jeudi 26 mars 2015

Egypte : Le Caire participe à l'intervention militaire saoudienne au Yémen

L'aviation et la marine égyptiennes participent à l'intervention militaire arabe en soutien au président du Yémen face à l'avancée des rebelles chiites Houthis, a indiqué jeudi la présidence dans un communiqué.
Le gouvernement avait auparavant indiqué que l'Egypte était également prête à envoyer des troupes au sol si cela s'avérait nécessaire.
"Il était nécessaire pour l'Egypte de prendre ses responsabilités (...) avec la participation d'éléments des forces armées égyptiennes de l'aviation et de la marine", a détaillé la présidence.
La participation de l'Egypte intervient en réponse à l'appel "de la nation yéménite pour le retour de la stabilité" et pour "préserver son identité arabe", précise le communiqué, alors que l'Iran est accusé de soutenir les rebelles Houthis.
Un responsable militaire égyptien a confirmé à l'AFP que l'"Egypte participait à l'opération en cours".

Yémen : la grande peur de l'Arabie saoudite
La hantise de l'enfermement est souvent facteur d'interventionnisme pour les pays qui se rêvent en puissances régionales. C'est le cas du Pakistan, qui tente depuis longtemps de satelliser l'Afghanistan, de peur qu'il ne tombe dans l'orbite indienne. Ça l'est également de l'Arabie saoudite, engagée depuis plusieurs années dans une lutte d'influence à la fois géopolitique et religieuse avec l'Iran, aujourd'hui motif de son intervention au Yémen.
Ces deux pays ne sont pas seulement les uniques puissances régionales, l'Irak et la Syrie étant livrés au chaos ou à la guerre civile ; ils sont également les porte-étendard des deux grandes subdivisions de l'islam : sunnite pour l'Arabie saoudite, chiite pour l'Iran. Or le vent de l'histoire souffle en ce moment dans le sens du chiisme, pourtant minoritaire dans le monde musulman, et de Téhéran, qui a déjà des obligés à Bagdad, Damas, Beyrouth, d'où la nervosité dont Riyad fait preuve ces derniers temps.
Dès 2009, l'armée saoudienne était intervenue sur la frontière yéménite (voire un peu au-delà) pour éviter une extension de la guérilla chiite qui commençait à s'y développer. Deux ans plus tard, c'est encore elle qui a ramené l'ordre à Bahreïn, où la majorité chiite contestait le pouvoir sunnite. Et ce, toujours par peur de la contagion : le micro-État est voisin des champs pétroliers saoudiens... sur lesquels vit une importante communauté chiite.
En prenant cette fois la tête d'une coalition internationale afin de mettre un coup d'arrêt à la prise de contrôle du Yémen par la rébellion houthie, les autorités saoudiennes poursuivent toujours le même but. Concrètement, l'objectif est double. D'une part, éviter que l'Arabie saoudite soit prise en tenaille entre l'Iran et ses alliés. De l'autre, faire en sorte que le détroit de Bal-el-Mandeb, qui commande l'accès à la mer Rouge et, au-delà, au Canal de Suez, passe sous leur contrôle au même titre que le Détroit d'Ormuz. En d'autres termes, s'assurer que Téhéran ne puisse bloquer un deuxième point de passage par lequel transite une partie du pétrole mondial.
À en juger par l'ampleur de la force d'intervention qui rassemble une dizaine d'autres pays avec la bénédiction des États-Unis, les Saoudiens ne sont pas les seuls à nourrir cette inquiétude.

Israël/Palestine : Netanyahu doit "prendre des mesures crédibles pour geler" la colonisation

Le nouveau gouvernement israélien devra "prendre des mesures crédibles pour geler la colonisation" dans les territoires palestiniens, a estimé jeudi l'émissaire des Nations unies au Proche-Orient Robert Serry.
S'exprimant devant le Conseil de sécurité, M. Serry a aussi demandé au nouveau gouvernement, qui devrait être dirigé par Benjamin Netanyahu, de "démontrer rapidement (..) son engagement" en faveur de la création d'un Etat palestinien.
Au cours de sa campagne, Netanhayu avait enterré l'idée d'un Etat palestinien et promis de poursuivre la colonisation, avant de revenir en partie sur ses propos, déclenchant une crise avec Washington.
"La colonisation illégale n'est pas compatible avec l'objectif d'une solution négociée à deux Etats et pourrait tuer tout espoir de faire la paix" sur la base de cette solution, a souligné M. Serry, dont c'était le dernier exposé devant le Conseil en tant que coordinateur pour le processus de paix au Proche-orient.
"Je ne sais pas s'il n'est pas déjà trop tard", a-t-il ajouté. "On ne pourra pas rétablir un minimum de confiance si le nouveau gouvernement israélien ne prend pas des mesures crédibles pour geler la colonisation".
M. Serry a aussi "exhorté le futur gouvernement israélien à saisir l'occasion d'un nouveau mandat pour démontrer rapidement, par des déclarations mais surtout par des actes, son engagement" en faveur d'un Etat palestinien.
Il a noté que les déclarations de Netanyahu dans les derniers jours de la campagne électorale "soulevaient de sérieux doutes sur cet engagement d'Israël en faveur de la solution à deux Etats".
M. Serry a aussi suggéré à mots couverts que le Conseil de sécurité adopte une résolution rappelant les grands principes d'un règlement israélo-palestinien afin de "préserver l'objectif d'une solution à deux Etats dans les circonstances actuelles".
Si les deux camps recherchent toujours une telle solution mais "sont incapables par eux-mêmes et à ce stade de se mettre d'accord sur un cadre pour reprendre des négociations", a-t-il expliqué, "la communauté internationale devrait envisager sérieusement de proposer un tel cadre pour des négociations, y compris en incluant des paramètres".
En décembre dernier, la France avait tenté en vain de faire adopter par le Conseil de sécurité une résolution résumant les paramètres d'un règlement qu'elle jugeait acceptables par toutes les parties. Un autre projet de résolution, présenté par les Palestiniens, avait été rejeté par le Conseil.

Syrie: Al-Qaïda progresse autour d'Idleb, 68 morts

La branche syrienne d'Al-Qaïda a chassé les forces du régime d'une vingtaine de barrages autour d'Idleb, ville clé du nord-ouest, en trois jours de combats qui ont fait 68 morts, rapporte jeudi une ONG.
Depuis le début de leur offensive mardi, le Front Al-Nosra, appuyé par Ahrar al-Cham et d'autres groupes islamistes ont "pris 17 barrages et positions de l'armée syrienne et des milices loyalistes dans les environs de la ville, les forçant à se replier", a indiqué à l'AFP Rami Abdel Rahmane, directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).
Il a cité des témoins dans la zone qui ont vu les véhicules de l'armée se retirer des barrages.
Idleb est le chef-lieu de la province éponyme, frontalière de la Turquie et en majorité sous contrôle du Front Al-Nosra, branche d'Al-Qaïda en Syrie. Si la ville est capturée, elle serait la deuxième capitale provinciale, après Raqa (est), à échapper aux mains du régime syrien en guerre contre les rebelles depuis plus de quatre ans.
La prise des barrages a "obligé les forces du régime à installer de nouveaux barrages et barricades à l'intérieur de la ville", a précisé M. Abdel Rahmane.
Malgré la violence des bombardements d'Al Nosra, les forces du régime "tentent de reprendre l'initiative", a-t-il indiqué, ajoutant que les combats faisaient toujours rage jeudi à l'entrée de la cité.
Les affrontements ont fait 37 morts du côté rebelle et 31 du côté loyaliste en trois jours, d'après un nouveau bilan de l'OSDH. Parmi les attaquants, le numéro deux du groupe Ahrar al-Cham, le Syrien Youssef Qotb, a été tué.
Ahrar al-Cham, un des premiers groupes islamistes armés à prendre part au conflit en Syrie, est le principal allié d'Al-Nosra au sein de cette coalition qui se fait appeler "L'Armée de la conquête".
Jeudi, le groupe a publié une vidéo dans laquelle leur guide religieux, cheikh Abou Mohammad al-Sadeq, a appelé les habitants d'Idleb à "s'éloigner des positions des 'chabbihas' (hommes de main du régime)" et à rejoindre le combat contre le régime.
En novembre, Al-Nosra avait chassé plusieurs groupes rebelles de la province. A l'instar de son rival jihadiste le groupe Etat islamique (EI), qui a proclamé son "califat" à cheval sur la Syrie et l'Irak, le Front entend fonder un "émirat" dans le nord de la Syrie selon des analystes.

Israël: Les négociations de gouvernement débutent par un psychodrame

Les négociations de gouvernement ont commencé jeudi à Jérusalem par un premier psychodrame qui en annonce d'autres avant la formation d'un nouveau cabinet appelé à restaurer les liens avec les Etats-Unis et faire face aux défis sécuritaires et sociaux.
Les tractations formelles n'avaient pas commencé que l'un des partenaires primordiaux de Benjamin Netanyahu annulait la première séance de discussions prévue dans la matinée, ont rapporté les médias israéliens.
Moshé Kahlon, voué à jouer un rôle clé dans la constitution d'une coalition gouvernementale, a mal pris que certains postes aient déjà été attribués à d'autres partis que le sien, Koulanou, ont dit les médias. Ces postes seraient essentiels à ses yeux pour appliquer sa plateforme électorale et faire baisser les prix des logements et le coût de la vie.
Ce premier contretemps prélude à des semaines de marchandages politiciens, de menaces et de retournements.
Netanyahu, au pouvoir depuis 2009, a 28 jours, éventuellement renouvelables 14 jours, pour former son quatrième gouvernement depuis que le président Reuven Rivlin lui en a officiellement confié la charge mercredi soir. Ses émissaires engageaient jeudi les pourparlers avec les représentants des partis qui lui assurent une claire majorité de droite de 67 sièges sur 120 au parlement.
Netanyahu devra concilier les exigences contradictoires de Koulanou (centre droit), des partis nationalistes Foyer juif et Israël Beiteinou, des formations ultra-orthodoxes Shass et Liste Unifiée de la Torah.
Il lui faudra aussi composer avec son propre parti. Le Likoud (droite) se sent fort du triomphe de Netanyahu aux élections parlementaires du 17 mars, mais aussi de l'affaiblissement des autres groupes du bloc de droite.
Les gros portefeuilles sont très convoités. Celui des Finances semble assuré à M. Kahlon; Moshé Yaalon est favori pour conserver celui de la Défense et Avigdor Lieberman pourrait finalement garder les Affaires étrangères.
Au bout du compte, la possibilité demeure d'une autre configuration que celui d'un gouvernement penchant encore plus à droite que le précédent, croient certains politologues: celui d'un gouvernement d'unité nationale incluant les travaillistes que Netanyahu a surclassés.
Netanyahu a exclu un tel gouvernement pendant la campagne. Les politologues soulignent qu'en Israël les engagements de campagne valent ce qu'ils valent. Ils rappellent que Netanyahu, par le passé, a pris soin d'associer des éléments modérés à son gouvernement. Et ils conjecturent qu'un tel gouvernement permettrait peut-être à Netanyahu de soulager la pression internationale sur son futur cabinet.
Le prochain gouvernement est en effet appelé à réparer les dégâts causés aux relations avec la Maison Blanche par la surenchère à laquelle s'est livré M. Netanyahu pendant la campagne.
Il ne devrait même pas être formé que les Palestiniens prévoient de lancer la nouvelle vague de leur offensive diplomatique et judiciaire. Ils devraient déposer mercredi leurs premières plaintes pour crimes de guerre contre les dirigeants israéliens à la Cour pénale internationale.
En désignant Netanyahu, le président Rivlin lui a assigné trois tâches: d'abord restaurer les rapports avec la Maison Blanche; rétablir la stabilité politique; et "panser les blessures" de la campagne.
Chacune de ces tâches couvrait une critique implicite de M. Netanyahu, relevait le quotidien Yedioth Aharonoth. C'est Netanyahu qui a provoqué ces élections anticipées. C'est lui qui a pris l'administration américaine à rebrousse-poil en allant prononcer un discours sur l'Iran devant le Congrès et en enterrant l'idée d'un Etat palestinien. C'est lui enfin qui a causé l'émoi en brandissant, le jour même du scrutin, le spectre d'un vote "en masse" des Arabes israéliens.
Netanyahu s'est dit désolé depuis d'avoir blessé les Arabes israéliens. "Je me vois comme le Premier ministre de chacun d'entre vous", a-t-il dit mercredi soir, "je veillerai à combler les fissures qui se sont creusées" pendant la campagne.
Il a énoncé ses deux priorités: la sécurité et les questions sociales. Son prochain budget comprendra des mesures pour réduire les prix de l'immobilier et de l'alimentaire et pour mettre à bas les monopoles, a-t-il dit. Le Yedioth exprimait son incrédulité devant ce "virage à 180 degrés" par rapport aux discours d'il y a quelques jours.

Yemen: à Sanaa, des habitants fuient après une nuit d'intenses bombardements

"Je m'en vais avec ma famille, Sanaa n'est plus sûre": comme d'autres habitants de la capitale du Yémen, Mohamed a décidé de fuir après une nuit d'intenses bombardements par les avions saoudiens.
Mohamed charge quelques effets personnels à bord d'un minibus à Bani Huwat, un quartier du nord de la capitale. Il va trouver refuge dans sa ville natale d'Ibb, dans le centre du pays.
"Mes enfants étaient terrorisés", témoigne-t-il, en reconnaissant ne pas avoir dormi de la nuit en raison des violentes explosions et l'entrée en action de la DCA de la milice chiite des Houthis au passage des avions de combat saoudiens.
A l'aube, les habitants ont découvert les dégâts: habitations partiellement détruites, carcasses de véhicules éventrées... Hébété, un homme reste assis sur les décombres de sa maison.
Quatorze personnes, dont des enfants et des femmes, ont péri dans l'effondrement de sept maisons du quartier touchées par les bombardements, selon un bilan de la défense civile.
Une foule s'est formée autour d'un amas de voitures détruites et, contrairement à leurs habitudes, les miliciens Houthis laissent les journalistes travailler pour qu'ils voient "les atrocités".
"Pourquoi l'Arabie saoudite et les autres pays ont choisi d'intervenir (...) au moment où les Houthis ont conquis la plupart des régions", s'interroge Safwane Haïdar, un résident.
"Ces crimes saoudiens, américains et israéliens ne nous abattront pas. Ils renforceront au contraire notre force pour les éliminer de la carte car ils visent des civils et des innocents", lance Ali Al-Barati, un combattant rebelle.
La crainte de nouvelles frappes étant élevée, des centaines d'habitants ont commencé jeudi à fuir les zones visées par des raids contre les Houthis, ces miliciens soutenus par l'Iran qui se sont emparés de la capitale en septembre avant d'étendre leur influence jusqu'au sud avec le soutien d'une partie de l'armée yéménite.
Selon des sources militaires et des témoins, plusieurs sites sensibles tenus par les Houthis à Sanaa, dont une base aérienne et le palais présidentiel, ont été visés jeudi et un incendie s'est déclaré dans le palais présidentiel.
Les raids ont cessé aux premières heures de la journée. Les établissements scolaires étaient fermés jeudi et aucune date n'a été annoncée pour leur réouverture.
De longues queues de véhicules se sont formées devant les stations service. "Je prends mes précautions car je crains la pénurie", explique Hammoud, qui patiente au volant de sa voiture.
Selon lui, "tout le monde s'attend à ce que les carburants ne soient plus disponibles" dans les prochains jours.
A l'inverse de Sanaa, où la colère s'exprime ouvertement, les résidents d'Aden, la grande ville du sud, ne cachent pas leur soulagement. Car ils craignaient que, en l'absence d'une intervention extérieure, les Houthis ne lancent l'assaut contre leur cité dont ils se sont rapprochés ces derniers jours avec l'objectif d'arrêter le président Abd Rabbo Mansour Hadi qui s'y est réfugié.
"Nous exprimons nos remerciements pour le soutien de nos frères", notamment des pays du Golfe, même si leur intervention "est arrivée un peu tard", se félicite Abou Nasser Al-Adari, un habitant d'Aden.


     
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الحزب الشيوعي اللبناني يدعو للتحرك
لوقف التدخلات الخارجية والحرب التفتيتية في اليمن


في الوقت الذي يصعّد فيه اليمين الصهيوني حربه ضد الشعب الفلسطيني، فيقتل ويعتقل ويشرّد ويهدم المنازل، بينما تتسع حركته الاستيطانية من أجل اقامة "اسرائيل دولة اليهود في العالم"، وفي الوقت الذي يزداد فيه خطر المخطط الامبريالي الهادف الى شرذمة العالم العربي الى دويلات طائفية وتتسع معه حركة الارهاب، المتاح أميركيا، ضد لبنان وسوريا والعراق وليبيا وتونس، يعود اليمن الى واجهة الأحداث بفعل تطور الانقسام المذهبي المتفاقم الى حرب أهلية بدأت تأكل الأخضر واليابس وتهدد وحدة البلاد والعباد.
وبينما تتدخّل كل دول الخليج في تلك الحرب المذهبية وتحشد لها الجيوش والطاقات،.وبينما تنطلق التهديدات من كل صوب، وبالتحديد بين السعودية وايران، يعيش الشعب اليمني، ومعه كل الشعوب العربية، مأساة عارمة لن تفضي الا الى المزيد من الكوارث ولن تؤدي سوى الى زيادة الشرذمة وتسهيل مرور المشاريع الامبريالية – الصهيونية التي واجهتها حركة التحرر الوطني العربية طوال عشرات السنين.
ان نيران هذه الحرب التفتيتية الجديدة، التي تغذيها الدول الرجعية العربية والاقليمية، خدمة لمصالح معروفة منطلقة من أحلام التوسع والسيطرة، مرشّحة، في حال عدم كبح جماحها، للانتشار الى كل المنطقة العربية والشرق-أوسطية؛ ولن يسلم أحد منها. لذا، فان الشعوب العربية وقواها اليسارية والديمقراطية، خاصة في دول الخليج، مدعوة للنزول الى الشارع وللتحرك بكل الأشكال المتاحة من أجل وقف الحرب وفتح باب الحوار بين القوى السياسية اليمنية بعيدا عن أي تدخل خارجي، سعودي كان أم ايراني، عربي كان ام أجنبي، بما يحفظ لليمن وحدته ويساعد على تحقيق الشعارات التي كانت في أساس انتفاضة الشعب اليمني وما يصبو اليه من اصلاحات سياسية واقتصادية – اجتماعية تؤمّن له الحياة الحرّة الكريمة.

الحزب الشيوعي اللبناني
بيروت في 26 ⁄ 3 ⁄ 2015

Syrie : Des fonctionnaires dévoués sauvent des milliers d'antiquités

Dans une pièce du Musée de Damas, totalement vide, des employés emballent avec précaution les dernières statues avant de les placer dans des caisses qui partiront vers un lieu sécurisé.
Depuis sa nomination en 2012 à la tête des Antiquités et des musées syriens (DGAM), le professeur Maamoun Abdulkarim n'a qu'une obsession: éviter une réédition de la tragédie de 2003 en Irak après l'invasion américaine.
"J'ai en permanence devant les yeux les images du pillage du musée de Bagdad et des sites irakiens et je me suis dit qu'il fallait à tout prix empêcher que cela se reproduise chez nous", témoigne-t-il.
Ainsi 300 000 pièces et des milliers de manuscrits appartenant aux 34 musées de Syrie, dont 80 000 du musée de Damas, ont été mis à l'abri dans des endroits secrets protégés des incendies, des obus et les inondations.
Terre de multiples civilisations, des Cananéens aux Ottomans, la Syrie regorgeait de trésors datant des époques romaine, mamelouk et byzantine, avec des mosquées, des églises et des châteaux croisés.
Mais près de 300 sites d'une valeur inestimable pour l'humanité ont déjà été détruits, endommagés ou pillés en quatre ans de guerre en Syrie, s'est alarmée l'ONU en se basant sur des images satellitaires.
- 99% des collections sauvées -
Le sauvetage le plus dramatique s'est déroulé le 2 août 2014 à Deir Ezzor (est), tenue en grande partie par les jihadistes du groupe État islamique (EI). Pour éviter un saccage de l'EI comme à Mossoul en Irak deux mois auparavant, la décision fut prise d'évacuer les 13 000 objets de la ville.
"Pendant une semaine, avec deux collègues, nous avons tout enveloppé. Nous avons tout mis dans un camion avant d'essuyer des tirs de mitrailleuses lourdes sur la route", raconte avec émotion Yaarob al Abdallah, directeur des Antiquités de Deir Ezzor au moment des faits.
"Nous avons entreposé les caisses dans un avion militaire au milieu de soldats tués ou blessés. Ce fut terrible, mais nous avons réussi", ajoute cet homme de 46 ans, actuel directeur du Musée national de Damas.
M. Abdulkarim, qui a pris la décision, en a encore des sueurs froides. "Si l'avion était tombé, je perdais trois amis, la Syrie des pièces inestimables et moi j'aurais terminé en prison".
Il estime que 99% des collections des musées ont été sauvées, grâce au dévouement des 2.500 fonctionnaires qui perçoivent leur salaires, y compris ceux vivant dans les régions rebelles.
"Ils considèrent que la défense du patrimoine est une question d'honneur, équivalent à celle de défendre l'honneur de leur mère", assure le co-directeur de la mission franco-syrienne qui travaillait avant le conflit sur les 700 Villes mortes de l'époque romano-byzantine dans le nord de la Syrie.
Une douzaine de fonctionnaires sont morts, dont cinq sur leur lieu de travail. L'un d'eux a été égorgé par l'EI à Deir Ezzor car il renseignait les services des antiquités sur les trafics mafieux.
M. Abdulkarim s'inquiète surtout des dommages occasionnés à 300 sites et 445 bâtiments historiques dans le pays. Certains l'ont été lors d'affrontements mais d'autres ont été victimes "des fouilles clandestines, parfois au bulldozer", comme à Mari, Doura Europos, Apamée, Ajaja (nord-est), la vallée de Yarmouk à Deraa (sud) et Hamam Turkoman près de Raqa (nord).
"La barbarie des jihadistes, qui détruisent toute représentation humaine et les mausolées musulmans, s'ajoute à l'avidité des groupes mafieux venus du Liban, d'Irak, de Turquie pour acheter les pièces trouvées par les habitants", se désole Ayham al-Fakhry, l'ancien directeur des antiquités de Raqa qu'il a dû fuir en 2012.
"Ils payent 20% de la valeur estimée à l'EI et peuvent empocher les objets pour les vendre en Europe ou dans le Golfe", précise-t-il.
Les défenseurs du patrimoine syrien se plaignent aussi d'avoir été considérés comme des pestiférés par la communauté internationale depuis le début de la révolte antirégime.
"Nous étions isolés car le monde avait coupé toutes les relations avec nous" à l'exception du Liban, de quelques organisations internationales et de l'Unesco, explique M. Abdulkarim.
Pour cet auteur d'une thèse en France sur "Homs à l'époque romaine", "il faut pourtant, après Charlie Hebdo, Mossoul et Raqa, une mobilisation internationale pour sauver la culture, la civilisation".
Il remarque toutefois que les choses changent timidement depuis six mois. Les Antiquités syriennes ont ainsi été primées pour leur travail ou invitées lors de conférences sur les antiquités syriennes à Venise, en Allemagne et à la fin du mois en France. "C'est le début de la fin du tunnel", espère M. Abdulkarim.

Israël/Palestine : le blocus israélien détériore les conditions de vie et freine la reconstruction à Gaza, selon l'ONU

Des ruines sont dégagées à Shujaijah, à Gaza, grâce à un projet du PNUD financé par la Suède. Photo PNUD

Le blocus prolongé imposé par Israël à Gaza a entrainé une forte détérioration des conditions de vie de près de 2 millions de Palestiniens résidant dans l'enclave, indique une nouvelle étude du Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), rendue publique début mars 2015.
Selon cette étude, les restrictions prolongées pesant sur le mouvement des personnes et des marchandises à destination et en provenance de Gaza ont eu pour répercussion la détérioration continue du niveau de vie des 1,8 million habitants de Gaza depuis le début du blocus israélien en juin 2007.
« Ces restrictions ont réduit l'accès aux moyens de subsistance, aux services de base et aux logements ; perturbé le quotidien des familles ; et sapé les espoirs du peuple en un avenir sûr et prospère », précisent les conclusions du rapport, dont l'objectif était d'étudier les tendances actuelles concernant la circulation des personnes et des marchandises à l'intérieur et hors du territoire.
« La situation s'est aggravée suite aux restrictions imposées depuis 2013 par les autorités égyptiennes à Rafah, qui était devenu jusque-là le principal point de passage utilisé par les Palestiniens dans la bande de Gaza », compte tenu du blocus israélien.
Actuellement, les Palestiniens de Gaza peuvent entrer et sortir du territoire au travers de trois points d'accès – le passage de Rafah reliant Gaza à l'Egypte, et les passages de Kerem Shalom et d'Erez connectant l'enclave palestinienne à Israël. Deux autres points de passage, à Sufa et Karni, ont été fermés.
Lors de sa récente visite dans la région, le Coordonnateur spécial de l'ONU pour le processus de paix au Moyen-Orient, Robert Serry, avait déjà observé le 2 mars que les retombées du blocus israélien à Gaza avaient « plus que jamais isolé » l'enclave, en raison des restrictions toujours imposées par Israël sur la circulation des biens et des personnes et de la quasi-fermeture du passage frontalier de Rafah.
Ces difficultés ne font que s'ajouter aux défis auxquels sont confrontés les habitants de Gaza, plus tributaires que jamais de l'importation de matériaux de construction, alors que l'enclave cherche à se reconstruire suite aux 51 jours de conflit entre Israël et groupes armés palestiniens dont elle a été le théâtre durant l'été 2014.