lundi 20 octobre 2014

Tunisie : Kairouan l'indécise à l'heure des Législatives (Stéphanie Wenger)

Un petit cortège de voitures s'éloigne de Kairouan. Au bord de la route, les maisons sont couvertes de guirlandes de piments rouges que l'on fait sécher après la récolte. Hormis quelques coups de klaxon pour attirer l'attention des habitants qui saluent parfois de la main, le passage est discret. Par les fenêtres ouvertes, des drapeaux flottent au vent. Ils sont frappés du logo d'Ennahda. Le parti islamiste qui a raflé ici près de 43 % des votes lors des premières élections libres en 2011 est en campagne.
Les voitures quittent la route et empruntent une piste ocre que longent des figuiers de barbarie. Un arrêt minuté au milieu de nulle part : on distribue des tracts avec le numéro de liste qu'il faudra cocher le jour J. Les deux candidats, têtes de listes et députés sortants, Mahmoud Gouia et Farida Laabidi, échangent quelques mots avec les habitants. "On est plutôt bien accueillis, mais certains nous demandent pourquoi il n'y a pas d'eau, se plaignent de l'état des routes, reconnaît Farida Laabidi. On explique que la Constitution, la mise en place de l'instance électorale nous a pris du temps. Nous avons passé presque trois ans au pouvoir, il est normal que l'on soit critiqués."
 

Des candidats pris à parti

Puis le cortège repart, direction Bir Jdid, un autre village. Sur la rue principale, une mosquée, quelques échoppes et un café. Candidats et militants ont prévu d'y rencontrer les habitants. "Vive Béji !" lance un homme au passage du petit groupe. Il fait référence à Béji Caied Essebsi, le leader de Nidaa Tounès, principal parti opposé à Ennahda. Un militant évacue l'incident :"Ils s'imaginent que Béji va augmenter le prix du vin..."
Les chaises sont installées en cercle, mais, avant même que la discussion ne commence, un jeune client proteste : cette rencontre constitue une réunion politique et n'a pas été autorisée. Sûrs de leur droit, les candidats préfèrent pourtant éviter les tensions et se préparent à partir. Si Salah a pourtant des choses à dire aux députés sortants : "Tout ce qu'on demande, c'est l'eau courante dans le village. L'école primaire n'en a pas et il n'y a pas d'électricité pour faire fonctionner un puits." C'était déjà le cas il y a trois ans, précise le vieil homme de 64 ans : "On doit aller à 6 kilomètres pour chercher de l'eau."
Pris à partie, les candidats se justifient, expliquent qu'il leur était difficile d'agir. Que leur mandat a été consacré à la Constitution, une tâche immense. Si Salah est presque convaincu : "C'est vrai qu'il y a encore beaucoup de corruption, l'ancien régime est toujours en place et a empêché Ennahda de faire son travail... Il faut patienter." Il ne sait pas encore pour qui il votera dans une semaine.
 

Une ville délaissée

Retour à Kairouan et changement de décor. Un magasin de meubles dans le centre-ville. Nous sommes chez l'oncle de Makram. Le jeune homme et ses amis ont presque tous voté pour le parti islamiste en 2011. Ce ne sera pas le cas en 2014. Makram, la vingtaine, est prof de sport mais n'a pas trouvé de poste et gère un café qu'il a monté grâce à l'aide de sa famille. "Je n'ai pas voulu tomber dans le piège du chômage, mais d'autres n'ont pas cette chance", commente-t-il. "Ennahda a été un recul en arrière. Ils sont trop conservateurs, ont accusé beaucoup de Tunisiens d'être des mécréants." Il milite aujourd'hui pour Afek Tounes, un parti libéral, convaincu que ce parti reconnaît "une vraie valeur à la jeunesse".
À regarder les chiffres, Kairouan, la troisième ville du pays, et son gouvernorat sont dans une situation préoccupante : le taux de pauvreté est supérieur d'un tiers à la moyenne nationale. Les offres d'emploi sont quasi inexistantes. La ville souffre d'être enclavée, pourtant Sousse et la côte ne sont qu'à 60 kilomètres. Beaucoup trouvent donc du travail ailleurs : le taux de chômage est égal à la moyenne nationale.
Pas un cinéma dans la ville ni un jardin public, se plaint aussi le groupe d'amis. Yehyia est cadreur, il travaille à Tunis. "J'ai voté Ennahda en 2011, à cause de leur passé et de leur programme. Je pensais qu'ils nous débarrasseraient des membres de l'ancien régime." À sa gauche, Anis aussi en veut au parti islamiste qui a dirigé la coalition au pouvoir pendant trois ans : "J'avais confiance, j'attendais qu'ils relèvent l'économie." Le jeune homme qui a étudié la pharmacie en Roumanie travaille désormais dans l'officine de son père. Son choix a aussi été idéologique en 2011. "Je suis islamophile", explique-t-il. "Mais je les rends responsables de l'apparition du terrorisme. Rached Ghannouchi s'est adressé aux salafistes en disant nos enfants. Nos forces de l'ordre ont été attaquées." À part Makram qui milite pour Afek Tounes, les autres ne savent pas pour qui voter, mais ce ne sera pour aucun des deux grands partis, Ennahda ou Nidaa Tounes.
 

Salafistes et charia

Miled, la cinquantaine, a aussi voté Ennahda en 2011. Lui est un déçu du parti islamiste, mais pour des raisons opposées : "Les questions de vie quotidienne sont importantes, mais c'est la religion qui m'intéresse le plus." Selon lui, le parti a abandonné ce terrain : "Ennahda voulait baser la Constitution et la loi sur la charia, mais l'opposition n'a pas accepté, et ils ont cédé."
En mai 2012, Kairouan accueille le congrès fondateur d'Ansar al-Charia, l'organisation salafiste. L'endroit n'a pas été choisi au hasard. Kairouan est une des villes saintes de l'islam. Quelques milliers de jeunes hommes, barbes fournies et vêtus de kamis, débarquent dans l'enceinte de la ville. Les murs de la médina gardent à certains endroits des pochoirs de drapeaux noirs frappés de la chahada, la profession de foi musulmane. L'étendard est connu aujourd'hui comme le drapeau de l'organisation État islamique. En 2013, le Congrès de l'organisation n'est pas autorisé par le gouvernement d'Ali Larayedh, Premier ministre d'Ennahda. L'organisation sera classée terroriste en août 2013. Une décision que Miled condamne : "Tous ne sont pas terroristes, Ennahda a été trop dur avec les salafistes." Il tient à se déplacer le jour des élections, votera sans doute blanc. Même déçu, il concède : "Si je vote, ce sera pour Ennahda, c'est le seul parti qui n'écarte pas la religion de la vie publique, mais j'attends qu'elle retrouve sa place."
En mai 2012, lorsque les salafistes débarquent à Kairouan, Moataz, lui, préfère quitter la ville. Il reconnaît avoir été inquiet. Depuis sa création au printemps 2012, il est impliqué dans Nidaa Tounes, le parti créé par Béji Caied Essebsi, 87 ans, ministre sous Bourguiba, président du Parlement sous Ben Ali, et aujourd'hui principal leader de l'opposition à Ennahda. Il n'a pas voté en 2011 : "Je n'étais pas convaincu par les autres partis, les zéros virgules [en référence au faible score qu'ils ont obtenu, NDLR] vont commettre les mêmes erreurs : seul Nidaa est capable de battre Ennahda. Ceux-ci ont joué sur la peur de l'ancien régime, se sont posés en victimes ou ont parlé au nom des pauvres, mais aujourd'hui le masque est tombé."
 

Retour de l'ancien régime

À Kairouan, 61 listes s'affronteront le 26 octobre prochain pour 9 sièges à l'Assemblée. La plupart sont inconnues, leur nombre très important accroît la confusion des Kairouannais. "Avec des listes éparpillées, c'est le plus fort qui va gagner", juge Inès, psychiatre. Elle ne votera pas pour Ennahda cette fois-ci, mais pas non plus pour Nidaa Tounes : "Il y a des têtes que je ne veux pas revoir. Pour eux comme pour la plupart des partis, à part être anti Ennahda, le programme n'est pas clair. Ennahda a fait des erreurs, mais on leur a mis beaucoup de bâtons dans les roues."
Sur un mur d'école, un quadrillage de peinture noire, un homme vient de badigeonner une affiche de colle blanche, dans une des cases juste en dessous, le programme du parti de la modernité. Il se présente : Abderraouf Bazaoui, avocat président du parti et tête de liste. Il raconte ses années dans les structures du RCD, le parti de Ben Ali. Ses mandats de député de Kairouan, puis sa mise au placard lorsqu'il perd les élections du comité central, frauduleuses selon lui. Plusieurs cadres de l'ancien régime se sont portés candidats pour ces élections. À Kairouan, le nom de Mohamed Ghariani, originaire de la ville, est souvent prononcé. L'ancien secrétaire du RCD ne se présente sur aucune liste, mais il a été "recruté" par Nidaa Tounes, plus précisément comme conseiller politique de Béji Caied Essebsi, son président. Un ralliement qui fait des remous à l'intérieur même du parti. "Ghariani a tout un carnet d'adresses qui peut être très utile à Nidaa", estime Abderraouf Bazaoui.
Abdel est un guide non accrédité par le ministère, un de ceux qui abordent les touristes, comme un habitant dévoué qui se propose de les orienter, puis finit par monnayer ses services. Il vient de repérer un groupe de motards italiens qui achève une excursion dans le sud et tente d'attirer leur attention. "J'ai vendu des tapis pendant 21 ans, depuis 2013, le tourisme est mort, c'est fini. Tout le monde a voté pour Ennahda, on croyait qu'ils étaient propres. Il n'y a plus de travail. Le prix du kilo de viande a doublé ! Je suis perdu avec toutes ces listes. Je vais voter Béji car il connaît bien les Tunisiens, il a de l'expérience depuis Bourguiba. De toute façon, nous ne sommes plus au temps de Ben Ali. On choisit quelqu'un pour cinq ans ; si ça va, il continue. Sinon, il s'en va..."
 
(20-10-2014 - Par )

dimanche 19 octobre 2014

Palestine : AL-Quds au cœur de la Palestine et de la nation. Soutien à la résistance maqdisie palestinienne

La bataille sur la souveraineté de la mosquée al-Aqsa, et sur la ville d’al-Quds par extension, est-elle engagée ? C’est ce que semblent prouver les récentes mesures prises par l’occupation, profitant des fêtes juives, pour fixer de nouvelles règles, la première étant l’instauration de la souveraineté sioniste sur un des lieux saints les plus prestigieux du monde arabo-musulman. Profitant des guerres inter-arabes, de la nouvelle guerre déclenchée par les impérialismes contre la région, sous couvert de combattre « Daesh », et de la soumission de l’Autorité palestinienne à la « communauté internationale », les autorités de l’occupation ont lancé une véritable guerre contre la présence palestinienne dans al-Quds et notamment dans la mosquée al-Aqsa. Ce faisant, elles se vengent de la défaite cuisante de l’entité coloniale que la résistance palestinienne a asséné à Gaza, au cours des mois de juillet et août, en prenant pour cible les Maqdissis, les femmes et les hommes, les jeunes et les enfants. Des rapports alarmants signalent la torture des enfants palestiniens dans les prisons et les centres d’arrestations et le nombre des Palestiniens arrêtés au cours de ces derniers mois montre que, même sans la couverture arabe et musulmane requise, les Maqdissis ont décidé de résister et d’affronter l’occupant, sur chaque parcelle de la ville d’al-Quds, et dans chaque maison. Le visage hideux de la colonie sioniste n’est plus à démontrer. Le calme colonial ne règne pas sur la ville d’al-Quds.

I - Al-Quds occupée : asphyxie et purification ethnico-religieuse

L’entité coloniale poursuit ses crimes en chassant les bédouins palestiniens de la région maqdissie, pour agrandir ses colonies de peuplement et entièrement judaïser la région d’al-Quds. Les bédouins palestiniens furent déjà expulsés en 1948 de la région d’al-Naqab, après son occupation. Les autorités sionistes planifient d’étendre la zone coloniale A1 et d’expulser 15000 Palestiniens qui y vivent vers la région d’Ariha, et encercler la ville d’al-Quds par une présence juive massive. La zone A1 visée a une superficie de 12 kms2, et les autorités coloniales y ont déjà détruit plus de 23 villages bédouins, soit 350 maisons et de nombreuses écoles ont été fermées.
Les colons protégés par la police de l’occupation s’emparent le 30 septembre de 10 immeubles et maisons dans le quartier de Selwan, appartenant aux familles Beydoun, Karaki, Abu Sbeih, Zawahra, Abbassi, Khayat, Qara’in, Yamani.
L’occupant oblige un Maqdissi à démolir sa maison, dans la quartier Soueih, région de Ras al-Amoud, près de la mosquée al-Aqsa, sous le prétexte que la maison n’a pas été autorisée par l’occupation.
L’administration coloniale a l’intention de construire 600 unités d’habitation  dans les colonies installées dans al-Quds, Maale Adumim et Gilo, Neve Yakob et Pesgat Zeev, Har Homa.
Les tombes fictives : depuis plusieurs années, les autorités de l’occupation construisent un peu partout sur la terre de Palestine des « tombes fictives » pour prétendre que les Juifs ont habité et sont morts en Palestine occupée. La dernière en date de cette falsification historique est la plantation de tombes fictives sur le terrain Saloudha, prétendant qu’il est un cimetière juif. Ce terrain de 34 dunums appartenant au waqf musulman est menacé d’expropriation, depuis les années 80. Le 28 septembre, un groupe de colons tente de planter des tombes fictives dans le quartier Wadi Rababa, à Selwan, au sud de la mosquée al-Aqsa. En parallèle, l’occupant détruit les tombes des musulmans comme il l’a fait le 21 septembre en détruisant 20 tombes appartenant à des familles maqdissies dans le cimetière Youssefiya, près de la porte al-Asbat.
Le chercheur maqdissi, Hayel Soundouqa a déclaré que les autorités de l’occupation ont acceléré la judaïsation dans l’ancienne ville d’al-Quds. 170 unités de colonisation se trouvent à l’intérieur de la ville intra-muros, avec 4500 colons. Les Maqdissis sont par contre pourchassés et leurs maisons démolies.
Le président de l’Union des parents d’élèves dans la ville d’al-Quds, Abdel Karim Lafi a mis en garde contre la détérioration des écoles, au niveau des bâtiments et du programme scolaire imposé par l’occupation. Il a signalé le manque de 3055 classes dans les écoles d’al-Quds, et depuis l’année scolaire 2011-2012, les programmes scolaires ont été modifiés pour correspondre à l’idéologie de l’occupation. Des pressions sont exercées sur les directions des écoles palestiniennes pour qu’elles adoptent les programmes sionistes. Il a de même dénoncé la répression des enfants et élèves, qui sont assassinés (Mohammad Abu Khdayr, Mohammad Sonoqrot et Malak Abu Sanina) ou arrêtés.

II – Al-Quds occupée : répression

Un sondage d’opinion parmi les sionistes montre que 84% d’entre eux appuient la fermeture de la mosquée al-Aqsa face aux fidèles musulmans lors des fêtes juives, c’est-à-dire lorsque les sionistes profanent la mosquée. Le ministre de l’intérieur dans la colonie menace de fermer la mosquée face aux fidèles, pour la première fois depuis son occupation en 1967.
Des responsables du mouvement islamique dans les territoires occupés en 48 ont déclaré que des parties arabes ont récemment fait pression sur leur mouvement et proposé de cesser les cours dispensés dans la mosquée al-Aqsa (Massateb al-‘ilm, programme d’études qui assure une présence permanente dans la mosquée, en vue de la protéger contre les colons) en contrepartie de reculer le moment du partage de la mosquée. Ces parties arabes non spécifiées agissent pour le compte de l’occupation. Elles ne font que répéter l’intervention des « parties arabes » lors de la révolution de 36-39, qui a abouti à faire avorter la révolution contre les Britanniques et les sionistes à la fois.
Le premier ministre sioniste, Netanyahu, réclame une main de fer contre les Palestiniens, accusés de troubler la tranquillité de l’institution occupante. En réunion avec la police coloniale, il a réclamé une répression plus féroce contre les jeunes et les enfants, et les manifestations et marches qui se sont multipliées ces derniers mois. Juste après, les policiers ont attaqué les fidèles dans la mosquée al-Aqsa, et ont profané la mosquée al-Qibali qui s’y trouve, en lançant des grenades sur les fidèles. De violents affrontements ont eu lieu à l’intérieur de la mosquée, où les Palestiniens ont résisté autant que possible.
Parmi les prisonniers maqdissis détenus, Samer et Shirine Issawi. Samer Issawi avait mené la plus longue grève de la faim pour réclamer sa libération (272 jours), et Shirine, sa sœur, ancienne détenue et avocat. Le 23 juin dernier, Samer et Shirine Issawi sont arrêtés dans le cadre de la répression sauvage qui a touché la ville d’al-Quds et plusieurs villes de la Cisjordanie, avant et après l’agression contre Gaza. Aujour’hui, l’état de santé de Samer Issawi est en train de se détériorer.
Amjad Abou Mos’ab, président du comité des familles des prisonniers dans la ville occupée d’al-Quds a signalé que depuis l’assassinat du jeune Mohammad Abu Khdayr, 700 Maqdissis ont été arrêtés, et 120 d’entre eux sont toujours détenus et ceux qui ont été libérés sont souvent sous ordre administratif de détention à domicile. Il a rappelé qu’il y a 270 prisonniers maqdissis, dont 36 condamnés à la perpétité, et 5 condamnés à plus de 20 ans de prison, et parmi ces prisonniers, deux femmes et 250 enfants (fin septembre).
Un enfant âgé de 9 ans est arrêté le 24 septembre dans le quartier Jabal Zaytoun, accusé de lancer des pierres sur un véhicule de colons. L’enfant Mohamad Khaled Zaghal, 11 ans, a également été arrêté après que des colons aient tenté de l’enlever. L’enfant a été accusé de lancer des pierres. Les forces armées sionistes ont reconnu avoir arrêté pendant une semaine du mois de septembre 64 Maqdissis, dont 53 mineurs.
Les forces de l’occupation arrête le 7 octobre 6 jeunes Maqdissis près de la porte Hatta, qui donne accès à la mosquée al-Aqsa. Elles ont également arrêté le jeune Louay Rajabi, à Selwan, qui fut lourdement tabassé. Deux autres jeunes Ali Daana et Mohammad Dweik, âgés de 19 ans, ont été arrêtés à Selwan. Le 9 octobre, le jeune Mrad Ashhab de la vieille ville d’al-Quds et l’enfant Abdel Rahim Khatib (15 ans) sont arrêtés. Le 20 septembre, deux journalistes, Ahmad Barahma et Riad Qadria sont arrêtés au barrage « Zaïm » à l’est de la ville d’al-Quds, et brutalement frappés alors qu’ils organisaient une tournée de journalistes. Le 21 septembre, trois femmes sont arrêtées dans la mosquée al-Aqsa après avoir glorifié Allah le Très-Haut lors du passage de colons qui profanaient la mosquée.
Le 12 octobre, quatre Maqdissis sont arrêtés à She’fat, au nord d’al-Quds, pour « jets de pierre », disent les sionistes. Le 13 du même mois, un enfant de 15 ans est arrêté dans la vieille ville pour le même motif.
Un colon « israélien » écrase sciemment le 25/9 l’enfant maqdissi Adam Rishq, âgé de 10 ans, à Selwan.
La pratique d’éloigner des fidèles de la mosquée al-Aqsa ou des Maqdissis de la ville d’al-Quds se poursuit : le 13 octobre, Nihad Zghayar a été éloigné pour une durée de deux mois de sa mosquée.
Les forces de l’occupation poursuivent les cars transportant les fidèles se dirigeant des villes et villages de la Palestine occupée en 48 vers al-Quds et la mosquée al-Aqsa. Le 17 septembre, un car en provenance de la ville de Sakhnine en Galilée est arrêté et les Palestiniens sommés d’en descendre. Après leur refus, le car est encerclé pendant 5 heures et empêché de poursuivre sa route.
Le 24 septembre, jour prévu pour la profanation de la mosquée al-Aqsa par les sionistes, les forces armées sionistes investissent la mosquée et tirent sur les fidèles, faisant 30 blessés.
 
III - Al-Quds occupée : les lieux saints

La mosquée al-Aqsa est en cours de judaïsation. Les occupants procèdent à son partage entre musulmans et juifs, dans le temps et dans l’espace, comme ils ont fait pour la mosquée al-Ibrahimi dans la ville d’al-Khalil. La police de l’occupant réprime les fidèles, notamment lors des fêtes juives, période pendant laquelle l’entité coloniale a décidé que ce sont les juifs qui doivent s’y trouver. C’est ainsi que tout au long de la première moitié du mois d’octobre, les forces sécuritaires de l’entité coloniale ont interdit aux fidèles d’entrer dans leur mosquée. Mais ces derniers ont refusé l’ordre colonial et ont affronté les sionistes, aux alentours et à l’intérieur même de la mosquée. Les forces sécuritaires de l’occupation ont encerclé pendant plusieurs jours la mosquée pour empêcher les fidèles d’y prier, surtout les hommes de moins de 60 ans et les femmes de tout âge.
La mosquée al-Qibali est envahie par les forces coloniales, ses fenêtres en verre sont brisées et les bombes sonores et brûlantes sont lancées contre les fidèles, blessant une vingtaine d’entre eux et incendiant des tapis. Après être parvenues à chasser tous les fidèles de la mosquée, les forces coloniales de l’occupation autorisent 70 colons à profaner la mosquée.
Le 9 octobre, des dizaines de colons envahissent le quartier Hawsh Shehabi, à proximité de la mosquée al-Aqsa, pour pratiquer des rituels talmudiques.
Au même moment, la police de l’occupation confisquait les cartes d’identité d’un grand nombre de jeunes, qui devaient aller les récupérer au poste d’interrogatoire d’al-Moskobiyya. Le 10 octobre, les fidèles ont été obligés à accomplir les prières sur l’asphalte, devant la mosquée al-Aqsa, qui leur fut interdite.
Le 13 octobre, les forces de l’occupation interdisent, dès l’aube, aux fidèles d’entrer dans leur mosquée, fermant toutes les portes y conduisant, pendant qu’elles permettaient à 158 colons dirigés par le député fasciste Moshe Feglin de la profaner. Elles avaient d’abord tenu à expulser tous les fidèles restés dans la mosquée pendant la nuit, et coupé le courant électrique dans la mosquée al-Qibali.
Le 14 octobre, 30 membres des services sécuritaires sionistes et 200 colons profanent la mosquée, en entrant du côté de la porte de Maghariba. Ils sont reçus par des « Allah Akbar » des fidèles, qui étaient présents dans la mosquée.
L’entité sioniste envisage de transformer les places à l’intérieur de la mosquée al-Aqsa (appelée communément esplanade des mosquées) en un espace public, placé sous l’autorité de la municipalité de l’occupation, afin que les touristes et colons religieux puissent y entrer en toute liberté. Cet espace « public » sera notamment envahi par différentes constructions religieuses juives, prélude à la profanation régulière de la mosquée. C’est ce plan que les sionistes veulent faire accepter par les Palestiniens, par les armes et la répression.
« L’occupant prépare un scénario clair, en faisant entrer les colons juifs et les touristes étrangers dans la mosquée al-Aqsa » dit Abu Layl, second vice-président du mouvement islamique dans les territoires occupés en 48. « Les tourites étrangers semblent être formés à ces événements, ce qui signifie qu’ils font partie du complot, car des touristes normaux fuient les troubles mais ceux-ci s’arrêtent pour prendre des photos » (24 septembre)
Profanation de la mosquée al-Aqsa par 117 colons le 24 septembre et 217 colons le 30/9, par 152 membres des services sécuritaires sionistes le 22 septembre et le 23/9, les femmes sont interdites d’entrer dans leur mosquée.
Sheikh Najeh Bkayrat, précédent directeur de la mosquée al-Aqsa, a dénoncé les tunnels construits autour et sous la mosquée al-Aqsa, affirmant que le creusement des tunnels falsifie et menace l’histoire et détruit les vestiges musulmans et palestiniens, et que ces tunnels bafouent l’accord de La Haye de 1951 qui stipule que l’occupant ne doit pas modifier le caractère humain et civilisationnel des les terres occupées.
 
IV - Al-Quds occupée : résistance palestinienne

De nombreuses opérations de jets de pierre contre les colons et contre le tram ont lieu depuis plusieurs mois. La direction du tram a décidé de réduire les voitures en circulation, 14 voitures ayant été supprimées sur les 23. D’après le quotidien sioniste Haaretz, la compagnie du tram a subi de lourdes pertes, et les colons craignent de s’en servir pour leurs déplacements. De même, le tourisme sioniste est en baisse, depuis deux mois.
Le quotidien sioniste Haaretz mentionne dans un article que les affrontements permanents dans la ville d’al-Quds tracent « une ligne de la peur » et que les Maqdissis ont tracé une ligne séparant les deux parties de la ville, avec les jets de pierre, puisque 100 « incidents » de jets de pierre ont été signalés sur le tram qui transporte les colons. De son côté, le maire de la municipalité de l’occupation, Nir Barakat a souhaité cacher les informations relatives aux jets de pierre contre le tram, pour ne pas apeurer les colons.
Des soldats et des garde-frontières ont été blessés le 11 octobre par les pierres lancées par les jeunes Maqdissis.
Le haut comité de suivi des masses arabes dans les territoires occupés en 1948 a appelé à une mobilisation générale le mercredi 15 octobre, afin d’empêcher les colons de profaner la mosquée al-Aqsa. La marche spectaculaire des Palestiniens a permis l’ouverture des portes de la mosquée, fermées par l’occupant.
Pour empêcher les colons de profaner la mosquée al-Aqsa à la date du 24 septembre, des centaines de fidèles y entrent pour la prière du ‘isha et y restent toute la nuit, parmi eux des dirigeants du mouvement islamique des territoires occupés en 48. Pendant plusieurs jours, les fidèles musulmans ont pris place dans les pourtours de la mosquée al-Aqsa qui leur est interdite pour accomplir leurs prières, devant les barrages installés par les forces armées sionistes.
Khaled al-Batch, dirigeant au mouvement du Jihad islamique en Palestine, a déclaré que ce qui se déroule actuellement dans la ville d’al-Quds et la mosquée al-Aqsa est un défi lancé à la nation arabo-islamique. Quant à Khalil al-Hayya, dirigeant au mouvement Hamas, il a affirmé que la recrudescence des attaques sionistes contre la mosquée al-Aqsa va accroître la fermeté et la volonté des Palestiniens à la défendre et la protéger. De son côté, le secrétaire général adjoint du mouvement du Jihad islamique en Palestine, Ziyad Nakhalé, a déclaré que la mosquée al-Aqsa représente la ligne directrice du combat contre le projet « israélien ». Il a insisté sur la nécessité de se mobiliser pour que la libération d’al-Quds et de la Palestine soit la ligne directrice de l’unité de la nation.
Le 10 octobre, les jeunes étudiants d’Abu Dis lancent des pierres contre les soldats de l’occupation, venus les provoquer aux abords de l’Université. Des affrontements ont suivi.
Le bloc islamique dans les universités en Cisjordanie (bloc du Hamas) lance la campagne « Etudiants pour al-Aqsa » pour soutenir et défendre la mosquée.
Sheikh Ikrima Sabri réclame le maintien des institutions palestiniennes dans la ville d’al-Quds, qui ont tendance depuis plusieurs années à s’installer à Ramallah, pour fuir la répression coloniale. Pour lui, cette répression vise à judaïser la ville d’al-Quds en la vidant de toute présence palestinienne.
 
"Baladi"
N°13 – octobre 2014

Moyen-Orient : La Turquie résiste aux appels à la lutte antijadiste, au grand dam de ses alliés

La Turquie continue à faire la sourde oreille à ses alliés qui la pressent de jouer un rôle plus actif dans la lutte contre la menace jihadiste, au risque de voir se détériorer un peu plus son image déjà écornée par les récentes dérives de l'ère Erdogan.
La guerre qui ravage la Syrie a placé Ankara au banc des accusés. Le refus de son gouvernement de voler au secours de la ville syrienne kurde de Kobané, assiégée par le groupe Etat islamique (EI) à une poignée de kilomètres de sa frontière, lui vaut depuis quelques semaines incompréhensions, critiques et menaces.
Mais la Turquie refuse obstinément d'ouvrir sa base aérienne d'Incirlik (sud) aux avions de la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis qui bombardent l'EI, et encore plus d'engager militairement ses propres troupes.
Son Premier ministre islamo-conservateur, Ahmet Davutoglu, a répété cette semaine qu'il ne cèderait pas aux appels à l'aide lancés à son pays. "Tout ceci n'a rien à voir avec le sort de Kobané. Il ne s'agit que de faire pression sur la Turquie grâce à Kobané", a-t-il dit, "mais la Turquie n'a aucun goût pour les aventures".
Passablement irrité par les reproches de ses principaux alliés, M. Davutoglu s'est permis de leur rappeler leurs propres ratés dans la lutte contre les jihadistes, et que son pays accueillait déjà plus d'un million et demi de réfugiés syriens.
"Personne n'a le droit de nous faire la leçon", a-t-il lancé.
Comme le soulignent les analystes, Ankara a toutes les raisons de ne pas s'engager dans une opération militaire à l'issue improbable chez ses voisins syrien ou irakien.
Une guerre contre les jihadistes "serait désastreuse pour la Turquie", estime Hugh Pope, de l'ONG International Crisis Group. "Ses frontières sont poreuses, elle est vulnérable à une attaque terroriste et une partie significative de son électorat sunnite et conservateur ne considère pas l'EI comme un ennemi", souligne-t-il.
"Les pays occidentaux devraient s'abstenir de forcer la Turquie à intervenir pour sauver la Syrie s'ils ne veulent pas découvrir un beau matin que la Turquie a été engloutie dans le bourbier syrien", insiste M. Pope.
Le président turc Recep Tayyip Erdogan a posé une série de conditions très strictes à une éventuelle opération militaire, notamment la création d'une zone-tampon doublée d'une zone d'exclusion aérienne dans le nord de la Syrie.
Mais surtout, il rappelle à chaque occasion que l'objectif numéro 1 de toute intervention doit être la chute du président syrien Bachar al-Assad, sa bête noire.
"La chute d'Assad n'est clairement pas une priorité des Occidentaux", relève Marc Pierini, analyste à la fondation Carnegie Europe et ex-ambassadeur de l'Union européenne en Turquie, et la zone d'exclusion aérienne "une bonne idée d'autrefois".
Derrière ses réticences à s'engager contre l'EI se cache aussi la volonté d'Ankara de ne pas renforcer la main des Kurdes de Syrie, à la pointe du combat antijihadiste et par ricochet leurs "frères" turcs du Parti des travailleurs du kurdistan (PKK), qui mènent une guérilla sécessionniste en Turquie depuis 1984.
Ces derniers jours, M. Erdogan a ainsi mis le PKK et l'EI dans le même sac "terroriste", alors même que Washington se rapproche des Kurdes syriens.
"Les réalités politiques de la région changent vite et offrent de nouvelles opportunités", juge M. Pierini, notamment celle d'un rapprochement entre Turcs et Kurdes de Syrie. "Une telle alliance protégerait le processus de paix de la Turquie avec +ses+ Kurdes et la prémunirait à sa frontière de la menace de l'EI".
Mais dans le climat actuel, beaucoup doutent que la Turquie accepte un tel revirement et encore plus qu'elle cède aux pressions de ses alliés de l'Otan.
Depuis la répression de la fronde antigouvernementale de juin 2013, l'image de M. Erdogan a pâlit chez les Occidentaux, qui s'inquiètent de sa dérive autoritaire et islamiste. Et sa sortie, cette semaine, contre les nouveaux "Lawrence d'Arabie" qui déstabilisent la région et son pays e les a pas rassurés.
"La participation de la Turquie à la coalition (...) souligne une nouvelle fois l'appartenance problématique de ce pays à l'Otan", juge l'éditorialiste du quotidien d'opposition Zaman, Lale Kemal.
"Le refus d'autoriser l'accès à sa base d'Incirlik (...) est désormais une question de fierté", conclut-elle, "Ankara ne veut pas être vue comme cédant à la pression américaine".

(18-10-2014)

Irak : Les ministres de la Défense et de l'Intérieur approuvés

Le Parlement irakien a approuvé samedi la nomination d'un musulman sunnite comme ministre de la Défense et d'un chiite comme ministre de l'Intérieur, a annoncé la télévision publique, dans le cadre de la constitution d'un gouvernement plus représentatif à opposer aux insurgés de l'Etat islamique.
Le portefeuille de la Défense est attribué à Khaled al Obeidi, un sunnite de Mossoul, ville du nord de l'Irak passée sous le contrôle de l'Etat islamique.
Le portefeuille de l'Intérieur échoit à Mohamed al Ghabban, membre de l'Organisation Badr, puissant parti politique chiite doté d'une aile militaire.
Le nouveau ministre de la Défense est membre du parti du vice-président irakien Oussama al Noudjaifi. C'est également un proche du frère du vice-président, Asil al Noudjaifi, gouverneur de la province de Ninive, envahie par les forces de l'Etat islamique.
Le choix de Mohamed Al Ghabban est considéré comme un compromis : le chef de Badr, Hadi al Amri, n'avait pas été accepté par les partis sunnites.

(18-10-2014 - Avec les agences de presse)

Liban/Syrie : Le Liban refusera, sauf exception, les réfugiés syriens

Le gouvernement libanais a fortement réduit le nombre de réfugiés syriens autorisés à entrer dans le pays, ont confirmé les Nations unies et le ministre libanais des Affaires sociales.
Au Liban, un habitant sur quatre est réfugié, ce qui en fait le pays accueillant le plus de réfugiés au monde en proportion de sa population. La plupart d'entre eux vivent dans les zones les plus pauvres.
Depuis le début de la guerre civile en Syrie, plus d'un million personnes ont fui au Liban. Le gouvernement libanais a dit ne plus pouvoir faire face à cet afflux et a demandé une aide financière.
Après une augmentation régulière du nombre d'entrée au Liban depuis le début 2012, les chiffres des Nations unies montrent une baisse d'environ 40.000 réfugiés depuis la fin septembre.
"Beaucoup moins de gens sont autorisés à entrer pour obtenir le statut de réfugiés qu'à l'habitude", a déclaré samedi Ninette Kelley, représentante pour le Liban du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).
Sauf cas grave, "le Liban ne reçoit officiellement plus de réfugiés syriens", a confirmé le ministre des Affaires sociales Rachid Derbasselon dans des commentaires publiés dans le journal libanais Al Akhbar daté de samedi.
"Toute personne passant la frontière syro-libanaise sera interrogée et devra avoir une raison humanitaire pour pouvoir entrer. Cela sera décidé par les ministères de l'Intérieur et des Affaires sociales", ajoute-t-il sans autre précision.
Selon Ninette Kelley, les critères utilisés pour interdire ou autoriser le passage à la frontière n'ont pas été publiés.
Un sentiment anti-syrien s'est développé au sein de la population libanaise. Les Libanais accusent pêle-mêle les réfugiés de prendre leur emploi, de tirer les salaires à la baisse et de provoquer une surpopulation des écoles et des hôpitaux.
Les politiques craignent aussi que cet afflux de réfugiés majoritairement sunnite ne fragilise l'équilibre précaire trouvé par le Liban entre ses différentes communautés religieuses musulmanes et chrétiennes.

(18-10-2014)

Israel/Palestine : Beitunia

Palestinian protesters run amid smoke to take cover after Israeli security forces fire tear gas during clashes close to the Israeli Ofer military prison.
(Photograph: Abbas Momani)

Moyen-Orient : La situation au Liban et dans la région arabe (Marie Nassif-Debs)

Le Monde arabe se trouve, aujourd’hui, à l’orée de deux chemins. Le premier étant celui des soulèvements et des révolutions populaires qui ont fait tomber, en Egypte et en Tunisie, les têtes des régimes soutenus par l’impérialisme et qui tentent d’œuvrer à des réformes et des changements dans beaucoup de pays, y compris certains pays du Golfe, tels le Kuweit et le Bahreïn, par exemple, même si certans tentent de donner au mouvement bahreïni des caractéristiques chiites pro iraniennes,  oubliant par là la coalition dans laquelle les communistes et autres démocrates sont bien présents tant par leur militants que par leur programme. Quant au second, il est suivi par les forces de la contre-révolution qui, sous l’égide de l’impérialisme, étasunien notamment, tentent par tous les moyens de reprendre en main les positions perdues et de consolider celles, branlantes, des émirats, des monarchies ou des républiques bananières que l’ex colonialisme britannique (et aussi français) avait mis en place sous deux signes : une inféodation complète sur le plan politique et une économie rentière basée sur les revenus du pétrole et du gaz dont la majeure partie est utilisée pour acheter des armes sophistiquées (qu’il leur est interdit d’utiliser sans l’avis des Etats-Unis), mais aussi pour financer les groupes terroristes (depuis le wahhabisme jusqu’à DAECH » en passant par Al Qaeda) et une autre, répartie entre les familles au pouvoir. Par contre, rien n’est prévu pour le développement et très peu pour les acquis sociaux (appelés dons du roi ou de l’émir ou du président à vie).

Dans ce contexte, nous pouvons prévoir que la région arabe toute entière sera le théâtre de conflits meurtriers, et cela pour une décade au moins. Et, puisque le Liban, de par sa position stratégique (ventre mou de la Syrie et s’opposant aux ingérences d’Israël) mais aussi économique (découverte du gaz et du pétrole, en plus de son importance financière et bancaire)  est le pays qui rassemble en lui toutes les contradictions du Monde arabe, surtout sur le plan confessionnel, nous pouvons prévoir qu’il sera le plus affecté par les événements qui se déroulent à ses frontières, mais aussi en Irak, et que la guerre civile.  

Quant aux problèmes qui seront mis en avant durant cette période, nous pouvons citer les suivants :

● D’abord, le terrorisme revêtant un aspect de lutte religieuses et qui, en réalité, est le produit direct de la crise du capitalisme et de son appui à toutes formes d’agression et de dictatures au Moyen Orient, à commencer par Israël et les régimes  qui sont tombés en Egypte et en Tunisie , et sans oublier ni la Turquie ou l’Arabie saoudite ou les autres monarchies et républiques islamiques. D’ailleurs, l’impérialisme a souvent utilisé le terrorisme comme alibi afin d’investir la région, et c’est là que réside le but de la nouvelle intervention impérialiste sous le couvert de la lutte contre le terrorisme que l’impérialisme a aidé à créer, depuis l’Afghanistan où son rôle fut de déstabiliser la présence soviétique et le gouvernement afghan, et jusqu’en Irak et en Syrie, où son rôle est de créer des foyers de tension confessionnelle (sunnite – chiite) qui détourneraient l’attention de ce qui se passe en Palestine occupée, d’une part, tout en détournant l’attention, d’autre part, du danger constitué par Israël et ses politiques en Palestine, au Liban, en Syrie et jusqu’en Irak et au Sud du Soudan.

● Ensuite, cette nouvelle intervention viserait à changer les frontières établies à la fin de la seconde guerre mondiale et à la suite de la partition de la Palestine, surtout avec les découvertes nouvelles de grands gisements de gaz et de pétrole dans le bassin oriental de la Méditerranée,  dans les eaux territoriales libanaises et celles de Gaza, en particulier, et que les sociétés pétrolières des Etats-Unis tentent d’accaparer en s’aidant de l’alliance qui les lient à Israël, d’une part, et à la Turquie, de l’autre. Dans ce contexte, se placent les tentatives israéliennes soutenues par les Etats-Unis, visant à liquider la cause palestinienne à partir des guerres continues, du blocus et des déplacements de populations, surtout au Naqab.

● A cela s’ajoutent les foyers de tension en Irak et en Syrie. Et, nous pensons que ces deux crises seront longues et meurtrières, non seulement à cause des groupes terroristes islamiques, non seulement à cause des mouvements de déplacements forcés de populations, mais pour reformer la structure de ces pays-clés en les divisant en trois mini Etats, l’un et l’autre. Cette division se précise de pus en plus en Irak, tandis que Washington, aidé de l’Arabie saoudite, du Qatar et de la Turquie, prépare les nouvelles frontières en Syrie et croit pouvoir émietter ce pays en jouant les deux cartes de « l’armée libre » et des terroristes.

● Cela nous amène à parler du nouveau projet dit du « Moyen Orient », basé sur la création de nouveaux mini Etats sur la seule base de l’appartenance religieuse, ou, plutôt, confessionnelle. Ce nouveau Moyen Orient, dans lequel le Monde arabe sera noyé et où on ne parlera que de religions comme bases. Ce qui mettra Israël, « Etat des Juifs dans le Monde », au centre d’un monde arabe éclaté et, donc, inexistant. Il n’y a qu’à lire les propos de deux ministres des affaires étrangères des Etats-Unis, Zbigniew Brezinski et Henri Kissinger pour avoir une idée nette de ce qui se prépare pour cette région du monde, importante sur le plan économique, dans un monde capitaliste en crise, et sur le plan géostratégique, dans un monde où le monopole du leadership de Washington cède la place au  bipolarisme qui  revient avec le BRICS. Sans oublier les pays regroupés autour de l’Accord de Shanghai et des nouveaux accords en Eurasie.

 Cependant, l’atout principal demeure le mouvement de libération qui s’est créé à la suite de janvier 2010 dans tout le Monde arabe et où la présence de la gauche devient de plus en plus tangible, tant par les fronts de lutte que nous avons vu naitre en Tunisie, en Egypte, au Soudan, en Jordanie, au Kuweit…etc., que par la création du « Forum de la gauche arabe ».

Voila  pourquoi, le PCL considère que le Monde arabe se trouve actuellement, et malgré la partie visible de l’iceberg qui donne l’impression qu’il y a une guerre globale contre le terrorisme au Moyen Orient, au commencement d’une révolution nationale démocratique, vu la relation étroite entre les problèmes de libération, de progrès et de développement qui y sont posés. Libération et changement. Voilà, d’ailleurs, pourquoi nous avions commencé notre intervention en parlant des soulèvements et de l’impact qu’ils continuent à avoir, même si le plus pressé auquel on doit parer, aujourd’hui, est le front anti terroriste qui doit mettre fin à toutes formes de terreur, surtout au Liban très influencé par la situation syrienne, pour ne pas dire que cette situation fait partie intégrante de notre pays, surtout à cause de la guerre que les terroristes mènent sur nos frontières et des cellules terroristes cachées parmi les populations civiles syriennes qui ont fui leur pays et dont le nombre dépasse un million et demi. D’ailleurs, le terrorisme profite du fait que le système politique libanais est basé sur les quotas religieux et confessionnels et que les institutions sont presque toutes paralysées de par le fait que les deux factions de la bourgeoisie (celle liée à l’Arabie saoudite et celle liée à la Syrie et a l’Iran) sont impliquées dans la guerre en Syrie et attendent la suite des événements avant de procéder à renouveler les instances dirigeantes qui les représentent. D’où, nous vivons sans président de la République, sans parlement élu et avec un gouvernement divisé en deux parties égales entre les deux factions de la bourgeoisie et, par suite, incapable de prendre une décision sans l’aval de tous ses membres.  
 Dans une telle conjoncture, et partant de notre définition de la période dans laquelle nous vivons, à savoir une période de révolution nationale démocratique, liant la libération à la lutte politique et sociale, le PCL trouve que la lutte pour faire aboutir cette révolution doit prendre ne considération la mise en route d’un programme politico-socio- économique qui répondrait aux aspirations du peuple de libanais et aiderait la lutte des peuples arabes et, par extension, les peuples du Moyen Orient, parce que nous considérons que le changement dans notre pays doit tenir compte des facteurs tant internes qu’externes et que la généralisation de l’offensive terroriste, tant impérialiste directe que menée par des groupes islamistes voulant instaurer le califat, doit pousser encore plus les forces de démocratie et de changement à coordonner leurs efforts, afin de finir avec les projets impérialistes et autres et de reprendre en main la gestion de l’avenir de nos peuples et de leur permettre de profiter des richesses que recèle notre terre. Richesses volées par les oligarchies mises en place et, surtout, par l’impérialisme auquel elles sont inféodées.

Marie Nassif-Debs,
(90ème anniversaire du PCL, Paris, 15 octobre 2014)