lundi 29 juillet 2013

Tunisie : À Sidi Bouzid, le foyer de la désobéissance au pouvoir se rallume

La police a tiré lundi des gaz lacrymogènes destinés à disperser des manifestants réunis à Sidi Bouzid dans le centre-ouest de la Tunisie pour réclamer la chute du gouvernement dirigé par les islamistes. La police a fait usage de gaz lacrymogènes lorsque les manifestants, rassemblés devant le gouvernorat (préfecture) et scandant des slogans contre Ennahda, le parti islamiste au pouvoir, ont commencé à lui lancer des pierres, selon la même source.
Des centaines de protestataires se sont rassemblés dès 7 heures, avant de tenter d’interdire l’accès des fonctionnaires au siège du gouvernorat protégé par l’armée, à la reprise du travail lundi. Opposants et habitants de cette ville natale de l’opposant Mohamed Brahmi assassiné jeudi et qui a donné naissance au soulèvement de 2011 ont réclamé le départ du gouverneur (préfet), un proche d’Ennahda. "Ghannouchi assassin", À bas le parti des Frères (musulmans), à bas les tortionnaires du peuple", ont-ils scandé.
Samedi, la ville a entamé un mouvement de désobéissance encadré par le Front populaire (alliance de la gauche et nationalistes) et la section régionale de la centrale syndicale UGTT. Un conseil des notables a été mis en place pour la gestion des affaires de leur cité jusqu’à la chute du pouvoir actuel, mot d’ordre partagé dans tout le pays. Des conseils similaires ont été créés dans trois localités dépendant du chef-lieu Sidi Bouzid : Regueb, Mekessi et Menzel Bouzaine. Des milliers d’habitants avaient fait le déplacement à Tunis pour les funérailles de Brahmi samedi à Tunis.

Irak : au moins 40 morts dans une vague d’attentats

Une vague de 16 attentats coordonnés à la voiture piégée a frappé l’Irak lundi matin, faisant au moins 40 morts et près de 190 blessés, a-t-on appris de sources policière et médicale. La plupart des attentats, qui ont débuté vers 07 heures du matin, visaient la communauté chiite du pays.
À Bagdad, 10 voitures piégées ont explosé dans 8 quartiers différents, dont au moins 6 à majorité chiite, faisant près de 30 morts et plus de 130 blessés. Une dixième voiture piégée a explosé à Mahmudiya, à 30 kilomètres au sud de la capitale, tuant au moins 2 personnes et en blessant 25 autres. Deux voitures piégées ont également explosé dans le centre de Kut, une ville à majorité chiite, à 160 kilomètres au sud de Bagdad, faisant au moins 5 morts et 35 blessés. Toujours au sud de la capitale, deux autres attentats à la voiture piégée se sont produits à Samawa, une autre ville chiite, à 280 kilomètres de Bagdad, faisant au moins deux morts et des dizaines de blessés.
Et une voiture piégée a explosé à Bassora, la ville portuaire dans le sud du pays, là aussi à majorité chiite, faisant un mort et six blessés. Au total, plus de 760 personnes ont été tuées dans les violences depuis début juillet, et plus de 3 000 depuis le début de l’année, selon un bilan établi par l’AFP.
Depuis près de trois mois, les bilans sont repartis à la hausse, revenant au niveau de 2008, au sortir d’une quasi-guerre civile entre sunnites et chiites qui avait fait des dizaines de milliers de victimes en 2006-2007. Des groupes liés à al-Qaida semblent en grande partie responsables des récents attentats, commis probablement dans le but de relancer la guerre civile, selon les observateurs.

Algérie : « l'Algérie essaie de classer l’affaire » (Faustine Vincent)

Nassera Dutour est porte-parole du Collectif des Familles de disparus en Algérie, qui vient de publier un rapport intitulé « Le régime algérien à l’épreuve des droits de l’Homme, l’illusion du changement ». Elle fait le point sur la reconnaissance des milliers de disparitions forcées pratiquées par l’Etat dans les années 1990...
Les disparitions forcées ont été l’un des instruments principaux de la « sale guerre » déclenchée en janvier 1992 par les généraux algériens contre ses opposants et la population civile. L’Algérie a reconnu officiellement le nombre des « disparus » à 8.023, selon le Collectif des Familles de disparus en Algérie (CFDA), mais les ONG de défense des droits de l’Homme l’estiment aujourd’hui de 15 000 à 20 000. Des familles de disparus continuent à se mobiliser pour obtenir la vérité sur le sort de leurs proches. Nassera Dutour, porte-parole du CFDA et dont le fils a lui-même disparu en 1997, fait le point sur la situation.

Vous militez depuis 1998, date de la création du Collectif des Familles de disparus en Algérie (CFDA), pour « défendre le droit à la vérité et à la justice des familles de disparus ». Avez-vous obtenu des satisfactions ?
Non malheureusement, aucune. On a cru que oui, pendant un moment. En 2001, une pétition avait été signée par douze députés algériens réclamant la vérité et la reconnaissance officielle de 4.884 cas de disparitions par le ministère de l’Intérieur. Jusqu’alors, cette histoire avait été totalement niée par l’Etat, donc on était plutôt content. En 2002, on nous a dit « le problème sera réglé ». Une commission soit disant de « vérité » a été mise en place à la veille de la présidentielle [la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, ndlr]. Puis il ne s’est rien passé.

Les familles ont tout de même été convoquées à se présenter à la Commission nationale consultative pour la promotion et la protection des droits de l’homme. Dans quel but ?
Ils n’ont pas donné le motif de convocation. Sur place, il ne s’agissait que de remplir un formulaire sur les circonstances de la disparition, alors que des mères de disparus s’attendaient à des bonnes nouvelles. J’en ai vu s’évanouir, d’autres pleurer. En fait, ils voulaient savoir qui acceptait d’être indemnisé. Depuis, l’Etat dit que ces disparus sont décédés. Mais où sont les corps ? Pourquoi ne pas les rendre aux familles ? Ils essaient de classer l’affaire. La quasi-totalité des familles ont accepté l’indemnisation, mise en place à partir de 2006 et d’un montant d’environ 16.000 dinars par mois [le smic est à 18.000 dinars] à partager entre l’épouse, le père, la mère et les enfants.

Vous êtes vous-même une mère de disparu après l’enlèvement de votre fils Amine le 30 janvier 1997. Mais vous refusez cette indemnisation…
Oui car leur stratégie c’est d’indemniser les familles pour les faire taire. La procédure d’indemnisation devait durer douze mois. Or, aujourd’hui encore, je suis convoquée tout le temps pour cela. J’ai dû faire une lettre pour dire que c’était du harcèlement et que je n’en voulais pas ! Quand on reçoit une convocation, il y a toujours un doute : va-t-il être vivant ? Mort ? J’ai appris la disparition de mon fils par téléphone. Depuis, à chaque coup de fil, je tressaute. Je reçois aussi des menaces et des appels anonymes.

Au début, les familles des disparus étaient mal perçues…
Oui car les gens croyaient que c’était des terroristes, comme le répétaient les autorités. Parfois on nous considère encore comme tel, mais on a fait évoluer les mentalités. Depuis 1998, on fait un rassemblement hebdomadaire devant la Commission nationale pour la promotion et la protection des droits de l’Homme (CNCPPDH), à Alger. Cela a fini par attirer la sympathie.

Attendez-vous toujours le retour de votre fils ?
Ça dépend des moments. Au bout de quinze ans, on se dit qu’il ne va pas revenir. Mais c’est lui qui revient dans mes rêves et me secoue. Il ne veut pas que je croie qu’il est mort. Avec les autorités, on verra qui aura le dernier mot. On saura la vérité. Si ce n’est pas aujourd’hui, ce sera demain. En Argentine, le processus a duré 30 ans, et aujourd’hui des procès sont en cours.

Pensez-vous que cela puisse changer après l’ère Bouteflika ?
Après Bouteflika il y aura un autre Bouteflika, que l’on n’aura pas élu librement. Cela ne changera pas.

(29-07-2013 - Propos recueillis par Faustine Vincent)

Israël/Palestine : Les négociations israélo-palestiniennes reprennent à Washington

Les négociations de paix directes entre Israéliens et Palestiniens, gelées depuis trois ans, vont reprendre à Washington dès lundi soir, alors que le gouvernement israélien a approuvé dimanche la libération de prisonniers palestiniens en signe de bonne volonté.
"Aujourd’hui le secrétaire d’Etat John Kerry s’est entretenu avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmud Abbas et avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et il les a personnellement invités à envoyer leurs équipes de négociateurs à Washington pour reprendre formellement les négociations directes. Les premières réunions sont prévues lundi soir 29 juillet et mardi 30 juillet", a indiqué le département d’Etat.
"Ces négociations seront une occasion de développer un plan de travail qui déterminera comment les parties procèderont dans ces négociations au cours des prochains mois", a ajouté la porte-parole.
Plus tôt dans la journée, le gouvernement israélien a approuvé la libération de prisonniers palestiniens, selon la radio publique.
Le conseil des ministres a adopté un texte prévoyant la libération de 104 prisonniers palestiniens détenus en Israël, par 13 votes pour, 7 votes contre et 2 absentions, a indiqué la radio.
"Le gouvernement a approuvé l’ouverture de négociations diplomatiques entre Israël et les Palestiniens et (...) la formation d’un comité ministériel en charge de la libération de prisonniers palestiniens dans le cadre des négociations", a indiqué un communiqué du bureau du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, précisant que ce dernier présiderait le comité.
Les services de Netanyahu n’ont pas précisé le nombre ni l’identité des prisonniers qui seraient libérés.
L’Autorité palestinienne a immédiatement salué la décision israélienne.
"Nous saluons la décision du gouvernement israélien de relâcher les prisonniers qui ont été arrêtés avant les accords d’Oslo (en 1993, NDLR). Nous estimons qu’il s’agit d’une étape importante et espérons pouvoir saisir l’opportunité fournie par les efforts de l’administration américaine pour parvenir à un accord de paix durable et juste", a déclaré à l’AFP le négociateur palestinien Saëb Erakat.
Le feu vert du cabinet israélien est intervenu après plusieurs heures de délibérations en raison de l’opposition farouche aux libérations de prisonniers exprimée par plusieurs ministres, se faisant l’écho d’une bonne partie de l’opinion publique israélienne.
Les noms des prisonniers n’ont pas été officiellement rendus publics, mais la liste inclurait des meurtriers de femmes et d’enfants israéliens ainsi que des détenus ayant tué des Palestiniens soupçonnés d’avoir collaboré avec Israël, selon les médias.
"Il y a des moments où on doit prendre des décisions difficiles pour le bien du pays et c’est un de ces moments", a dit Netanyahu aux ministres au début de la réunion, selon son bureau.
Selon Almagor, une association représentant des victimes israéliennes des attentats palestiniens, la liste comprendrait aussi des détenus de droit commun.
Qadura Fares, chef du Club des prisonniers palestiniens, qui défend les droits des Palestiniens détenus en Israël, avait assuré dimanche avant le vote qu’il n’y aurait aucune négociation avec l’Etat hébreu sans la libération des 104 détenus.
"S’ils ne les libèrent pas tous, il n’y aura pas de négociations", avait-il dit à la radio publique israélienne.
Avant d’approuver la libération de prisonniers palestiniens, le Conseil des ministres avait adopté un projet de loi prévoyant un référendum en cas d’accord de paix avec les Palestiniens.
Selon un communiqué de ses services, Netanyahu a jugé "important que, pour de telles décisions historiques, chaque citoyen vote directement".
Le gouvernement a indiqué qu’il demanderait au Parlement de se prononcer rapidement sur ce texte. Selon les médias, il pourrait être présenté cette semaine pour une première lecture.
Le référendum deviendrait ainsi la dernière étape nécessaire pour entériner un éventuel accord de paix, après l’approbation du gouvernement puis celle du Parlement.
Ce projet de loi est vu comme un geste envers les ministres de droite qui appréhendent les concessions pouvant être demandées à Israël lors des négociations. Ils craignent la cession de territoires sous contrôle israélien, comme Jérusalem-Est, sur une simple décision du cabinet, alors que nombre d’Israéliens y sont opposés.
Des responsables américains seront présents aux négociations qui seront dirigées côté palestinien par le négociateur en chef Saëb Erakat et côté israélien par la ministre de la Justice Tzipi Livni.
Selon les médias israéliens, Mme Livni sera accompagnée par Yitzhak Molcho, l’émissaire personnel de Netanyahu.
A l’issue de son sixième voyage dans la région, le secrétaire d’Etat américain John Kerry avait annoncé la semaine dernière un accord pour une reprise prochaine des pourparlers de paix gelés depuis septembre 2010.
Les dernières négociations de paix avaient rapidement tourné court en raison de la poursuite de la colonisation israélienne à Jérusalem-Est et en Cisjordanie.

Syria : From rubble

People help a man pulled from rubble at a site hit by what activists say was a missile attack from the Syrian regime in the besieged area of Homs. 26th of July 2013.
(Photograph : Yazan Homsy)

Tunisie : réunion de crise du gouvernement

Le gouvernement tunisien a prévu une réunion de crise ce lundi alors que plus de 10.000 Tunisiens ont manifesté dans la nuit pour et contre le pouvoir sur la place du Bardo (ouest de Tunis) où se trouve le siège de l’Assemblée nationale constituante (ANC), dont l’opposition réclame la dissolution.
Entre 4 et 5.000 manifestants, dont plusieurs députés et dirigeants de l’opposition laïque, se sont ainsi rassemblés peu avant la rupture du jeûne du ramadan en un sit-in nocturne pour exiger la démission du gouvernement et la dissolution de la constituante dominés par le parti islamiste Ennahda.
Séparé des partisans de l’opposition par des barrières métalliques et des fourgons de police, le camp pro-gouvernement s’est lui formé après la rupture du jeûne et la prière de la nuit pour atteindre quelque 5.000 personnes, selon des journalistes de l’AFP, et 10.000 vers minuit, selon le service d’ordre des pro-Ennahda.
"Communistes assassins", "Le peuple est musulman et ne capitulera pas", "oui aux urnes, non au coup d’Etat", scandaient les partisans du gouvernement qui, selon un message partagé sur Facebook, ont mobilisé pour un nouveau sit-in lundi sur la même place.
"Ceux qui boycottent l’ANC trahissent la Tunisie, nous résisterons jusqu’à la réalisation des objectifs de la révolution et il n’y aura pas de coup d’Etat dans ce pays", a déclaré à l’AFP Fathi Ayadi, député et dirigeant d’Ennahda.
Le sit-in devait se poursuivre jusqu’à l’aube, quand commence le jeûne du ramadan.
Après la dispersion brutale des manifestants dans la nuit de samedi à dimanche par la police, le ministre de l’Intérieur a promis de veiller désormais à la sécurité des manifestations pacifiques. "Le ministre nous a dit qu’il a clairement donné des ordres aux agents de ne plus utiliser la force contre les manifestants et participants au sit-in devant l’Assemblée nationale constituante" (ANC), a déclaré le député Samir Taïeb, figure connue de la contestation.
Un appel a été lancé peu après par le "Front du salut national de la Tunisie" nouvellement créé, demandant aux Tunisiens de se rendre devant l’ANC, sur la place du Bardo en périphérie de Tunis, "en apportant son repas pour un iftar (repas de rupture du jeûne) géant en famille (...) dès lors que la sécurité du rassemblement a été garantie par le ministre de l’Intérieur en personne".
De fait, un important dispositif de sécurité était déployé mais contrôlait la circulation à distance, tandis que les manifestants partageaient dans le calme un repas.
Le gouvernement a prévu une réunion de crise lundi. Dans un appel télévisé, le président de l’ANC Mustapha Ben Jaafar a prôné "la retenue" et invité les députés à occuper leurs sièges pour finir le travail sur la Constitution" avançant fin août comme date limite à son adoption.
Samedi, après les funérailles de Mohamed Brahmi, tué jeudi de 14 balles tirées à bout portant, un député de gauche avait été blessé lorsque des protestataires avaient été brutalement dispersés par la police devant l’ANC, où des milliers de manifestants anti et pro gouvernement avaient finalement campé jusqu’à l’aube.
La contestation risque de s’amplifier avec l’appui de la puissante centrale syndicale (UGTT) qui a décrété une grève générale largement suivie vendredi.
Dimanche, ce syndicat qui revendique un demi million d’adhérents a haussé le ton condamnant "des attaques injustifiées de la police contre les manifestants". La centrale, très politisée, doit tenir une réunion décisive lundi. "Après l’assassinat de Mohamed Brahmi, le gouvernement incompétent doit démissionner et laisser la place à un gouvernement de salut national", a déclaré à l’AFP M. Taïeb.
Il a affirmé que le nombre des députés ayant décidé de boycotter l’ANC a atteint 65 des 217 élus, un député ayant démissionné récemment.
"Ce gouvernement a échoué à assurer la dignité et la sécurité aux Tunisiens, le meurtre de Brahmi, en est bien la preuve", a déclaré Maya Jribi, secrétaire générale du Parti Républicain, appelant à un gouvernement de salut national.
Les autorités ont désigné les auteurs de l’assassinat comme étant des salafistes jihadistes proches d’Ansar Ashariaa, une organisation dont des membres sont soupçonnés d’être liés à Al-Qaïda. Ansar Ashariaa a démenti dimanche toute implication, dans un communiqué publié sur sa page officielle Facebook, affirmant n’avoir "aucun lien avec cet assassinat politique qui fait partie de tentatives connues pour pousser le pays vers le chaos".
Le ministère de l’Intérieur avait publié vendredi une liste de 14 suspects impliqués selon lui dans le meurtre de Brahmi mais aussi dans celui en février de Chokri Belaïd, autre opposant de gauche critique acerbe des islamistes.

Égypte : Ashton en visite pour trouver une "issue pacifique"

L’Egypte était lundi dans l’impasse politique alors que le pouvoir a adressé une série de mises en garde aux partisans du président islamiste déchu Mohamed Morsi, qui se refusent à toute concession, faisant redouter une nouvelle confrontation meurtrière.
La représentante de la diplomatie de l’Union européenne (UE) Catherine Ashton est quant à elle arrivée dans la soirée au Caire pour la deuxième fois en moins de deux semaines.
Catherine Ashton, qui rencontrera toutes les parties, notamment le vice-président Mohamed ElBaradei, a souhaité une "issue pacifique", appelant à "un processus de transition politique totalement inclusif, et associant tous les groupes politiques, y compris les Frères musulmans".
Les Frères ont indiqué que certains de leurs dirigeants rencontreraient la responsable européenne.
De son coté, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a mis en garde les dirigeants du pays, avertissant que chaque mort rendrait plus difficile la sortie de crise.
Les violences politiques ont fait dimanche deux morts parmi les fidèles de Mohamed Morsi, un à Port-Saïd et un Kafr el-Zayat, et une trentaine de blessés dans le nord du pays, au lendemain de la mort de 72 personnes dans des affrontements entre pro-Morsi et forces de sécurité au Caire.
Le Conseil de défense nationale, présidé par le chef de l’Etat par intérim Adly Mansour, et où siège le ministre de la Défense et chef de l’armée, le général Abdel Fattah al-Sissi, a promis des "décisions et mesures décisives et fermes" si les manifestants "outrepassent leur droit à l’expression pacifique et responsable de leur opinion".
Il a sommé les pro-Morsi qui campent sur deux sites au Caire de "renoncer clairement et définitivement à la violence sous toutes ses formes".
Auparavant, la présidence intérimaire s’était déclarée "attristée" par les morts dans les affrontements samedi près de la mosquée Rabaa al-Adawiya, dans le nord-est du Caire, où les pro-Morsi ont dressé un campement, mais avait ajouté "ne pouvoir dissocier cela du contexte de terrorisme".
Un conseiller du président par intérim, Moustapha Hegazy, a qualifié de "source de terrorisme" le campement, dont le ministre de l’Intérieur Mohamed Ibrahim, qui a réaffirmé qu’il était prêt à la "plus grande fermeté", a promis le démantèlement "très prochainement".
Les autorités de transition "utilisent tous les canaux pour trouver une solution afin d’épargner le sang et sauver la face" des manifestants de Rabaa al-Adawiya, a toutefois dit le conseiller de la présidence.
Les fidèles du chef de l’État déposé maintenaient de leur côté leur revendication de voir le premier président élu démocratiquement retrouver ses fonctions.
"Nous acceptons toute initiative, pourvu qu’elle soit fondée sur la restauration de la légitimité et annule le coup d’État. Nous ne négocierons pas avec l’armée", a déclaré à l’AFP Gehad el-Haddad, un porte-parole des Frères musulmans, mouvement de Mohamed Morsi.
Autour de la mosquée Rabaa al-Adawiya, l’ambiance était à la détermination, tout en insistant sur le caractère pacifique de la mobilisation.
"Nos seules armes sont le tapis de prière et le Coran. L’autre camp a les balles et les gaz", a déclaré à l’AFP Dhahi Abdallah.
Suite aux violences des derniers jours, Mohamed ElBaradei a fait savoir dans un communiqué qu’il comptait profiter de la visite de Catherine Ashton pour "affirmer le souci de l’Egypte de parvenir à une issue pacifique à la crise actuelle".
Le secrétaire d’État John Kerry s’est quant à lui déclaré "très inquiet" par cette dernière "explosion de violence", qui porte à plus de 300 le nombre de tués dans les troubles en un peu plus d’un mois.
L’organisation de défense des droits de l’Homme Human Rights Watch a fustigé un "mépris criminel" des autorités "pour la vie humaine", dénonçant "une volonté choquante de la part de la police et de certains politiques de faire monter d’un cran la violence contre les manifestants pro-Morsi".
"L’Egypte est structurée par ses deux forces politiques : les Frères musulmans et l’armée, qui parfois collaborent, parfois s’opposent, et font l’ordre et le désordre politique", selon Jean-Yves Moisseron, rédacteur en chef de la revue Maghreb-Machrek.
Le général Sissi avait appelé la population à manifester vendredi pour lui donner "mandat d’en finir avec le terrorisme", une menace à peine voilée envers le camp Morsi.
Les islamistes avaient également mobilisé vendredi dans la rue en soutien à Mohamed Morsi, mis au secret par l’armée et sous le coup d’une mise en détention préventive émise par la justice.
Par ailleurs, dans le Sinaï, en proie à une rébellion larvée, un soldat a été tué et huit autres blessés dans la nuit de dimanche à lundi dans une attaque à Rafah, à la frontière avec l’enclave palestinienne de Gaza, portant à 10 le nombre de militaires tués dans la région depuis le début de la recrudescence des violences dans le pays.

**

Les Frères musulmans renoncent à défier l’armée au Caire
Des partisans des Frères musulmans ont renoncé lundi à marcher sur le QG des renseignements militaires égyptiens au Caire, après une mise en garde de l’armée leur enjoignant de rester à l’écart des installations stratégiques. Le cortège, constitué de plusieurs milliers de personnes selon un journaliste de Reuters sur place, était parti de la mosquée Rabaa al Adaouia, dans le nord-est du Caire, où les partisans de Mohamed Morsi observent un sit-in de protestation depuis le 3 juillet, jour de la destitution du président issu des Frères musulmans. Il a rebroussé chemin par la suite.
Au moins 72 partisans de la confrérie ont été tués samedi à l’aube près de ce lieu de rassemblement, aggravant les tensions qui agitent le pays, fortement polarisé entre pro et anti-Morsi. L’armée, disant être au courant du projet de manifestation, avait diffusé un communiqué en exhortant les manifestants à "ne pas s’approcher des installations militaires en général et du siège des renseignements militaires en particulier". Le QG des renseignements est à plusieurs kilomètres de Rabaa al Adaouia.
La chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, est en visite au Caire et doit rencontrer lundi le chef de l’armée, le général Abdel Fattah al-Sissi, qui a piloté la destitution de Mohamed Morsi, ainsi que des responsables du Parti de la liberté et de la justice (PLJ, branche politique des Frères musulmans). Elle a déclaré qu’elle plaiderait "pour un processus de transition totalement ouvert, intégrant tous les partis politiques, y compris les Frères musulmans".
Le général Sissi, qui a été nommé par Mohamed Morsi avant de se retourner contre lui, a fait sa première apparition publique depuis la tuerie de samedi, souriant devant les caméras de télévision lors d’une cérémonie de remise de diplômes pour les nouvelles recrues de la police. Il a été salué par une ovation debout et présenté par le ministre de l’Intérieur, Mohamed Ibrahim, comme le "fils dévoué de l’Égypte".
L’armée assure ne pas vouloir garder le pouvoir et rendre les pleins pouvoirs aux civils à l’issue d’élections parlementaires dans un délai d’environ six mois. Mais la mise en avant du général Sissi, qui apparaît fréquemment dans les médias publics et privés, a jeté le doute sur les intentions des militaires, au pouvoir pendant de longues années, y compris pendant la période transitoire qui a suivi la chute d’Hosni Moubarak en février 2011, jusqu’à l’élection de Mohamed Morsi il y a un an. Le président déchu est invisible depuis sa destitution. Il a été placé en détention par l’armée et inculpé de meurtre récemment par un juge.
Le ministre des Affaires étrangères par intérim, Nabil Fahmy, a estimé dimanche que l’aggravation des divisions dans le pays risquait de conduire à "de nouvelles tragédies". Tout en imputant la responsabilité de la violence aux Frères musulmans, il a souhaité que la confrérie participe à la transition. "Même si je rejette personnellement leurs positions ou leur idéologie, ils doivent trouver leur place dans la vie politique égyptienne", a-t-il dit.