L’armée israélienne et le Hamas observent scrupuleusement la trêve
mardi, alors que les négociateurs israéliens et palestiniens
s’efforcent, au Caire, de surmonter des années d’hostilité meurtrière
pour parvenir à un cessez-le-feu durable. Par l’entremise des Égyptiens,
ils doivent trouver le moyen des exigences apparemment
contradictoires : la sécurité pour les Israéliens, la levée du blocus de
la bande de Gaza pour les Palestiniens. Il s’agit d’empêcher une
reprise des combats et, si possible, d’instaurer une trêve prolongée
après l’expiration, jeudi à 0 h 01, heure locale (mercredi 23 h 01 à
Paris), d’un cessez-le-feu entré en vigueur lundi et pour trois jours.
Il s’agit aussi pour Israël et le Hamas, les deux belligérants, de ne
pas perdre la face après plus d’un mois d’une guerre qui a fait près de 2
000 morts palestiniens.
Au deuxième jour de la trêve, les Gazaouis ont continué à retourner
chez eux pour se réinstaller dans les maisons - qu’ils avaient dû
quitter en raison des bombes ou des ordres israéliens- ou pour récupérer
ce qui pouvait l’être dans les ruines. À Abou Nada Tawar, près du point
de passage d’Erez vers Israël, les occupants d’immeubles gravement
endommagés fouillaient les décombres et en sortaient les vestiges d’un
missile. D’autres faisaient chauffer du café avec le papier et le bois
extraits des ruines. Certains prenaient le petit déjeuner qu’ils avaient
apporté, au milieu de leurs meubles démantelés. "Nous venons ici tous
les jours, nous nous installons un petit moment et puis après nous
allons chez des proches", disait Mohamed Gamar. Il préfère revenir avec
sa famille dans sa maison dévastée plutôt que de rester dans les écoles
de l’ONU transformées en refuges, "parce qu’elles sont surpeuplées".
Dans ce spectacle de dévastation, l’armée israélienne et le Hamas,
qui contrôle de fait le territoire, observaient rigoureusement le
cessez-le-feu. Aucun tir de roquette ou de mortier sur Israël n’a été
signalé de la bande de Gaza depuis son entrée en vigueur, a dit l’armée
israélienne. En contrepartie, l’armée israélienne n’a procédé à aucune
frappe de représailles. Les deux parties semblent soucieuses de ne pas
compromettre les discussions en cours au Caire entre Israéliens et
Palestiniens du Hamas, mais aussi de son allié du Djihad islamique et du
Fatah. Ces négociations se déroulent par l’intermédiaire des Égyptiens,
les Israéliens refusant de traiter directement avec les "terroristes"
du Hamas.
Des informations fragmentaires et difficilement vérifiables
filtraient sur les négociations commencées lundi. "Les divergences sont
toujours aussi profondes. Il n’y a pas eu de progrès dans les
négociations", dit un responsable israélien sous couvert de l’anonymat,
sans qu’il soit possible de savoir si cette déclaration rendait
réellement compte de la situation. À Gaza, Moussa Abou Marzouq, numéro
deux du bureau politique du Hamas, a parlé de "négociations difficiles
et de fond". Israéliens et Palestiniens ont eu lundi environ dix heures
de discussions "sérieuses", ont dit au Caire et à Gaza des responsables
palestiniens. "On ne peut pas parler de progrès, mais les discussions
sont sérieuses et les Égyptiens ont bien compris les exigences et les
droits de notre peuple qui ne cédera sur aucun d’eux, à commencer par la
levée du blocus", a dit l’un d’entre eux. C’est là une exigence
primordiale des Palestiniens : que soit levé le blocus qu’Israël impose
depuis 2007 et qui asphyxie l’économie d’un territoire exigu sur lequel
s’entassent 1,8 million de personnes coincées entre Israël, l’Égypte et
la Méditerranée.
La journée de mardi "devrait être la plus importante", a dit un des
responsables palestiniens. "Dans les 24 prochaines heures, les choses
seront sûrement plus claires", a abondé Youssef al-Husseina,
porte-parole du Djihad islamique à Gaza. "Nous avons fait plus de la
moitié du chemin et il y a jusqu’à présent des signes positifs qui
laissent espérer un accord", a-t-il dit. Israël, pour sa part, réclame
la démilitarisation de la bande de Gaza. La délégation palestinienne
oppose une fin de non-recevoir à cette exigence et l’a encore fait au
Caire, a indiqué une source palestinienne sans que l’on sache dans
quelle mesure un tel refus hypothèque le succès des discussions.
Fort du soutien ultra-majoritaire de son opinion à la guerre et avec
les pressions des faucons de son gouvernement qui réclament d’en finir
militairement avec le Hamas, le Premier ministre israélien a fait
publiquement assaut d’intransigeance. Mais il s’est dit prêt à voir
l’Autorité palestinienne jouer un "rôle" à l’avenir à Gaza. Et selon la
presse israélienne, citant un haut responsable, les Israéliens ont
accepté au Caire de soulager notablement le blocus en portant à 5 000
chaque mois le nombre de permis délivrés aux Gazaouis pour se rendre en
Israël ou en Cisjordanie, en autorisant une augmentation importante du
trafic de marchandises au point de passage de Kerem Shalom, en acceptant
sous de strictes conditions l’entrée d’argent dans le territoire pour
payer les dizaines de milliers de fonctionnaires qui attendent leur
salaire depuis des mois, et en étendant les zones de pêche.
Israël serait aussi prêt à libérer quelques dizaines de prisonniers
palestiniens en échange des corps de deux soldats tués pendant la
guerre. En revanche, Israël ne veut pas entendre parler de la
construction d’un port ou d’un aéroport, dit la presse. Aucune
confirmation officielle n’a été obtenue.
(12-08-2014 - Assawra)
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