Les Américains font volte-face. Ils ont jugé mercredi "beaucoup moins
probable" l’évacuation de milliers de réfugiés yézidis coincés sur les
monts Sinjar, dans le nord de l’Irak, après une mission de
reconnaissance sur place de militaires américains. Une vingtaine de
Bérets verts ont constaté que les réfugiés chassés par les djihadistes
étaient "beaucoup moins nombreux" et vivaient dans "de meilleures
conditions" qu’attendu, a affirmé dans un communiqué le porte-parole du
Pentagone, le contre-amiral John Kirby. Selon lui, des milliers de
réfugiés ont réussi à quitter les monts au cours des dernières nuits.
Des membres des Bérets verts "ont eu des contacts avec les réfugiés"
pourchassés par les djihadistes et sont depuis retournés à Erbil, la
capitale du Kurdistan irakien, avait indiqué mercredi soir un
responsable du Pentagone. Il avait parlé d’une "mission d’évaluation",
mais n’en avait pas précisé l’objectif final. Les Bérets verts sont une
force spécialisée dans la formation et le conseil des armées locales. Un
porte-parole des forces armées kurdes avait auparavant annoncé que des
conseillers militaires américains devaient se rendre dans cette région
pour étudier les moyens d’y évacuer les civils.
Selon le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés, entre 20 000 à
30 000 personnes, en majorité de la minorité kurdophone et non
musulmane des yézidis, sont bloquées sans eau, sans nourriture et sans
abri dans la région montagneuse désertique de Sinjar. Quelque 130
conseillers militaires étaient arrivés mardi à Erbil pour évaluer "plus
en profondeur" les besoins des populations yézidies chassées par les
militants sunnites de l’État islamique.
Impliqués pour la première fois militairement en Irak depuis le
retrait de leurs troupes fin 2011, les États-Unis mènent depuis vendredi
des frappes dans cette région sur les positions des djihadistes de
l’État islamique (EI), accusés de persécuter les minorités, de mener des
exécutions sommaires et des viols. Un drone a encore détruit mercredi
un véhicule armé des djihadistes près de Sinjar, selon le commandement
militaire américain.
Des centaines de milliers de personnes ont été jetées sur les routes
par l’offensive fulgurante de l’EI qui s’est emparé depuis le 9 juin de
pans entiers du territoire au nord, à l’ouest et à l’est de Bagdad.
Depuis une dizaine de jours, les djihadistes ont avancé vers le
Kurdistan autonome, chassant des dizaines de milliers de membres des
minorités chrétienne et yézidie de leurs villes, à Sinjar et Qaraqosh
notamment, tombées aux mains de l’EI. Les forces kurdes dépassées
tentaient non sans grande peine de les freiner. Des milliers de déplacés
continuaient d’affluer mercredi à Dohuk, au Kurdistan, après avoir fui
via la Syrie. L’un d’eux, Mahmoud Bakr, 45 ans, raconte avoir laissé son
père avec de nombreux déplacés dans les montagnes. "La plupart sont des
vieillards, ils ne peuvent pas marcher sur une telle distance." Pour
l’experte de l’ONU sur la question des minorités, Rita Izsak, une action
internationale urgente s’impose pour empêcher un "génocide potentiel".
Dans le camp de Bajid Kandala au Kurdistan, qui accueille des
milliers de yézidis, des dizaines de déplacés réclamaient plus d’aide,
comme Nasser, 30 ans : "Nous n’avons pas de pain, très peu d’eau." Des
largages humanitaires américain et britannique ont été effectués ces
derniers jours sur les montagnes de Sinjar, Paris a envoyé de l’aide et
l’Australie va participer aux largages. Parallèlement à l’aide
humanitaire, les Occidentaux ont décidé d’envoyer des armes aux forces
kurdes.
Après les États-Unis, la France a annoncé qu’elle leur livrerait des
"armes sophistiquées" dans les prochaines heures, et Londres a dit
qu’elle acheminerait celles de pays tiers. L’Allemagne quant à elle
envisage la fourniture de moyens militaires non létaux aux autorités
régionales kurdes. L’Union européenne a décidé d’une réunion d’urgence à
Bruxelles des ministres des Affaires étrangères vendredi. Le pape
François a demandé à l’ONU de "tout faire" pour mettre un terme aux
violences contre les minorités religieuses.
Sur le plan politique, le Premier ministre désigné Haïdar al-Abadi,
qui a obtenu un soutien international massif, s’employait à former un
gouvernement d’union appelé à rassembler toutes les forces politiques
dans un pays miné par les divisions. Il a jusqu’au 9 ou 10 septembre
pour le faire. Mais Maliki, même s’il a été lâché par ses alliés
iranien et américain et des membres de son bloc chiite, a affirmé lors
d’une allocution télévisée qu’il maintiendrait son gouvernement en
attendant la décision de la Cour fédérale.
Il ne cesse de répéter qu’il a la légitimité pour un troisième
mandat, après l’arrivée en tête de sa coalition aux législatives
d’avril. Mais ses détracteurs imputent le chaos dans le pays à sa
politique d’exclusion des sunnites et son autoritarisme pendant ses huit
années au pouvoir. C’est cette marginalisation de la minorité sunnite
dans un pays majoritairement chiite qui a favorisé, selon eux,
l’offensive des djihadistes sunnites.
La Maison-Blanche a appelé Maliki à céder la place pour permettre à
son successeur de "rassembler le pays", alors que le Conseil de
sécurité de l’ONU a exhorté M. Abadi à former rapidement un gouvernement
capable de contrer l’offensive des djihadistes. Le grand ayatollah Ali
Al-Sistani, plus haute autorité religieuse chiite d’Irak, avait appelé
dès juillet au départ de Maliki et à son remplacement par une figure
consensuelle, selon une lettre publiée mercredi.
Lancé le 19 décembre 2011, "Si Proche Orient" est un blog d'information internationale. Sa mission est de couvrir l’actualité du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord avec un certain regard et de véhiculer partout dans le monde un point de vue pouvant amener au débat. "Si Proche Orient" porte sur l’actualité internationale de cette région un regard fait de diversité des opinions, de débats contradictoires et de confrontation des points de vue.Il propose un décryptage approfondi de l’actualité .
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