Israël et le Hamas respectaient scrupuleusement mardi matin le
cessez-le-feu de 72 heures conclu dimanche au Caire, permettant à leurs
négociateurs de tenter de mettre un terme durable à une guerre qui a
fait près de 2.000 morts palestiniens à Gaza.
Aucun tir de roquette n’a été rapporté de la bande de Gaza depuis
minuit (21H00 GMT dimanche) et l’entrée en vigueur de la trêve conclue
dimanche au Caire entre Israéliens et Palestiniens par l’entremise des
Egyptiens, a indiqué l’armée israélienne.
Celle-ci n’a pour sa part procédé à aucune frappe. Une fillette d’un
mois et demi blessée par un bombardement antérieur au cessez-le-feu a
succombé. C’était lundi la seule victime rapportée au 35e jour d’une
guerre au cours de laquelle les morts se sont comptés par dizaines
quotidiennement.
Les hostilités ont tué 1.940 Palestiniens depuis leur début le 8
juillet, selon les secours locaux. Soixante-quatre soldats et trois
civils sont morts côté israélien.
Dans la ville de Gaza, les habitants épuisés espéraient non seulement
que le cessez-le-feu durerait, mais qu’il serait l’occasion d’en finir
enfin avec le cycle incessant des guerres.
"Ce n’est pas une trêve durable que nous voulons, c’est la paix",
disait Bassma Abu Obeid sur le marché aux légumes du camp de Chati.
Le sort des Gazaouis était entre les mains des négociateurs israéliens et palestiniens.
Après s’être entendus à distance par l’intermédiaire des Egyptiens
sur un cessez-le-feu provisoire, ils ont engagé lundi des discussions,
toujours indirectes et toujours secrètes pour une trêve permanente.
On ignore précisément quelles lignes rouges se tracent Israël et le Hamas dans les nouvelles discussions.
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a martelé que le
rétablissement de la sécurité d’Israël primait sur toute autre
considération.
Fort du soutien ultra-majoritaire de son opinion à la guerre et avec
les pressions des faucons de son gouvernement qui réclament d’en finir
militairement avec le Hamas, il a fait assaut d’intransigeance. Mais il
s’est dit prêt à voir l’Autorité palestinienne jouer un "rôle" à
l’avenir à Gaza.
Le ministre israélien des Finances Yaïr Lapid a déclaré lundi que
l’opération "Bordure Protectrice" ne pouvait s’achever sans l’ouverture
d’un "front diplomatique".
"J’ai discuté avec le Premier ministre de la tenue d’une conférence
internationale en Egypte, avec la participation des Palestiniens,
d’Israël, des Etats-Unis, de l’Union européenne et de pays arabes
modérés comme l’Arabie Saoudite", a indiqué le ministre à l’AFP.
"Nous pensons que le président de l’Autorité palestinienne Mahmud
Abbas doit reprendre le contrôle de Gaza et être actif dans sa
reconstruction ", a insisté Yaïr Lapid.
L’Autorité palestinienne, présidée par Mahmud Abbas, leader du
Fatah, est l’entité gouvernementale censée administrer la Cisjordanie et
Gaza. Mais elle a été évincée en 2007 par le mouvement islamiste Hamas
de Gaza à la suite d’une guerre de factions sanglante.
M. Netanyahu accepte globalement de traiter avec l’Autorité
palestinienne mais pas avec les "terroristes" du Hamas. La difficulté
pour lui consiste dans la réconciliation récente entre les rivaux
palestiniens de 2007.
Le Hamas, lui, est soumis à la pression de convertir la résistance
opposée à l’armée israélienne pendant la guerre en gains politiques au
bénéfice de Gazaouis accablés par les morts et les destructions.
Le Hamas et les Palestiniens exigent la levée du blocus qu’Israël
impose depuis 2006 et qui asphyxie le territoire exigu sur lequel
s’entassent 1,8 million de personnes coincées entre Israël, l’Egypte et
la Méditerranée.
L’Autorité palestinienne semblait appelée à revenir dans le jeu à
Gaza. Le gouvernement d’unité nationale formé après la réconciliation
Fatah-Hamas et l’Autorité palestinienne "assumeront l’exécution de tout
ce dont il aura été convenu" en Egypte, a dit Azzam al-Ahmed, chef de la
délégation palestinienne au Caire.
Pour le Hamas, les discussions sont compliquées par le rôle dévolu à l’Egypte.
Les Palestiniens réclament la réouverture du point de passage de
Rafah vers l’Egypte, le seul qu’Israël ne contrôle pas et que Le Caire
maintient fermé presque en permanence depuis la destitution il y a un an
du président Mohamed Morsi, membre des Frères musulmans dont est issu
le Hamas. Les relations de l’Egypte avec le Hamas se sont fortement
dégradées depuis.
Sans levée du blocus, "je crains que les conditions seront alors en
place pour un nouveau round de violences", a dit à l’AFP le coordinateur
des opérations humanitaires de l’ONU à Gaza, James Rawley.
Une ONG islamique turque a annoncé son intention d’affréter une
nouvelle flottille pour tenter de briser le blocus de Gaza, quatre ans
après une première tentative qui s’était soldée par la mort de dix
activistes turcs.
Pour sa part, le ministre israélien des Renseignements Youval
Steinitz, réputé proche du Premier ministre, a prévenu : à défaut de
solution "raisonnable" au Caire et en cas de reprise des tirs de
roquettes, il faudra renvoyer, en plus grand nombre, les forces
terrestres dans Gaza, "renverser les autorités du Hamas et démilitariser
Gaza par nous-mêmes".
Parallèlement, les ministres de l’Organisation de la coopération
islamique se réunissent mardi à Jeddah, en Arabie saoudite, pour
discuter de la situation à Gaza.
(12-08-2014)
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