalition au pouvoir, NDLR) qui a rejoint Nidaa Tounes. Jugée "molle", l’opposition n’entend pourtant pas plier. Elle a récemment été rejointe par la puissante centrale syndicale de l’UGTT, le syndicat patronal UTICA, mais aussi la Ligue des droits de l’homme et l’ordre des avocats.
Quelques jours plus tôt, Saïd Aïdi, ancien ministre de l’Emploi, récent démissionnaire du Parti républicain, alertait : "Les militants historiques sont guidés par des frustrations du passé et jouent tous leur dernière carte. Or, s’ils n’ont pas trouvé de solution par le passé, comment peuvent-ils en trouver maintenant ? Ils verrouillent la politique et refusent le sang neuf. La véritable rupture aura lieu quand on aura réussi cette transition générationnelle. On passera alors à l’étape suivante". Sadok Ben Mehnni, ancien prisonnier politique, résume la situation ainsi : "Ces jeunes ont inventé une manière de faire tomber un régime, mais pas encore celle d’en construire un autre."

(01-08-2013 - Julie Schneider )

Tunisie : La Tunisie tente de surmonter ses contradictions

Deux ans après avoir été à l’origine du "Printemps arabe" mettant fin au règne de Zine ben Ali, la Tunisie est confrontée à la plus grave crise de son histoire et ne parvient pas à retrouver une stabilité politique.
Les militants du parti Ennahda, les islamistes modérés au pouvoir, accusent les formations de l’opposition de chercher à détruire l’organisation gouvernementale et de remettre en cause le résultat d’élections démocratiques.
La contestation à l’égard du pouvoir en place ne cesse de s’accentuer depuis la mort jeudi dernier de l’opposant Mohamed Brahmi, abattu devant chez lui.
Cet assassinat d’une figure de l’opposition laïque au nouveau pouvoir en place à Tunis intervient seulement six mois après celui d’un autre opposant, Chokri Belaïd.
Dans les deux cas, les autorités tunisiennes accusent les militants extrémistes salafistes tandis que l’opposition estime que ces meurtres sont imputables au parti Ennahda.
Selon eux, la formation islamiste a créé depuis son accession au pouvoir un sentiment d’impunité pour les activistes radicaux.
Des manifestations ont commencé à se former vendredi dernier à Tunis, rassemblant quelques centaines de personnes mais le mouvement s’est amplifié pour atteindre près de 20.000 mardi.
Pour l’instant et à l’exception de quelques jets de pierres et de tirs de grenades lacrymogènes par les forces de l’ordre, les choses sont demeurées relativement calmes entre les opposants et les partisans du pouvoir qui se sont eux aussi mobilisés dans la capitale.
Ce regain de tension vient perturber la fragile transition démocratique à l’oeuvre en Tunisie alors que l’assemblée constituante a besoin de quelques semaines supplémentaires pour finaliser un projet de Constitution.
Ce regain de tension est exacerbé par le fait que chaque camp considère être engagé dans une lutte pour sa survie politique et que les crispations se font plus évidentes.
"Ce sont des traîtres, ce sont des mercenaires", peut-on entendre de part et d’autre de la place Bardo à Tunis où les gens se rassemblent dès le lever du soleil depuis quelques jours, chaque camp radicalisant son discours.
Selon Monica Marks, une spécialiste de la Tunisie, les dirigeants en particulier ceux de l’opposition pourraient contribuer à apaiser les tensions en employant un discours plus conciliant. "Au lieu de cela, ils attaquent à la carotide", note-t-elle.
La famille de Mohamed Brahmi a refusé la présence de représentants du gouvernement dirigé par le parti Ennahda dont les adversaires ont promis un enterrement prochain.
Face à la contestation, Ennahda a offert des concessions et s’est dit ouvert à l’idée d’un nouveau gouvernement mais a en revanche fermé la porte à toute modification de l’assemblée constituante.
Le règne de Zine ben Ali a laissé des stigmates profonds aussi bien chez les islamistes qui furent alors persécutés que chez les opposants de gauche accusés aujourd’hui de collusion avec l’ancien régime.
Malgré les affirmations de l’opposition, les observateurs internationaux estiment ne pas avoir assisté à une radicalisation dans le pays au cours des derniers mois, alors que la Tunisie travaille à l’élaboration de sa nouvelle loi fondamentale.
Pour Monica Marks, les Tunisiens découvrent l’exercice de la démocratie. "Assister à ce processus pour être troublant pour eux et fatigant pour les hommes politiques également", estime-t-elle.
Bien qu’à l’origine du Printemps arabe, les Tunisiens ont fait montre d’une forme de retenue face aux turbulences politiques même si partisans et adversaires du nouveau pouvoir s’affrontent verbalement.

Maroc : un "théâtre nomade" pour villageois "assoiffés" de culture

"C’est un public assoiffé", remarque Chafiq Bisbis, un des comédiens du "théâtre nomade" qui, en cet été 2013, se produit en plein air devant des centaines de spectateurs à Missour, un village du sud-est du Maroc, où les activités culturelles font défaut.
Créé en 2006 par Mohammed El Hassouni, la troupe de ce théâtre nomade "se déplace vers les gens" qui n’y ont pas accès, relève-t-il.
C’est particulièrement le cas des régions reculées du Maroc, à des années-lumière des grandes villes côtières comme Casablanca ou Tanger.
Dans un jardin public au coeur du village berbère de Missour, à quelque 500 km au sud-est de la capitale Rabat, ils sont près de 300, de tout âge, à suivre de bout en bout ce spectacle entièrement gratuit où se mêlent humour, acrobatie et danse.
"La pièce a pour titre +Tqerqib ennab+ ("papotages") et elle aborde tous les sujets du quotidien, avec un arabe dialectal simple et accessible à tous. C’est totalement cru", explique le réalisateur Mohammed El Hassouni.
Le spectacle commence après la prière quotidienne du "Moghreb", en début de soirée.
Debout ou accroupis, formant un cercle hermétique autour de la présentation, les spectateurs paraissent absorbés par la pièce, aux thématiques essentiellement sociales.
"Ce spectacle nous touche", dit Soukaina Azzaoui, une jeune habitante de Missour.
"Il y a des sujets proches de nous, qui s’adressent à toutes les classes sociales et à tous les âges", confirme-t-elle.
La jeune femme semble réellement conquise : "ils nous ont offert ce que nous attendions, bravo à eux !".
"Tqerqib ennab" comprend plusieurs petites histoires du quotidien marocain : des relations intimes entre jeunes couples aux inégalités dont les femmes sont victimes dans une société conservatrice, en passant par la pauvreté en milieu rural.
Ces histoires sont contées avec dérision, sous forme de bavardages légers qui se veulent indiscrets.
"Lhaj Brahim, qui est allé trois fois à La Mecque pour se laver de ses pêchés, était allongé sur le canapé... et de temps en temps jetait des regards furtifs sur la petite bonne qui lui servait son verre de thé !", s’exclame l’une des comédiennes.
Acrobates, clowns, danseurs et marionnettistes se relaient sur scène, tandis que des spectateurs tentent parfois de se mêler aux comédiens. Au terme de la pièce, le public vient spontanément saluer les comédiens, leur serrant les mains et se prenant en photos avec eux.
Le théâtre nomade, constitué d’une dizaine de comédiens et d’animateurs professionnels, est financé par des fondations actives dans le domaine du développement.
"C’est un public assoiffé de théâtre que nous rencontrons chaque fois qu’on se produit dans ce genre de village", se félicite le comédien Chafiq Bisbis. "Ce village a besoin de ce genre d’activité culturelle", poursuit-il.
"Le fait que cette troupe se déplace ici est quelque chose de formidable. Il faut multiplier ces initiatives", renchérit Mohammed Meskini, un instituteur de Missour.
Depuis sa création en 2006, le théâtre nomade s’est produit dans de nombreux villages, afin de "rapprocher l’art des populations démunies", résume Mohammed El Hassouni, avant de prendre la route en pleine nuit avec sa troupe, en direction de la région de Fès, dans le centre du royaume.

Syrie : Bashar se dit "sûr de la victoire"

Bashar al-Assad, dont les troupes ont récemment remporté deux importants succès militaires face aux rebelles, a affirmé jeudi être "sûr de la victoire" dans la guerre civile qui ensanglante la Syrie depuis plus de deux ans.

"Si en Syrie nous n’étions pas sûrs de la victoire, nous n’aurions pas eu la capacité de résister et nous n’aurions pas pu poursuivre (la bataille) après plus de deux ans d’agression", a indiqué le maître de Damas dans un message adressé aux militaires à l’occasion de la fête de l’armée.

Ses propos interviennent après la capture lundi par l’armée de Khaldiyé, quartier clé de Homs, troisième ville de Syrie et symbole de la révolte contre le régime, et près de deux mois après cette de Qusseir, bastion rebelle tombé après un an de résistance.

Le conflit, qui a fait plus de 100.000 morts selon l’ONU, oppose les troupes du régime dotées d’une puissante armée de l’air et appuyée depuis des mois par le Hezbollah libanais, à des rebelles moins équipés, que Damas qualifie de "terroristes" appuyés par l’étranger.

"Ma foi en vous est grande et j’ai confiance en votre capacité à (...) mener à bien la mission nationale qui vous est échue", a ajouté Assad en s’adressant aux soldats, à l’occasion du 68e anniversaire de la création de l’armée en Syrie, après la fin du mandat français.

"Vous avez fait preuve d’un rare courage dans la bataille contre le terrorisme et vous avez impressionné le monde par votre résistance (...) en faisant face à la plus féroce et la plus brutale des guerres dans l’histoire moderne", a encore indiqué le président.

Le régime consolide sa présence dans la province centrale de Homs et tente de reprendre des territoires dans le Nord, notamment dans la région d’Alep. Selon des experts, les belligérants chercheraient à se partager la Syrie avant une conférence de paix internationale, "Genève-2", proposée par la Russie et les États-Unis mais dont la tenue semble difficile en raison des désaccords majeurs sur son objectif et ses participants, ainsi que de la poursuite des hostilités.

Après la chute de Khaldiyé, l’armée bombardait violemment jeudi le Vieux Homs, un des derniers bastions rebelles dans la ville, tuant deux civils dont un enfant, parallèlement à des combats à la périphérie de ce secteur, selon l’Obervatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). Le quartier périphérique et populeux de Waer a lui aussi subi des raids intenses à l’aube, selon une vidéo montrant des bombardements et plusieurs boules de feu se dégageant du secteur.

Les troupes gouvernementales bombardaient également les localités rebelles dans la province de Homs : Rastan, Talbissé, Dar al-Kabira et Hula. L’armée poursuivait également son offensive près de Damas et dans la région d’Idleb (nord-ouest) où des barils d’explosifs ont été lancés sur plusieurs localités, selon l’OSDH.

Dans le Nord, où les rebelles avaient pris il y a une semaine la localité stratégique de Khan al-Assal à l’ouest d’Alep, l’armée tentait de regagner du terrain en capturant la localité de Rachdiyé, à l’est de la deuxième ville de Syrie, d’après l’Observatoire.

"Les troupes ont pris d’assaut la localité et incendié des maisons", a indiqué l’ONG qui se base sur un large réseau de sources civiles, médicales et militaires.

C’est dans la localité de Khan al-Assal que régime et opposition se sont accusés mutuellement d’avoir eu recours à des armes chimiques en mars. Mercredi, l’ONU a annoncé que des responsables de l’organisation vont aller en Syrie enquêter "simultanément" sur trois sites où l’utilisation de ces armes.

Cette nouvelle intervient après qu’un accord a été arraché la semaine passée par deux envoyés spéciaux à Damas, dont le Suédois Ake Sellstrom. Selon un diplomate, la mission pourrait se rendre en Syrie dès la semaine prochaine. Damas avait jusqu’à présent bloqué toutes les demandes d’enquête de l’ONU.
Selon un porte-parole, les enquêteurs se rendront à Khan al-Assal, Otayba, près de Damas, où une attaque a été signalée en mars, et Homs, pour une attaque suspecte le 23 décembre.

Égypte : La pression monte en Egypte, les Frères en quête d’une stratégie

Alors que le gouvernement égyptien menace de recourir à la force pour mettre un terme aux sit-in des partisans des Frères musulmans au Caire, ces derniers refusent de céder à la pression malgré l’affaiblissement de leur direction.
Abrité derrière des sacs de sable sur l’un des sit-in observés par les partisans de la confrérie depuis la destitution par l’armée du président Mohamed Morsi il y a un mois, un homme appelle la foule à embrasser la cause des martyrs. Plutôt qu’un appel aux armes, son message est une invitation à ne pas avoir peur de la mort.
"Les martyrs ne meurent pas. Ils vont au paradis", crie-t-il à travers un mégaphone, tandis que certains manifestants soulèvent de faux cercueils en hommage aux partisans islamistes morts dans la rue.
Confrontés à l’une des plus féroces répressions de leur histoire, les Frères musulmans font de la rhétorique du martyre une stratégie de survie.
Depuis l’éviction de Mohamed Morsi, près de 300 personnes ont été tuées, dont 80 membres de la confrérie islamiste samedi à l’aube, lors d’une intervention des forces de sécurité.
Ses partisans ont fait savoir qu’ils continueraient à résister jusqu’à ce que l’ancien président soit rétabli dans ses fonctions.
Dans un communiqué lu à la télévision, le gouvernement de transition mis en place par les militaires a cependant jugé que ces manifestations étaient désormais inacceptables, évoquant des "actes de terrorisme" et des entraves à la circulation.
"Le gouvernement a décidé de prendre toutes les mesures nécessaires pour faire face à ces risques et pour y mettre un terme", a-t-il annoncé mercredi, précisant que le ministère de l’Intérieur avait reçu l’ordre d’agir, "dans le cadre de la constitution et de la loi".
Les autorités ont également traduit en justice mercredi Mohamed Badie, guide suprême des Frères musulmans, ainsi que deux autres cadres de la confrérie pour incitation à la violence, selon des sources judiciaires.
Même si certains dirigeants des Frères musulmans se montrent optimistes sur leur victoire à terme sur les généraux, la situation de la confrérie n’en apparaît pas moins désespérée aux yeux des observateurs.
La confrérie, qui a renoncé à la violence il y a des décennies, estime que prendre les armes serait suicidaire sur le plan politique et qu’elle risquerait d’y perdre sa légitimité morale.
"Ils sont en position de faiblesse. Ils n’ont pas d’autres cartes en main aujourd’hui", analyse Khalil al Anani, de l’Université britannique de Durham. Les Frères musulmans pensent cependant que le nombre croissant de manifestants tués depuis un mois rendra la position du gouvernement de plus en plus intenable sur la scène internationale.
"Il ne fait aucun doute que nous sommes en état de siège mais nous les mettons aussi en état de siège", a déclaré Saad el Hosseini, ancien gouverneur régional sous la présidence de Mohamed Morsi.
"Ce qui s’est passé samedi est une très très grave leçon", estime-t-il, avant d’ajouter que les forces de sécurité devraient tuer 100.000 personnes pour mettre un terme aux sit-in. "Je suis optimiste", poursuit-il.
Les raisons d’être optimiste semblent pourtant limitées, dès lors que l’on sort des zones de sit-in, gardées par des volontaires armés de bâtons, de casques et de boucliers en tous genres.
L’opinion publique s’est retournée contre le pouvoir islamiste, une partie de la population accusant Mohamed Morsi d’avoir tenté de s’ériger en dictateur pendant sa première année de mandat. Des manifestations massives organisées le 30 juin à l’appel de l’opposition ont encouragé l’armée à le destituer.
Le gouvernement s’appuie aujourd’hui sur un appareil sécuritaire en pleine renaissance, conçu pour réprimer les islamistes, et semble vouloir maintenir la pression sur les Frères musulmans.
"C’est la phase la plus difficile", reconnaît Farid Ismaïl, responsable du Parti de la liberté et de la justice (PLJ), émanation des Frères musulmans.
Même si les Frères musulmans refusent de recourir à la violence, leurs dirigeants pourraient lâcher prise face à une jeunesse en colère. Certains se sont dits incapables de freiner les jeunes quand les manifestations ont dégénéré en violences.
Alors que nombre des dirigeants de la confrérie se trouvent maintenant en prison, beaucoup s’interrogent sur sa capacité à se redresser. "Les signaux qui viennent du régime sont effrayants", juge Nathan Brown, professeur de sciences politiques à l’Université George Washington. "Les Frères ont du mal à agir parce que les architectes de leur stratégie politique actuelle sont en prison."

Israël/Palestine : Pour les Palestiniens, le dialogue doit forcer Israël à dévoiler son jeu

Les pourparlers relancés à Washington doivent avant tout servir à tester les intentions d’Israël et le cas échéant lui faire porter la responsabilité d’un échec, selon experts et responsables palestiniens, qui leur assignent des objectifs modestes.
Les deux parties ont accepté mardi lors d’une première réunion de tenter de parvenir à un accord de paix dans les neuf mois, un objectif "à portée de vue" selon l’Union européenne, mais les Palestiniens se montrent beaucoup plus dubitatifs.
"A ce stade, il s’agit simplement de préparer les négociations", a précisé mercredi le négociateur palestinien Yasser Abed Rabbo, à la radio officielle Voix de la Palestine, alors que la prochaine rencontre doit avoir lieu dans deux semaines, selon le secrétaire d’État américain John Kerry.
Les négociations doivent porter sur toutes les questions liées au "statut final" : le droit au retour pour quelque 5 millions de réfugiés palestiniens, les frontières d’un futur État palestinien, le sort de Jérusalem, la question des colonies juives.
"Tout le monde sait que les activités de colonisation continuent, cela signifie que les négociations sont vouées à l’échec et doivent cesser", a prévenu M. Abed Rabbo. "Et les Américains en sont parfaitement conscients, ils devront donc décider s’ils veulent ou non de véritables négociations".
Israël ne s’est pas engagé à geler la construction de colonies pendant les négociations —ce qui était une des demandes répétées des Palestiniens. En revanche, le gouvernement de Benjamin Netanyahu a accepté de libérer 104 prisonniers palestiniens arrêtés avant les accords d’Oslo en 1993.
"Ces discussions sont vouées a l’échec, il n’y a aucune chance pour que ça mène à un accord", affirme le politologue Abdelmajid Soueilem", estimant que "le but de ces négociations est de faire plaisir aux Américains".
"C’est le principe même des négociations qui est important pour les Américains afin de garder un rôle dans la région", explique-t-il.
"L’annonce dimanche de la libération de 104 prisonniers palestiniens incarcérés avant les accords d’Oslo de 1993 ne suffira pas à amadouer l’opinion palestinienne ou la convaincre que ces négociations vont aboutir", ajoute M. Soueilem.
Un avis partagé par un autre expert, Hani Habib, pour qui "la rue palestinienne ne se sent pas concernée par la reprise des négociations".
Selon lui, "ces prisonniers auraient dû être libérés après la signature des accords d’Oslo, il y a 20 ans, donc cela ne peut pas être considéré comme une faveur exceptionnelle en échange d’un retour aux négociations".
De son côté, Samir Awad, professeur de science politique à l’Université de Bir Zeït, juge que la libération des prisonniers est "le fait des pressions américaines mais ce n’est pas suffisant pour assurer le succès des discussions".
"Le peuple palestinien ne se sent pas partie prenante du processus de paix et a appris la reprise de négociations par la presse, pas par les dirigeants palestiniens", remarque-t-il.
"L’opinion publique palestinienne ne pense pas que ces négociations sont dans l’intérêt du peuple palestinien mais uniquement le fruit des pressions américaines", souligne juge Hani Habib.
Plus de deux tiers des Palestiniens (69%) jugent faibles ou nulles les chances de création dans les cinq ans d’un État palestinien à côté d’Israël, selon un sondage réalisé à la mi-juin.
En outre, si une majorité absolue de Palestiniens (53%) soutient une solution à deux États, 58% des Palestiniens considèrent qu’elle n’est plus viable.
Les experts jugent que la direction palestinienne doit surtout s’assurer qu’en cas d’échec, la faute en retombe sur le gouvernement israélien.
"Israël n’est pas prêt à la paix", affirme M. Soueilem, rappelant la très forte opposition à un État palestinien au sein même du gouvernement israélien, où le lobby de la colonisation a rarement été aussi puissant.
Le gouvernement d’"Israël ne pourra pas affronter le puissant lobby pro-colons", prédit Samir Awad. "Mais il est important qu’il en arrive à ce point là". Israël "devra alors assumer la responsabilité" de l’échec des pourparlers".

Syrie : AVAAZ.Org roule pour Bachar al-Assad (Al Faraby)

Les responsables du site AVAAZ.Org ont retiré la pétition exigeant la liberté pour l'artiste-peintre Youssef 'Abdelké et ses camarades.
Nous avons été informés par ces termes : "Une majorité de membres d'Avaaz a décidé que votre pétition ne devrait pas être soutenue par Avaaz; nous en sommes désolés pour vous et l'avons retirée du site."
Sans perdre du temps, nous avons décidé de relancer la pétition sur "Assawra" à l'adresse : http://www.assawra.info/spip.php?article4043
Nous reviendrons plus tard sur cette atteinte à la liberté d'expression en faveur d'un dictateur condamné historiquement à disparaître.
Nous comptons sur chacun de vous pour assurer la promotion la plus large de cette pétition, en la signant et la faisant signer autour de vous, jusqu'à la libération de l'artiste-peintre et de ses camarades.

Pour toute l'équipe d'"Assawra"
Al Faraby