jeudi 14 août 2014

Irak : Les États-Unis renoncent à évacuer les réfugiés yézidis

Les Américains font volte-face. Ils ont jugé mercredi "beaucoup moins probable" l’évacuation de milliers de réfugiés yézidis coincés sur les monts Sinjar, dans le nord de l’Irak, après une mission de reconnaissance sur place de militaires américains. Une vingtaine de Bérets verts ont constaté que les réfugiés chassés par les djihadistes étaient "beaucoup moins nombreux" et vivaient dans "de meilleures conditions" qu’attendu, a affirmé dans un communiqué le porte-parole du Pentagone, le contre-amiral John Kirby. Selon lui, des milliers de réfugiés ont réussi à quitter les monts au cours des dernières nuits.

Des membres des Bérets verts "ont eu des contacts avec les réfugiés" pourchassés par les djihadistes et sont depuis retournés à Erbil, la capitale du Kurdistan irakien, avait indiqué mercredi soir un responsable du Pentagone. Il avait parlé d’une "mission d’évaluation", mais n’en avait pas précisé l’objectif final. Les Bérets verts sont une force spécialisée dans la formation et le conseil des armées locales. Un porte-parole des forces armées kurdes avait auparavant annoncé que des conseillers militaires américains devaient se rendre dans cette région pour étudier les moyens d’y évacuer les civils.

Selon le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés, entre 20 000 à 30 000 personnes, en majorité de la minorité kurdophone et non musulmane des yézidis, sont bloquées sans eau, sans nourriture et sans abri dans la région montagneuse désertique de Sinjar. Quelque 130 conseillers militaires étaient arrivés mardi à Erbil pour évaluer "plus en profondeur" les besoins des populations yézidies chassées par les militants sunnites de l’État islamique.

Impliqués pour la première fois militairement en Irak depuis le retrait de leurs troupes fin 2011, les États-Unis mènent depuis vendredi des frappes dans cette région sur les positions des djihadistes de l’État islamique (EI), accusés de persécuter les minorités, de mener des exécutions sommaires et des viols. Un drone a encore détruit mercredi un véhicule armé des djihadistes près de Sinjar, selon le commandement militaire américain.

Des centaines de milliers de personnes ont été jetées sur les routes par l’offensive fulgurante de l’EI qui s’est emparé depuis le 9 juin de pans entiers du territoire au nord, à l’ouest et à l’est de Bagdad. Depuis une dizaine de jours, les djihadistes ont avancé vers le Kurdistan autonome, chassant des dizaines de milliers de membres des minorités chrétienne et yézidie de leurs villes, à Sinjar et Qaraqosh notamment, tombées aux mains de l’EI. Les forces kurdes dépassées tentaient non sans grande peine de les freiner. Des milliers de déplacés continuaient d’affluer mercredi à Dohuk, au Kurdistan, après avoir fui via la Syrie. L’un d’eux, Mahmoud Bakr, 45 ans, raconte avoir laissé son père avec de nombreux déplacés dans les montagnes. "La plupart sont des vieillards, ils ne peuvent pas marcher sur une telle distance." Pour l’experte de l’ONU sur la question des minorités, Rita Izsak, une action internationale urgente s’impose pour empêcher un "génocide potentiel".

Dans le camp de Bajid Kandala au Kurdistan, qui accueille des milliers de yézidis, des dizaines de déplacés réclamaient plus d’aide, comme Nasser, 30 ans : "Nous n’avons pas de pain, très peu d’eau." Des largages humanitaires américain et britannique ont été effectués ces derniers jours sur les montagnes de Sinjar, Paris a envoyé de l’aide et l’Australie va participer aux largages. Parallèlement à l’aide humanitaire, les Occidentaux ont décidé d’envoyer des armes aux forces kurdes.

Après les États-Unis, la France a annoncé qu’elle leur livrerait des "armes sophistiquées" dans les prochaines heures, et Londres a dit qu’elle acheminerait celles de pays tiers. L’Allemagne quant à elle envisage la fourniture de moyens militaires non létaux aux autorités régionales kurdes. L’Union européenne a décidé d’une réunion d’urgence à Bruxelles des ministres des Affaires étrangères vendredi. Le pape François a demandé à l’ONU de "tout faire" pour mettre un terme aux violences contre les minorités religieuses.
Sur le plan politique, le Premier ministre désigné Haïdar al-Abadi, qui a obtenu un soutien international massif, s’employait à former un gouvernement d’union appelé à rassembler toutes les forces politiques dans un pays miné par les divisions. Il a jusqu’au 9 ou 10 septembre pour le faire. Mais Maliki, même s’il a été lâché par ses alliés iranien et américain et des membres de son bloc chiite, a affirmé lors d’une allocution télévisée qu’il maintiendrait son gouvernement en attendant la décision de la Cour fédérale.

Il ne cesse de répéter qu’il a la légitimité pour un troisième mandat, après l’arrivée en tête de sa coalition aux législatives d’avril. Mais ses détracteurs imputent le chaos dans le pays à sa politique d’exclusion des sunnites et son autoritarisme pendant ses huit années au pouvoir. C’est cette marginalisation de la minorité sunnite dans un pays majoritairement chiite qui a favorisé, selon eux, l’offensive des djihadistes sunnites.
La Maison-Blanche a appelé Maliki à céder la place pour permettre à son successeur de "rassembler le pays", alors que le Conseil de sécurité de l’ONU a exhorté M. Abadi à former rapidement un gouvernement capable de contrer l’offensive des djihadistes. Le grand ayatollah Ali Al-Sistani, plus haute autorité religieuse chiite d’Irak, avait appelé dès juillet au départ de Maliki et à son remplacement par une figure consensuelle, selon une lettre publiée mercredi.

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