mercredi 13 août 2014

Israël/Palestine : Gaza retient son souffle à l’heure de discussions cruciales (Assawra)

L’armée israélienne et le Hamas observent scrupuleusement la trêve mardi, alors que les négociateurs israéliens et palestiniens s’efforcent, au Caire, de surmonter des années d’hostilité meurtrière pour parvenir à un cessez-le-feu durable. Par l’entremise des Égyptiens, ils doivent trouver le moyen des exigences apparemment contradictoires : la sécurité pour les Israéliens, la levée du blocus de la bande de Gaza pour les Palestiniens. Il s’agit d’empêcher une reprise des combats et, si possible, d’instaurer une trêve prolongée après l’expiration, jeudi à 0 h 01, heure locale (mercredi 23 h 01 à Paris), d’un cessez-le-feu entré en vigueur lundi et pour trois jours. Il s’agit aussi pour Israël et le Hamas, les deux belligérants, de ne pas perdre la face après plus d’un mois d’une guerre qui a fait près de 2 000 morts palestiniens.

Au deuxième jour de la trêve, les Gazaouis ont continué à retourner chez eux pour se réinstaller dans les maisons - qu’ils avaient dû quitter en raison des bombes ou des ordres israéliens- ou pour récupérer ce qui pouvait l’être dans les ruines. À Abou Nada Tawar, près du point de passage d’Erez vers Israël, les occupants d’immeubles gravement endommagés fouillaient les décombres et en sortaient les vestiges d’un missile. D’autres faisaient chauffer du café avec le papier et le bois extraits des ruines. Certains prenaient le petit déjeuner qu’ils avaient apporté, au milieu de leurs meubles démantelés. "Nous venons ici tous les jours, nous nous installons un petit moment et puis après nous allons chez des proches", disait Mohamed Gamar. Il préfère revenir avec sa famille dans sa maison dévastée plutôt que de rester dans les écoles de l’ONU transformées en refuges, "parce qu’elles sont surpeuplées".

Dans ce spectacle de dévastation, l’armée israélienne et le Hamas, qui contrôle de fait le territoire, observaient rigoureusement le cessez-le-feu. Aucun tir de roquette ou de mortier sur Israël n’a été signalé de la bande de Gaza depuis son entrée en vigueur, a dit l’armée israélienne. En contrepartie, l’armée israélienne n’a procédé à aucune frappe de représailles. Les deux parties semblent soucieuses de ne pas compromettre les discussions en cours au Caire entre Israéliens et Palestiniens du Hamas, mais aussi de son allié du Djihad islamique et du Fatah. Ces négociations se déroulent par l’intermédiaire des Égyptiens, les Israéliens refusant de traiter directement avec les "terroristes" du Hamas.

Des informations fragmentaires et difficilement vérifiables filtraient sur les négociations commencées lundi. "Les divergences sont toujours aussi profondes. Il n’y a pas eu de progrès dans les négociations", dit un responsable israélien sous couvert de l’anonymat, sans qu’il soit possible de savoir si cette déclaration rendait réellement compte de la situation. À Gaza, Moussa Abou Marzouq, numéro deux du bureau politique du Hamas, a parlé de "négociations difficiles et de fond". Israéliens et Palestiniens ont eu lundi environ dix heures de discussions "sérieuses", ont dit au Caire et à Gaza des responsables palestiniens. "On ne peut pas parler de progrès, mais les discussions sont sérieuses et les Égyptiens ont bien compris les exigences et les droits de notre peuple qui ne cédera sur aucun d’eux, à commencer par la levée du blocus", a dit l’un d’entre eux. C’est là une exigence primordiale des Palestiniens : que soit levé le blocus qu’Israël impose depuis 2007 et qui asphyxie l’économie d’un territoire exigu sur lequel s’entassent 1,8 million de personnes coincées entre Israël, l’Égypte et la Méditerranée.

La journée de mardi "devrait être la plus importante", a dit un des responsables palestiniens. "Dans les 24 prochaines heures, les choses seront sûrement plus claires", a abondé Youssef al-Husseina, porte-parole du Djihad islamique à Gaza. "Nous avons fait plus de la moitié du chemin et il y a jusqu’à présent des signes positifs qui laissent espérer un accord", a-t-il dit. Israël, pour sa part, réclame la démilitarisation de la bande de Gaza. La délégation palestinienne oppose une fin de non-recevoir à cette exigence et l’a encore fait au Caire, a indiqué une source palestinienne sans que l’on sache dans quelle mesure un tel refus hypothèque le succès des discussions.

Fort du soutien ultra-majoritaire de son opinion à la guerre et avec les pressions des faucons de son gouvernement qui réclament d’en finir militairement avec le Hamas, le Premier ministre israélien a fait publiquement assaut d’intransigeance. Mais il s’est dit prêt à voir l’Autorité palestinienne jouer un "rôle" à l’avenir à Gaza. Et selon la presse israélienne, citant un haut responsable, les Israéliens ont accepté au Caire de soulager notablement le blocus en portant à 5 000 chaque mois le nombre de permis délivrés aux Gazaouis pour se rendre en Israël ou en Cisjordanie, en autorisant une augmentation importante du trafic de marchandises au point de passage de Kerem Shalom, en acceptant sous de strictes conditions l’entrée d’argent dans le territoire pour payer les dizaines de milliers de fonctionnaires qui attendent leur salaire depuis des mois, et en étendant les zones de pêche.

Israël serait aussi prêt à libérer quelques dizaines de prisonniers palestiniens en échange des corps de deux soldats tués pendant la guerre. En revanche, Israël ne veut pas entendre parler de la construction d’un port ou d’un aéroport, dit la presse. Aucune confirmation officielle n’a été obtenue.

(12-08-2014 - Assawra)

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire