L’Irak cherche à tourner la page du très contesté Nouri al-Maliki
avec la nomination lundi d’un nouveau Premier ministre qui aura la tâche
titanesque de sortir le pays de la guerre avec les jihadistes et de le
sauver de l’éclatement.
Les Etats-Unis, impliqués pour la 1re fois militairement en Irak
depuis le retrait de leurs troupes fin 2011, ainsi que l’Union
européenne, la Grande-Bretagne, la France et l’ONU ont aussitôt félicité
le Premier ministre désigné Haïdar al-Abadi qui a désormais 30 jours
pour former un gouvernement appelé à inclure toutes les forces
politiques du pays.
Le président Barack Obama devait s’exprimer à 20h45 GMT sur la
situation en Irak, où M. Maliki, qui estimait avoir la légitimité pour
un 3e mandat après l’arrivée en tête de sa coalition aux législatives, a
dénoncé la nomination de M. Abadi comme une "violation de la
Constitution" soutenue selon lui par Washington.
Mais ce rejet ne devrait pas avoir d’incidence sur la transition
politique, le Premier ministre sortant ayant été lâché par ses alliés et
des membres de sa propre coalition, qui l’accusent d’avoir conduit le
pays au bord du gouffre avec sa politique d’exclusion de la minorité
sunnite et son autoritarisme.
"Le pays est entre vos mains", a dit le président Fouad Massoum en
nommant M. Abadi, un membre du parti Dawa de M. Maliki qui dirige la
coalition de l’Etat de droit.
M. Abadi venait d’être choisi par l’Alliance nationale, le bloc
parlementaire chiite, comme son candidat, le poste de Premier ministre
revenant à un chiite selon une règle non écrite. L’Etat de droit fait
partie de l’Alliance nationale.
La formation d’un gouvernement d’union est réclamée à cor et à cri
par la communauté internationale pour faire face à l’offensive lancée le
9 juin par les jihadistes sunnites de l’Etat islamique (EI) qui
continuent de s’emparer de pans de territoires en Irak et de mener des
exactions contre les minorités religieuses, poussant à l’exode des
centaines de milliers de personnes.
Alors que M. Maliki a le soutien d’un certain nombre d’officiers au
sein des forces armées, le représentant spécial de l’ONU à Bagdad,
Nickolay Mladenov, a appelé ces forces à ne pas s’ingérer dans la
transition politique.
Les forces spéciales, la police et l’armée se sont déployées en force
aux abords de positions stratégiques dans Bagdad, où les grandes
artères étaient bouclées, des ponts fermés, et la Zone verte, abritant
les institutions clés, encore plus protégée que d’ordinaire.
Dans ce contexte qui reste explosif, M. Abadi a assuré au
vice-président américain Joe Biden qu’il avait l’intention de former
"rapidement" un gouvernement "large capable de contrer la menace de l’EI
et de construire un avenir meilleur pour les Irakiens de toutes les
communautés", selon la Maison Blanche.
Washington a décidé, après de fortes hésitations, de venir en aide
aux Irakiens en lançant depuis vendredi des frappes avec des avions et
des drones contre des positions jihadistes dans le nord irakien, pour
contrer leur avancée en direction du Kurdistan et protéger le consulat
américain d’Erbil, la capitale de cette région autonome.
Le département d’Etat américain a aussi annoncé des livraisons d’armes aux forces kurdes, commencées la semaine dernière.
Le Pentagone a assuré qu’il ne comptait pas étendre ses frappes
aériennes hors de la région du nord irakien. "Les frappes ont contribué à
freiner l’avancée des forces de l’EI autour de Sinjar et dans l’ouest
d’Erbil", a expliqué le général William Mayville.
Une réunion extraordinaire des ambassadeurs des pays de l’Union
européenne a été convoquée mardi à Bruxelles pour examiner les moyens de
contrecarrer l’avancée de l’EI.
L’armée irakienne a échoué jusque-là à défaire les jihadistes qui se
sont emparés de pans entiers du territoire dans l’ouest, l’est et le
nord du pays, sans rencontrer de grande résistance.
Dans le nord, les forces kurdes, sous pression financière et plombées
par le poids que représente la sécurisation d’un nombre supplémentaire
de régions devant la déroute de l’armée, ont dû fuir devant l’EI.
Les jihadistes en ont profité pour s’approcher à une quarantaine de
km d’Erbil, et s’emparer du barrage de Mossoul, le plus grand du pays.
Les frappes américaines ont néanmoins permis aux peshmergas de reprendre
les villes de Makhmour et Gwer, mais ils ont perdu Jalawla.
La situation humanitaire reste, elle, catastrophique : des centaines
de milliers de personnes ont été jetées sur les routes dont de nombreux
chrétiens chassés de Mossoul, deuxième ville du pays, et de la localité
chrétienne de Qaraqosh, aux mains de l’EI.
La minorité kurdophone et non musulmane des Yazidis est également
menacée depuis la prise de Sinjar, l’un de ses bastions. Réfugiés dans
les arides montagnes environnantes, des milliers de Yazidis tentent de
survivre entre la famine et les jihadistes, sous des chaleurs pouvant
dépasser les 50°. Washington, Londres et Paris leur ont envoyé des
vivres.
Enfin, le Conseil de sécurité de l’ONU a entamé la rédaction d’un
projet de résolution visant à couper les vivres, en argent et en hommes,
des jihadistes en Irak.
Lancé le 19 décembre 2011, "Si Proche Orient" est un blog d'information internationale. Sa mission est de couvrir l’actualité du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord avec un certain regard et de véhiculer partout dans le monde un point de vue pouvant amener au débat. "Si Proche Orient" porte sur l’actualité internationale de cette région un regard fait de diversité des opinions, de débats contradictoires et de confrontation des points de vue.Il propose un décryptage approfondi de l’actualité .
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