lundi 23 mai 2016

Israël/Palestine : Etats-Unis et Israël hostiles à l'initiative française

L'initiative française pour la paix entre Israël et les Palestiniens est vouée à l'échec car l'Etat hébreu refuse tout autre médiateur que les Etats-Unis, lesquels sont hostiles à "internationaliser" la recherche d'une solution au conflit, déplore Hussein Ibish, expert à l'Arab Gulf States Institute de Washington.
Et bien que Washington reste l'intermédiaire historique "indispensable" entre Israéliens et Palestiniens, ce spécialiste américain d'origine libanaise du Proche-Orient exclut que le président Barack Obama lance une initiative de la dernière chance avant de quitter le pouvoir en janvier.
(Propos recueillis par Afp)

La tentative de Paris pour relancer le processus de paix entre Israël et les Palestiniens, avec le projet de réunir une conférence internationale, a-t-elle la moindre de chance de produire un résultat tangible ?
Malheureusement, je crois que c'est très peu probable. Il y a deux camps dans cette affaire et il est probable que les Israéliens ne coopéreront pas en laissant une initiative française, à laquelle ils ne font pas confiance, créer un nouvel espace de dialogue pour la paix.
En outre, les Etats-Unis ne montrent pas d'enthousiasme à l'idée d'internationaliser le processus de paix et semblent plutôt vouloir préserver le vieux modèle triangulaire dans lequel ils représentent la principale tierce-partie. Même si ce modèle est totalement bloqué. Les obstacles me semblent donc insurmontables.

Cela signifie-t-il que malgré l'échec de leur médiation en 2014, les Etats-Unis restent les partenaires indispensables du processus de paix israélo-palestinien? Et comment expliquer la réticence du secrétaire d'Etat John Kerry à assister à la réunion ministérielle prévue à Paris le 30 mai, finalement repoussée au 3 juin ?
Oui, si on est réaliste, pour bien avancer, il faut que les Etats-Unis restent les principaux intermédiaires. Pour trois raisons: la première, parce que les Israéliens ne font confiance à personne d'autre. La seconde, parce qu'aucune autre partie n'est en mesure de proposer ce que tous les camps réclament pour (qu'un accord) fonctionne. Enfin, la troisième raison est qu'aucune autre partie, y compris la France, ne veut et ne peut jouer ce rôle. Donc, oui, les Etats-Unis demeurent indispensables. Et même si cela crée autant de problèmes que cela n'apporte de solutions, il n'y a pas d'alternative crédible.
Le manque manifeste, et prévisible, de soutien américain à cette conférence découle de deux facteurs. En premier lieu, Washington ne veut pas internationaliser le processus et veut garder un rôle central. Ensuite, Washington ne croit pas qu'il y ait à l'heure à l'actuelle les conditions d'un succès et redoute, à raison, qu'un échec n'envenime les choses politiquement et sur le terrain.

Le président Barack Obama lancera-t-il de son côté une ultime initiative avant de quitter le pouvoir?
J'en doute. Je le vois très soucieux de son héritage et je ne suis pas sûr qu'admettre les échecs passés de sa présidence contribuerait à façonner cet héritage. Ni même que réaffirmer les paramètres (de règlement du conflit) définis par (l'ancien président Bill) Clinton puissent bénéficier à cet héritage.
Je crois plus plausible que ce président ne prendra aucune ultime mesure majeure sur un sujet qu'il considère clairement comme étant extrêmement important mais, à l'heure actuelle, comme étant insoluble.

(23-05-2016 - Avec les agences de presse)

dimanche 22 mai 2016

Israël/Palestine : Valls essaie de convaincre Israël en "ami", avant une rencontre avec Netanyahu

Le Premier ministre français Manuel Valls et l'ancien président israélien Shimon Peres à Tel Aviv en Israël, le 22 mai 2016 (Afp)

Le Premier ministre français Manuel Valls a multiplié dimanche les gages d'amitié envers Israël, assurant qu'une initiative de Paris pour la paix avec les Palestiniens était dans l'intérêt israélien tout en répétant que "la colonisation doit cesser".
Valls a entamé dimanche, côté israélien, un délicat déplacement de trois jours en Israël et dans les Territoires palestiniens.
Inauguration d'une centrale solaire construite par EDF Energies Nouvelles près d'Ashdod (ouest), rencontre avec des start-up françaises à Tel-Aviv, allocution devant des étudiants français et israéliens francophones... Le numéro 2 français a souligné que tous les aspects de sa visite étaient "importants".
Dans les faits, elle était largement dominée par le projet français de réunir une conférence internationale pour relancer l'effort de paix, moribond depuis l'échec de la dernière initiative américaine en 2014.
Le soutien palestinien est acquis. En revanche, Valls devrait faire face à une opposition maintes fois exprimée quand il rencontrera le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lundi.
Il y a une semaine, Netanyahu a mis en doute devant le chef de la diplomatie Jean-Marc Ayrault "l'impartialité française", en brandissant le vote par Paris d'une décision de l'Unesco qui a provoqué la colère israélienne.
Devant la vigueur des objections, Valls a insisté sur le fait qu'il venait en "ami" et a assuré que la France n'avait pas de parti pris parce que la paix est "dans l'intérêt de tous", Israéliens comme Palestiniens.
"Je suis un ami d'Israël et parce que je suis un ami d'Israël je veux la paix pour Israël (...) L'initiative ne se fait pas dans le dos d'Israël", a-t-il promis sur la chaîne israélienne francophone i24.
Le Premier ministre a toutefois reconnu dans la presse palestinienne que le "chemin" était "étroit", qualifiant les Français de "déterminés" mais "lucides" et "modestes" sur de dossier.
Répondant à l'une des inquiétudes israéliennes, il a, comme M. Ayrault avant lui, pris ses distances avec les déclarations faites en janvier par l'ancien chef de la diplomatie Laurent Fabius, selon lesquelles la France reconnaîtrait l'Etat palestinien en cas d'échec de l'initiative.
"Dire aujourd'hui quand nous reconnaîtrons l'État palestinien, c'est acter par avance l'échec de notre initiative", a affirmé Valls.
Devant les étudiants à Tel-Aviv, il a condamné tout boycott d'Israël. "Derrière ce boycott nous savons bien ce qu'il y a: non seulement la contestation, mais aussi la détestation de l'Etat d'Israël, la détestation d'un foyer juif, et donc des juifs dans leur ensemble", a-t-il dit, répétant, cette fois en Israël, des positions souvent affirmées.
"Quand on s'attaque aux juifs, on s'attaque bien sûr à la France et on s'attaque à la civilisation", a-t-il dit, sous les applaudissements. Le combat contre l'antisémitisme est "le combat d'une vie", la sienne, a-t-il dit.
Cependant, "entre deux pays amis il faut de la franchise", a-t-il déclaré aux journalistes.
En tant qu'"ami d'Israël", il peut dire "avec encore plus de franchise: oui, la colonisation doit cesser". C'est un "impératif", a-t-il renchéri devant la poursuite par Israël des constructions d'habitations civiles dans les Territoires palestiniens occupés.
La France cherchera à poser les bases d'une conférence internationale lors d'une réunion ministérielle le 3 juin en présence des grandes puissances et des principaux pays et organisations concernés, mais sans les Israéliens ni les Palestiniens. L'objectif est ensuite de réunir la conférence proprement dite avec les deux parties, à l'automne.
Les derniers soubresauts de la politique intérieure israélienne incitent plus que jamais à la prudence: Valls se trouve en Israël au moment où Netanyahu semble en passe de faire entrer dans son gouvernement l'ultranationaliste Avigdor Lieberman, figure détestée des Palestiniens.
L'arrivée à la tête du ministère clé de la Défense de Lieberman, qui a accusé le gouvernement de manquer de fermeté face aux violences palestiniennes et qui prône de nouvelles colonies en Cisjordanie occupée, cimenterait le gouvernement jugé le plus à droite de l'histoire d'Israël.
Netanyahu a assuré que son gouvernement élargi continuera à "aspirer" à la paix.
Lundi matin, Manuel Valls se recueillera à Jérusalem sur les tombes des victimes juives d'attentats en France puis ira au mémorial de l'Holocause, Yad Vashem. Dimanche à Tel-Aviv, il a déposé des fleurs sur les lieux où a été assassiné Yitzhak Rabin, artisan des accords d'Oslo, et s'arrêtera mardi à Ramallah au mausolée de Yasser Arafat, autre signataire.

Israël/Palestine : Valls en Israël, mission impossible ?

Manuel Valls a visité des start-up françaises à Tel-Aviv. Il doit rencontrer son homologue pour entrer dans le vif du sujet lundi.(Afp)

C'est en « ami » que le Premier ministre Manuel Valls est arrivé dimanche en Israël pour convaincre ses interlocuteurs qu'une initiative de Paris pour la paix avec les Palestiniens était dans leur intérêt. Une tâche ardue, pour ne pas dire impossible. En effet, le projet français de réunir une conférence internationale pour relancer l'effort de paix, moribond depuis l'échec de la dernière initiative américaine en 2014, fait face à l'hostilité ouverte du gouvernement israélien. Manuel Valls doit rencontrer son homologue israélien lundi.
Il y a une semaine, Benjamin Netanyahu n'a pas pris de gants : il a mis en doute devant le chef de la diplomatie Jean-Marc Ayrault « l'impartialité française », en brandissant le vote par Paris d'une décision de l'Unesco qui a reconnu l'existence de l'État palestinien. Une décision qui a provoqué la colère israélienne. Comme le chef de la diplomatie française, le Premier ministre a tenu à rassurer ses interlocuteurs sur ce point : il a pris ses distances avec les déclarations faites en janvier par l'ancien chef de la diplomatie Laurent Fabius selon lesquelles la France reconnaîtrait l'État palestinien en cas d'échec de l'initiative. « Dire aujourd'hui quand nous reconnaîtrons l'État palestinien, c'est acter par avance l'échec de notre initiative », a déclaré Manuel Valls. Il a insisté sur le fait qu'il venait en « ami » et a assuré que la France n'avait pas de parti pris parce que la paix est « dans l'intérêt de tous », Israéliens comme Palestiniens. « Le chemin est étroit », a-t-il admis dans le quotidien palestinien Al-Ayyam, et les Français sont « lucides, déterminés et modestes ». Mais lui-même est « confiant », a-t-il dit à des journalistes à Tel-Aviv. Pour le Premier ministre, il ne s'agit « en aucun cas d'imposer quoi que ce soit ». Au bout du compte, même avec une conférence internationale, ce sera aux Israéliens et aux Palestiniens de négocier la paix, a-t-il expliqué.
Mais « entre deux pays amis, il faut de la franchise », a-t-il déclaré aux journalistes. « Plus le temps passe, plus la viabilité d'un État palestinien s'estompe sous l'effet d'une colonisation qui se développe », a-t-il dit à Al-Ayyam. En tant qu'« ami d'Israël », il peut dire « avec encore plus de franchise : oui, la colonisation doit cesser ». « L'arrêt de la colonisation est un impératif. Car on ne peut pas vouloir à la fois discuter de la paix, être sincère dans la négociation et continuer dans le même temps à pratiquer le fait accompli sur le terrain », a-t-il insisté.
La France cherchera à jeter les bases d'une conférence internationale lors d'une réunion ministérielle le 3 juin en présence des grandes puissances et des principaux pays et organisations concernés, mais sans les Israéliens et les Palestiniens. L'objectif est ensuite de réunir la conférence proprement dite avec les deux parties, à l'automne, avant que ne s'achève le deuxième mandat du président américain Barack Obama.
L'arrivée à la tête de la Défense d'Avigdor Lieberman, qui a accusé le gouvernement de manquer de fermeté face à la vague actuelle d'attaques palestiniennes et qui prône de nouvelles colonies en Cisjordanie occupée, cimenterait le gouvernement le plus à droite de l'histoire d'Israël, selon des commentateurs. Mais Benjamin Netanyahu a assuré que son gouvernement élargi continuerait à « aspirer à un processus politique avec les Palestiniens », ajoutant qu'il le ferait avec « l'aide d'acteurs régionaux ». Ce qui semble de facto exclure l'initiative française.
Dimanche après-midi, Manuel Valls devait aller fleurir à Tel-Aviv le mémorial Yitzhak Rabin, sur les lieux de l'assassinat en 1995 du Premier ministre israélien artisan des accords d'Oslo par un ultra-nationaliste israélien. Il participera aussi à une émission le soir sur les chaînes de télévision israélienne i24 et française BFMTV, organisée avec d'autres médias détenus par le milliardaire franco-israélien Patrick Drahi (Libération, L'Express...)

Irak : Deux manifestants tués par les forces de l'ordre à Bagdad

Les autorités irakiennes ont annoncé samedi que les forces de sécurité avaient tué au moins deux personnes en dispersant la veille des manifestants qui avaient pénétré de force dans la Zone verte de Bagdad, des violences qui laissent craindre une possible escalade.
Ces deux victimes sont les premières d'un mouvement de protestation qui dure depuis plusieurs mois, mené par le dignitaire chiite Moqtada Sadr qui jouit d'une forte popularité auprès de milliers d'Irakiens excédés par la classe politique.
Leurs funérailles ont eu lieu dans la ville sainte de Najaf où reposent des millions de chiites irakiens.
"Les victimes ont été enterrées au cimetière de Wadi al-Salam (vallée de la paix, en arabe, l'un des plus grands cimetières du monde)", a indiqué cheikh Imad al-Kaabi, un responsable du mouvement sadriste.
"Des manifestants pacifiques ont été exposés à des tirs à balles réelles, en caoutchouc et des grenades lacrymogènes", s'est révolté Abou Mohammed, parent d'une des victimes.
Selon des responsable des services de sécurité et médicaux, 57 personnes ont été blessées dans la confrontation qui a opposé les partisans de M. Sadr aux services de sécurité qui essayaient de les empêcher de pénétrer dans la Zone verte, secteur ultra-sécurisé de Bagdad où se trouvent les principales institutions de l'Etat. Certains protestataires ont riposté en jetant des pierres et d'autres projectiles.
Faisant fi des grenades lacrymogènes, des bombes assourdissantes et des canons à eau, les manifestants avaient arraché les barbelés installés sur un des principaux ponts du Tigre, forçant l'entrée de la Zone verte et prenant brièvement d'assaut le bureau du Premier ministre Haider al-Abadi.
Les forces de sécurité ont également tiré à balles réelles lors de la manifestation, la plupart du temps en l'air.
Les responsables irakiens ont affirmé que les victimes avaient été tuées par balles.
Il s'agit de la seconde intrusion des partisans de Moqtada Sadr dans la Zone verte en trois semaines. Ils avaient occupé le Parlement fin avril.
Le Premier ministre irakien, auquel les manifestants réclament la mise en oeuvre des réformes promises durant l'été 2015, a critiqué l'assaut des protestataires tout en se disant solidaires de leurs revendications. "Prendre d'assaut des institutions de l'Etat (...) ne peut être accepté", a-t-il déclaré.
Moqtada Sadr a pour sa part mis en garde contre toute tentative de bloquer des "manifestations pacifiques".
"Aucune partie n'a le droit d'empêcher ça. Sinon, la révolution prendra une autre forme", a averti le chef chiite, qui réclame depuis des semaines des réformes visant à lutter contre la corruption, le népotisme et le clientélisme.
M. Abadi a tenté à plusieurs reprises de mettre en oeuvre le train de réformes qui, selon lui, permettrait de lutter efficacement contre la corruption.
Sa dernière tentative est la formation d'un nouveau gouvernement de technocrates. Mais de nombreux politiciens s'y opposent, redoutant la fin d'une attribution des ministères sur une base politique et confessionnelle qui leur assure des privilèges.
M. Abadi n'a pas les coudées franches à l'heure où les divisions entre groupes chiites armés s'accentuent et que ses forces sont engagées dans une opération militaire pour reprendre la deuxième ville du pays, Mossoul, fief de Daesh.
"Restaurer le calme est fondamental pour que l'Irak soit capable de trouver une solution politique fondée sur des discussions ouvertes" à tous, estime l'envoyé spécial de l'ONU pour l'Irak, Jan Kubis.
Kimberley Kagan, à la tête du Institute for the Study of War, est elle plus pessimiste, estimant que la crise est si profonde que chaque partie ne peut plus se contenter de sauver les apparences.
"Ce conflit va durer", dit-elle, "et il y aura des gagnants et des perdants".

Israël/Palestine : Manuel Valls entame à Tel-Aviv un délicat voyage israélo-palestinien

Le Premier ministre français Manuel Valls entame dimanche un voyage délicat en Israël puis dans les Territoires palestiniens au cours duquel il défendra une initiative française de relance du processus de paix, reçue avec froideur par son homologue israélien Benjamin Netanyahu.
Les deux hommes doivent se rencontrer lundi midi à Jérusalem, une semaine après la visite du chef de la diplomatie française Jean-Marc Ayrault, devant lequel le Premier ministre israélien avait émis des doutes sur "l'impartialité française".
En cause, une résolution de l'Unesco votée mi-avril par la France, qui a suscité la colère d'Israël, notamment parce qu'elle ne désigne jamais l'esplanade des Mosquées sous son nom juif de mont du Temple.
"Nous n'aurions pas dû voter en faveur de ce texte. Je le regrette. Le président (François Hollande) l'a dit également", a répété Valls dans une interview au quotidien israélien Yediot Aharonot.
Le numéro 2 français "y va parfaitement conscient de la réaction israélienne, pour continuer le dialogue (...) (et rappeler) que cette initiative française n'est pas contre les Israéliens mais dans leur intérêt", a souligné son entourage.
Arrivé samedi soir en Israël, Valls commence pour ainsi dire par le plus facile: une journée à Tel-Aviv centrée sur les relations économiques et culturelles entre la France et l'Etat hébreu. Lundi après-midi, après sa rencontre avec Netanyahu, il passera côté palestinien et rencontrera mardi son homologue Rami Hamdallah.
Inauguration d'une centrale solaire construite par le groupe français EDF, rencontre avec des start-ups françaises implantées dans la très dynamique ville israélienne, déjeuner sous l'égide de la chambre de commerce franco-israélienne: le début dimanche du programme de cette visite, "globale" et pas seulement diplomatique selon les services du Premier ministre français, est centré sur les relations d'affaires.
Dans l'après-midi, avant une remise de médaille et un discours à l'Université de la ville, Valls doit aller fleurir le mémorial Yitzhak Rabin, sur les lieux de l'assassinat en 1995 du Premier ministre israélien artisan des accords d'Oslo. Il participera aussi à une émission le soir sur les chaînes de télévision israélienne i24 et française BFM TV, organisée avec d'autres médias détenus par le milliardaire franco-israélien Patrick Drahi (Libération, L'Express...)
L'initiative française intervient alors que le processus de paix israélo-palestinien est au point mort depuis l'échec en avril 2014 d'une initiative américaine et alors qu'Israël et les Territoires palestiniens sont secoués par une vague de violences depuis le mois d'octobre.
La France tente de mettre sur pied une conférence internationale sur le processus de paix, dont elle s'emploiera à jeter les bases lors d'une réunion ministérielle le 3 juin en présence des grandes puissances et des principaux pays et organisations concernées, mais sans les Israéliens ni les Palestiniens.
L'objectif est ensuite de réunir la conférence proprement dite avec les deux parties, à l'automne, avant que ne s'achève le deuxième mandat du président américain Barack Obama.
"On ne pourra ensuite progresser sans discussions directes entre Israéliens et Palestiniens. Je connais les réserves que suscite cette initiative côté israélien. J'en parlerai avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu", a dit Valls au Yediot Aharonot.
La France est animée à la fois par le "volontarisme" et la "modestie", a par ailleurs affirmé Valls à la radio communautaire juive française Radio J.
Elle vient d'obtenir la confirmation - significative - de la présence du secrétaire d'Etat américain John Kerry le 3 juin à Paris.
En revanche, les derniers soubresauts de la politique intérieure israélienne incitent plus que jamais à la prudence: Valls arrive en Israël au moment où Netanyahu semble en passe de faire entrer dans son gouvernement l'ultranationaliste Avigdor Lieberman, figure détestée des Palestiniens.
L'arrivée à la tête du ministère clé de la Défense de Lieberman, qui a accusé le gouvernement de manquer de fermeté face à la vague actuelle d'attaques palestiniennes et qui prône de nouvelles colonies en Cisjordanie occupée, cimenterait le gouvernement le plus à droite de l'histoire d'Israël, selon des commentateurs.

samedi 21 mai 2016

Israël/Palestine : Mais debout !

Bande de Gaza
Quatre jeunes mutilés lors de frappes aériennes israéliennes marchent à l'aide de béquilles dans le port de Gaza
(Photo: Mohammed Saber/EPA)

Irak: Nouvelle intrusion de manifestants dans la Zone verte, des dizaines de blessés

Des partisans du leader chiite Moqtada al-Sadr manifestent à Bagdad en Irak, le 20 mai 2016 (Afp)

Des dizaines de personnes ont été blessées vendredi à Bagdad où des partisans du dignitaire chiite Moqtada Sadr ont réussi à occuper brièvement le bureau du Premier ministre, situé dans la Zone verte ultrasécurisée de la capitale irakienne.
L'influent chef chiite a mis en garde contre toute tentative de bloquer des "manifestations pacifiques".
"Aucune partie n'a le droit d'empêcher ça. Sinon, la révolution prendra une autre forme", a averti Moqtada Sadr, qui réclame depuis des semaines des réformes visant à lutter contre la corruption, le népotisme et le clientélisme.
Un couvre-feu décrété après les violences de la journée a été levé dans la soirée.
Il s'agit de la seconde intrusion des partisans de Moqtada Sadr dans la zone verte en trois semaines. Ils avaient occupé le Parlement fin avril.
Les mesures prises par les forces de sécurité pour tenter de garder les manifestants hors de la Zone verte --qui abrite les bâtiments gouvernementaux et des ambassades-- ont provoqué la colère des protestataires.
"Nous sommes venus pour une manifestation pacifique mais les lâches nous ont tiré dessus", s'est exclamé un manifestant, tenant une poignée de cartouches dans sa main.
Au moins 58 personnes ont été blessées, dont des membres des forces de sécurité, selon des sources de sécurité et médicales.
Les partisans de Moqtada Sadr ont arraché les barbelés installés sur un des principaux ponts du Tigre, forçant l'entrée de la Zone verte.
Faisant fi des grenades lacrymogènes, des bombes assourdissantes et des tirs à balles réelles, des manifestants ont réussi à pénétrer dans le bureau du Premier ministre Haider al-Abadi, selon un photographe de l'AFP. On ignore si le Premier ministre se trouvait dans le bâtiment à ce moment-là.
Certains ont posté sur les réseaux sociaux des photos du bureau du Premier ministre ainsi que de la salle de réunion du gouvernement.
Quelques heures plus tard, M. Abadi a déclaré que "prendre d'assaut des institutions de l'Etat (...) ne peut être accepté". Mais il a dit soutenir "les revendications des manifestants pacifiques".
"Ne soyez pas du côté de l'oppresseur, mais avec le peuple", scandaient des manifestants à l'adresse des membres des forces de sécurité qui gardaient le bâtiment de M. Abadi.
Les manifestants ont fini par se retirer du bureau sous la pression des forces de sécurité, qui ont réussi à repousser la foule vers l'un des principaux ponts de Bagdad, alors que des renforts arrivaient sur place.
Les partisans de M. Sadr avaient rencontré très peu de résistance le 30 avril quand ils s'étaient introduits dans le Parlement, situé également dans la zone verte, mais M. Abadi avait appelé à punir les fauteurs de troubles.
L'incident avait aggravé la crise politique dans laquelle est embourbé l'Irak depuis des semaines.
Le Premier ministre tente de mettre en place un nouveau gouvernement pour remplacer les ministres affiliés aux partis par des technocrates plus à même, selon lui, de mettre en oeuvre les réformes anticorruption adoptées en 2015 dans la foulée de grandes manifestations populaires contre l'incurie et le clientélisme de la classe politique.
De nombreux partis s'opposent toutefois à ce projet par peur de perdre certains de leurs privilèges.
Moqtada Sadr, descendant d'une influente famille religieuse devenu populaire après s'être rebellé contre les Américains durant l'invasion de l'Irak, s'est imposé comme le fer de lance des réformes en Irak et jouit d'une forte popularité auprès de milliers d'Irakiens excédés par la classe politique.
Cette crise politique survient alors que les forces de sécurité irakiennes sont mobilisées dans la lutte contre le groupe jihadiste Etat islamique qui s'est emparé de larges pans du territoire en 2014.