jeudi 26 février 2015

Moyen-Orient : Le journaliste Eric Rouleau, spécialiste du Proche-Orient, est mort

Eric Rouleau, spécialiste reconnu du Proche-Orient et ex-collaborateur du Monde, est mort mercredi 25 février à l'âge de 89 ans, à Uzès, dans le Gard, a annoncé sa famille. Ecrivant régulièrement dans les colonnes du Monde diplomatique, cet Egyptien « de naissance et de cœur », ainsi qu'il se définissait lui-même en 2012 dans Dans les coulisses du Proche-Orient, ses mémoires parus en 2012, était passé du journalisme à la diplomatie.
Né au Caire en 1926, il avait dû s'exiler en France en 1951 et avait été déchu de sa nationalité égyptienne. Devenu français, il a d'abord travaillé pour l'Agence France-Presse (AFP) puis pour Le Monde, jusqu'en 1985. Il a ensuite été nommé ambassadeur en Tunisie puis en Turquie sous la présidence de François Mitterrand, un de ses proches. Une nomination qui avait fait des remous au Quai d'Orsay.

**

Mort d’un Oriental : le journaliste et ambassadeur Eric Rouleau est mort à l’âge de 88 ans

Il y a des hommes qui vous font sentir petit. Ou qui vous poussent à devenir plus grand. En tout cas, ils posent l’aune à laquelle un journaliste doit se mesurer. Eric Rouleau était de ceux-là.
La première fois que je l’ai vu en 2003, je rentrais d’Irak, convaincu d’avoir couvert une de ces guerres qui font les hommes. On plastronnait "dans le métier, il y a les grands reporters et les petites rapporteuses". L’expression que je lui apprenais l’avait fait rire. Lui savait qu’il y a surtout ceux qui comprennent et ceux qui ne comprennent rien. D’un ton placide et amusé, "Rouleau", comme l’appelaient ses amis, avait cherché à savoir qui il avait en face de lui. Lui qui savait que les guerres sont les bégaiements sanglants d’une humanité qui perd la mémoire. Il se demandait peut-être simplement s’il devrait se coltiner ma présence à son mariage.10 ans plus tard, il était à sa table de travail, comme chaque matin, compilant les centaines de petits carnets noircis d’une écriture fine et appliquée. Tout y était. Un demi-siècle de soubresauts de cet orient compliqué.
Le "prince" connu des plus grands chefs d'États. Quand il racontait ses reportages, Eric Rouleau vous parlait d’un monde disparu. D’abord celui des reporters qui se comptent sur les doigts d’une main. Des journalistes que l’on accueille en terrain de guerre comme des invités, que l’on fait dormir sur des paillasses mais que l’on protège. De ces révolutionnaires ou combattants devenus chefs d'Etats qui n’ont pas oublié Rouleau. Ce monde qu’il s’était bâti et qui lui avait valu le surnom du "prince" à la rédaction du Monde. "Quand tu arrives dans un pays, tu descends dans le plus grand hotel, tu prends la suite présidentielle et tu invites les ministres à venir diner pour qu’ils te donnent des infos", m’expliquait-il en avalant des pistaches. Comment lui dire que moi je courrais encore dans tous les sens… Il ne m’aurait pas cru.
Nasser l’appelait quand il voulait parler à la France. Barzani, le Kurde, comptait sur lui pour le sortir de l’anonymat. Kadhafi se faisait sermonner par ce juif venu de Paris et le réinvitait quand même. Saddam Hussein l’invitait pour prendre le pouls de la France. Les Iraniens avaient trouvé un joueur d’échec capable de comprendre les méandres de leur diplomatie. Mais surtout, Arafat était devenu son ami. À Paris, les aveuglés d’Israël avait fait de Rouleau une fixation. Dans les kibboutz de gauche en Israël, on faisait venir des traducteurs pour lire les articles du journaliste français qui expliquait que les Palestiniens avaient aussi droit à un État. Des articles d’une autre école. Des phrases simples "sujet verbe complément" où le verbe faisait sens et l’adverbe était l’ennemi. Autre temps, autres mœurs.
La Légion d'honneur, son plus beau pied de nez à la vie. De guerre en guerre, Arafat avait trouvé refuge du Liban en Tunisie. François Mitterrand, qui voulait alors avoir un canal direct avec l’OLP sans la reconnaître pensa alors à Rouleau, qu’il lisait et écoutait. Un jour, l’Elysée appelle pour demander s’il pouvait déjeuner avec le président. On bloque une petite rue du 6ème arrondissement et là, après l’entrée, le président rusé demande au journaliste avisé qui connaît tous les Arabes s’il veut bien représenter la France à Tunis et être son ambassadeur officieux auprès de l’OLP.
C’est ainsi que le petit pigiste du Caire qui voulait voir la Place de l’étoile s’est retrouvé ambassadeur. Une des rares photos sur son bureau le montre, recevant la Légion d’honneur de la part de Mitterrand. Son plus beau pied de nez à la vie.
De Tunis, il fera aussi des allers-retours à Téhéran, pour négocier la libération des otages du Liban. Les guerres de l’entre deux tours avec les chiraquiens brouilleront le jeu, mais Rouleau aura fait son devoir. Sous le soleil d’Uzès, où l’Orient semble moins éloigné qu’ailleurs, il avait trouvé le calme et le rire pour la plus grande joie de ses enfants, de ses petits enfants et des miens. Mercredi soir, il a décidé de signer son dernier article et de partir. Il était Elie Raffoul. Il était devenu Rouleau. Il restera Eric Rouleau. Jusqu’au bout il aura décidé du tempo. Il nous laisse avec cette barre placée un peu trop haut. Mais rien ne nous empêche d’essayer et d’essayer encore.

Par Olivier Ravanello

Syrie : Dans l'affaire des parlementaires français en Syrie, colère de Hollande et Valls

François Hollande et Manuel Valls sont montés au créneau jeudi pour pilonner la visite de quatre parlementaires français en Syrie où trois d'entre-eux ont parlé avec Bashar al-Assad, "un dictateur" et un "boucher", selon l'exécutif.
De Manille, où il effectue un voyage d'Etat, le président de la République a proclamé avec solennité: "Cette initiative, je la condamne".
"Il s'agit d'une rencontre entre des parlementaires français (ndlr, de droite de gauche et du centre) qui n'ont été mandatés que par eux-mêmes, avec un dictateur qui est à l'origine d'une des plus graves guerres civiles de ces dernières années, qui a fait 200.000 morts. 200.000!"
Avant lui, son Premier ministre avait eu aussi des mots durs contre l'équipée des deux sénateurs - l'UMP Jean-Pierre Vial, le centristes François Zocchetto - et deux députés - l'UMP Jacques Myard, le PS Gérard Bapt.
Ce dernier n'a pas rencontré le président syrien mais le voyage des quatre était une première depuis la rupture des relations diplomatiques entre la France et la Syrie, en mai 2012.
Ces quatre parlementaires, tous membres des groupes parlementaires d'amitié franco-syrienne, ont commis une "faute" qui ne "les honore pas", a grondé sur BFMTV-RMC Manuel Valls, le visage fermé.
"Les parlementaires représentent la souveraineté nationale, ce qu'est ce pays", a dénoncé le chef du gouvernement. Qu'ils "aient ainsi, sans crier gare, rencontré un boucher", "je crois que c'est une faute morale".
"Boucher": le mot a aussi été employé sur RTL par Jean-Christophe Cambadélis, le premier secrétaire du PS. "J'ai écrit à Gérard Bapt, je le convoquerai et je prendrai des sanctions", a poursuivi le député de Paris à propos de celui de Haute-Garonne.
La délégation rentre en France jeudi après-midi. Tant Jacques Myard que Gérard Bapt ont assumé leur visite dans ce pays ravagé par la guerre civile.
Sur France Inter, le député socialiste de Haute-Garonne a plaidé: cette "visite strictement privée" était un "déplacement exploratoire pour retrouver le chemin de la compréhension et de la paix".
"Beaucoup de pays européens considèrent ce gouvernement comme fréquentable", a noté l'élu, par ailleurs médecin.
Même tonalité chez Jacques Myard sur Sud Radio: "nous sommes venus ici pour écouter, voir et échanger". "Il y a eu hier soir la libération d'un opposant au régime syrien, j'analyse cela comme étant un geste". "Si on veut mettre un terme à la guerre civile, on parle avec des gens avec qui on n'est pas d'accord" et "Bashar al-Assad sera partie prenante du règlement de ce conflit", a insisté l'élu des Yvelines.
Son collègue UMP Henri Guaino s'est insurgé sur Europe 1: "En vertu de quoi faudrait-il les sanctionner?"
"Je suis en désaccord sur le fond de la démarche, le fait d'aller le voir", a dit le proche de Nicolas Sarkozy qui, à titre personnel, n'aurait pas fait le voyage. Mais "nous sommes bien obligés de dialoguer avec Bashar al-Assad dès lors que nous avons un ennemi prioritaire, l'Etat islamique".
Mercredi l'ancien Premier ministre François Fillon avait assuré: "Ils ont eu raison d'y aller, il faut écouter toutes les parties", "si j'avais l'occasion d'aller en Syrie, j'irais sûrement en Syrie".
Sur France Inter, le vice-président du FN Florian Philippot est allé beaucoup plus loin dans l'approbation évoquant "une initiative qui me paraît saine, intelligente", a-t-il dit.
"J'aurais aimé que la diplomatie française officielle - si tant est qu'elle ne soit pas mêlée à cette affaire - ait cette initiative", a ajouté M. Philippot.
Sur RFI, l'autre vice-président du FN Louis Aliot a soupiré: "Que n'aurait-on pas dit si un député FN avait fait la même chose!"

Israël/Palestine : Les déplacés de Gaza au bord de l'explosion six mois après la guerre

Six mois que leurs maisons ont été rasées par la guerre. Six mois qu'ils attendent. Aujourd'hui, les déplacés de Gaza se disent près du point de rupture.
Environ 100.000 Palestiniens passent la fin de l'hiver loin de leurs maisons, "vivant dans des conditions terribles dans des écoles ou des abris de fortune", se sont alarmées 30 organisations humanitaires dans un communiqué publié six mois après le cessez-le-feu mettant fin à la guerre entre Israël et des groupes armés palestiniens.
Les conditions de vie étaient déjà dures avant la troisième guerre qu'ait connue en six ans l'enclave exiguë dans laquelle s'entassent 1,8 million de Gazaouis, disent les humanitaires. Mais depuis, elles se sont encore "dramatiquement dégradées". Les ONG mettent en garde devant autant de désespoir et d'exaspération grandissante: "Un retour aux hostilités est inévitable" si rien n'est fait.
Les Gazaouis attendent encore une reconstruction qui ne vient pas parce que les Israéliens laissent entrer au compte-gouttes les matériaux de peur que les groupes armés ne s'en servent contre Israël. L'autre raison réside dans les divisions politiques palestiniennes qui empêchent tout accord sur les points d'entrée dans la bande de Gaza, étouffée depuis huit ans par le blocus israélien aggravé depuis plusieurs mois par le quasi-blocus égyptien.
"La déprime grandit chaque jour, on a perdu le goût de vivre", dit Sofiane Faraouana, 35 ans, qui vit avec six proches dans une école de l'ONU à Gaza-ville. "Cette situation va exploser au visage de tout le monde", poursuit l'homme au visage encadré par une longue barbe.
Les Nations unies ont déjà fait ce constat. Début février, elles en appelaient aux donateurs internationaux qui s'étaient engagés après la guerre à venir au secours de Gaza avec 5,4 milliards de dollars, mais qui n'ont pas tenu leurs promesses. Sans ces fonds, les efforts pour éviter un nouveau conflit seront vains, a averti l'ONU qui, à court d'argent, a annoncé devoir suspendre elle-même une bonne partie de ses versements.
Une dégradation de la situation serait un coup de boutoir supplémentaire contre une Autorité palestinienne politiquement moribonde et faisant face à d'énormes problèmes financiers.
Alors, pour grappiller quelques shekels, c'est la débrouille. Anas Berdaa, 12 ans, revend les rations de nourriture que l'ONU donne chaque jour aux huit membres de sa famille pour payer pour lui et ses frères le bus pour l'école.
Depuis que sa maison a été détruite dans le quartier de Chajaya, ravagé par guerre, la famille campe dans la salle d'une école de l'ONU située dans l'ouest de la ville de Gaza où vivent plus de 500 déplacés.
"On n'a ni de quoi se nourrir, ni de quoi se chauffer", raconte sa mère, Nermine, 32 ans, qui a accouché il y a quatre mois d'un dernier garçon dans cette école. "L'ONU me fournit des couches et du lait pour lui", dit-elle. Mais avec un mari au chômage, comme près de la moitié des Gazaouis, elle avoue ne rien pouvoir offrir à ses enfants. "Ils ne reçoivent jamais de jouets comme les autres enfants".
"La nuit, ils ne dorment pas à cause du froid et psychologiquement, ils sont complètement détruits". "En fait, c'est comme si on était morts", lâche-t-elle.
L'ONU "nous pousse à partir d'ici. Mais pour aller où ? On entend toutes les promesses de l'ONU et de l'Autorité palestinienne, mais on ne voit pas un centime arriver des Arabes ou du reste du monde", s'emporte son beau-frère, Ali, 32 ans.
"Il n'y a aucun espoir que nos maisons soient reconstruites et l'explosion approche", prédit Dounia Joundia, une autre déplacée installée avec 1.000 autres personnes dans une école du sud de la ville de Gaza.
Six mois de vie précaire dans des centres d'accueil improvisés, et sans perspective de reconstruction, en convient l'ONU, c'est le terreau parfait pour le désespoir. L'ONU évoquait récemment la "pression presque insupportable" qui pèse sur les Gazaouis.
"Ca fait six mois qu'on vit dans ces écoles, au ban de l'histoire, et personne ne vient nous sauver", martèle Ali.

Liban : La seconde vie d'une synagogue délabrée

Au détour d'une ruelle de la vieille ville de Saïda, une synagogue à la peinture bleue défraîchie où priait l'une des communautés juives les plus dynamiques du Liban, abrite des familles syriennes et palestiniennes démunies.
Il n'y reste plus que des étoiles de David en fer laminé, des voûtes et quelques peintures murales rouges et dorées à la place de l'estrade sur laquelle se lisait la Torah.
C'est ici, au coeur de l'ancien quartier juif (Haret el-Yahoud) de l'antique Sidon où la présence israélite remonte à l'époque romaine, que Jihad al-Mohammad a élu domicile il y a 25 ans, après son départ de Syrie.
"En 1990, l'endroit était abandonné et infesté de rats, je l'ai nettoyé et m'y suis installé", assure ce quinquagénaire qui y vit avec ses six enfants, son épouse et sa mère.
Construite en 1850, la synagogue, encore officiellement propriété de cette communauté, a accueilli différents "locataires" après le départ en 1982 des Lévy, dernière famille juive de Saïda. Dans la foulée de leur invasion du sud du Liban, des soldats israéliens s'y sont installés, suivis plus tard des renseignements syriens.
Aujourd'hui, cinq familles palestiniennes et syriennes squattent le lieu.
"C'était un lieu de prière, mais pour moi c'est une maison comme les autres. Je ne suis pas un occupant", dit Jihad, qui affirme avoir été "correspondant" du ministère syrien de l'Information jusqu'en 2005.
Sur les murs, des textes en hébreu de la Genèse et les tables de la Loi ont été badigeonnées à la peinture rouge. Les salles ont été transformées en une cuisine, une minuscule salle de bains, deux chambres à coucher et un salon où trône une télévision.
Ici, pas de candélabre à sept branches mais des ampoules pendant du plafond.
Malgré son délabrement, la synagogue n'est pas tombée dans l'oubli.
"Je reçois des visiteurs du Canada, de France, du Brésil qui exhibent des photos de leurs ancêtres (juifs libanais) de Saïda", raconte Jihad, en préparant du café. En 2012, deux rabbins de groupe antisioniste Naturei Karta y ont prié pour la première fois depuis 40 ans à la surprise des habitants.
Jihad assure qu'il partirait si on le lui demandait. "Mais je me suis attaché à ce lieu", reconnaît-il.
Sa voisine, Wardé, est la fille de Palestiniens expulsés de leur terre après la création de l'Etat d'Israël en 1948. Elle occupe avec ses enfants la partie de la synagogue autrefois réservée aux femmes, et séparée de la "maison" de Jihad par un mur en béton.
"Mes parents ont vécu dans ce quartier. Je me rappelle que je jouais avec les enfants juifs et c'est ici que je voyais les juives prier sur des bancs en bois", dit cette quinquagénaire aux cheveux courts.
Elle se souvient des kippas, du shabbat où petite fille elle allumait la lumière quand eux ne pouvaient pas, et surtout de l'harmonie entre juifs et autres communautés. "Il n'y avait pas de tension, mais quand Israël a envahi, ils ont pris peur et sont partis. Il ne reste plus personne".
Au Liban, le nombre de juifs a chuté de 7.000 en 1967 à 1.800 en 1974 puis à 35 en 2006, selon M. Zeidan. A Saïda, où des propriétés sont encore au nom des Nigri, des Hadid et des Balanciano, ils étaient 1100 en 1956, avant de disparaître en 1985.
Selon l'historien, les juifs ont quitté progressivement vers Israël, le Brésil, l'Europe ou les Etats-Unis, mais l'exode s'est accéléré après la défaite arabe lors de la guerre de 1967.
"A Saïda, il n'y a jamais eu de tension jusqu'à en 1967, lorsqu'on a criblé de balles le cimetière juif", assure-t-il à l'AFP.
Selon lui, les Juifs sont la plus ancienne communauté religieuse du Liban. A Saïda, leur présence remonte à 47 avant JC et au XXe siècle, ils travaillaient dans le commerce et l'artisanat.
Il reste une poignée de synagogues dans le pays, dont une à Tripoli transformée en teinturerie et celle de Maguen Abraham à Beyrouth, rénovée mais pas encore inaugurée.
"Le départ des Juifs du Liban, c'est comme si on avait arraché un bras à un corps humain", regrette M. Zeidan.

Syrie: Inquiétude sur le sort de 220 Assyriens enlevés par le groupe EI

L'inquiétude s'accroît sur le sort de 220 chrétiens Assyriens enlevés par les jihadistes du groupe Etat islamique dans le nord-est de la Syrie, dont la libération "immédiate et sans condition" a été réclamée par le Conseil de sécurité de l'ONU.
Depuis cet enlèvement lundi, près de 1000 familles d'Assyriens, soit quelque 5000 personnes, ont fui leur domicile pour trouver refuge à Hassaké et Qamichli, deux villes tenues par les forces kurdes et gouvernementales, selon un responsable assyrien.
Dans un nouveau bilan, l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) a fait état du rapt de 220 personnes, contre 90 précédemment.
L'ONG, qui dispose d'un vaste réseau de militants dans le pays, a précisé que les "220 Assyriens ont été enlevés dans onze villages au cours des trois derniers jours" dans la province de Hassaké, frontalière de la Turquie et de l'Irak.
"Des négociations ont lieu par l'entremise de médiateurs de tribus arabes et une figure de la communauté assyrienne afin d'obtenir la libération des otages", précise l'OSDH. Selon l'ONG, l'EI contrôle désormais 10 villages chrétiens de la région de Tall Tamer, à l'ouest de Hassaké.
Oussama Edward, directeur du Réseau assyrien des droits de l'Homme basé en Suède, avait pour sa part indiqué mercredi que les otages étaient entre 70 et 100, "en grande majorité des femmes, des enfants et des personnes âgées".
D'après lui, ils ont été emmenés à Chaddadé, un fief de l'EI au sud de Hassaké.
"L'EI perd du terrain et ils ont pris ces otages pour en faire des boucliers humains", a-t-il affirmé, estimant que le groupe tentera aussi d'échanger ses otages contre des prisonniers jihadistes aux mains des Kurdes.
Selon l'OSDH, l'EI cherche à se venger de l'offensive kurde dans la région de Hassaké, appuyée par des frappes de la coalition internationale menée par les Etats-Unis.
Le Conseil de sécurité de l'ONU a "condamné fermement" ces enlèvements de chrétiens, qui sont les premiers de cette ampleur en Syrie. "De tels crimes montrent une nouvelle fois la brutalité de l'EI qui est responsable de milliers de crimes et violations contre les gens de toutes les religions, ethnies et nationalités".
Le Conseil a réclamé la "libération immédiate et sans condition" de tous ceux qui ont été enlevés par l'EI mais aussi par d'autres groupes comme le Front al-Nosra, la branche syrienne d'Al-Qaïda. L'ONU dénonce comme des "crimes contre l'humanité" les multiples exactions, dont des décapitations, auxquelles se livre l'EI qui sème la terreur dans les territoires sous son contrôle.
Le groupe sunnite radical, qui a subi plusieurs revers ces dernières semaines en Irak, a lancé jeudi sur le web une "campagne internationale" de soutien à son "califat islamique", proclamé en juin 2014 par son chef Abou Bakr al-Baghdadi sur les territoires conquis dans ces deux pays.
"Frères, rejoignez-nous dans cette campagne et participez au combat contre les opérations que les mécréants lancent pour nous stopper", indique l'EI dans son appel, en référence aux raids aériens que la coalition mène depuis septembre contre les positions du groupe en Syrie et en Irak.
Le groupe, qui appelle les musulmans à participer à sa propagande en relayant ses vidéos et ses photos, s'attaque notamment à la France. "Les loups solitaires n'arrêteront pas de tuer chacun de vous (...) Vous paierez pour avoir insulté le prophète Muhammad -sws -", menace-t-il en s'adressant aux Français, plus d'un mois après l'attaque contre le journal satirique Charlie Hebdo.
La montée en force de l'EI en Syrie a grandement éclipsé la confrontation entre le régime de Bashar al-Assad, mis au banc par de nombreux pays occidentaux, et la rébellion, qui entrera le mois prochain dans sa cinquième année.
La visite cette semaine de quatre parlementaires français en Syrie dont trois ont rencontré le président Assad, avec lequel Paris n'entretient plus de relations, fait des vagues en France.
Le Premier ministre Manuel Valls a condamné jeudi "avec la plus grande vigueur" cette visite et cette rencontre avec Assad, en qui il voit "un boucher".

Egypte : Un mort et deux blessés dans quatre attentats à la bombe au Caire

Une personne a été tuée jeudi matin par l'explosion d'une bombe au Caire devant une pizzeria, où trois autres attaques à la bombe ont visé des locaux de deux opérateurs de téléphonie mobile, a indiqué un responsable du ministère égyptien de la Santé. La victime est décédée à l'hôpital après avoir perdu ses deux jambes dans l'explosion. Deux autres personnes ont été blessées, selon le porte-parole du ministère Hossam Abdel-Ghaffar. Trois autres bombes ont explosé devant deux bureaux de Vodafone et une branche d'Etisalat, endommageant la vitrine des locaux sans faire de victimes, a précisé un porte-parole du ministère de l'Intérieur. Les locaux étaient fermés au moment des attaques.
Dans l'immédiat, les raisons pour lesquelles les opérateurs de téléphonie mobile et la pizzeria avaient été visés n'étaient pas claires, mais, selon M. Abdel-Latif, ces attentats pourraient être liés aux élections législatives prévues en mars. Depuis que l'armée a destitué le président islamiste Mohamed Morsi en juillet 2013, des attentats ont régulièrement lieu en Égypte, où des groupes djihadistes ont multiplié les attaques surtout contre les forces de l'ordre. Les attaques les plus meurtrières ont lieu dans le nord de la péninsule du Sinaï et sont revendiquées par la branche égyptienne du groupe Etat islamique (EI), Ansar Beït al-Maqdess.
Au Caire, de nombreux attentats contre la police ont été revendiqués par le groupe djihadiste Ajnad Masr. Les djihadistes assurent agir en représailles à la sanglante répression menée par le pouvoir contre les pro-Morsi.

(26-02-2015)

Yémen : Où sont passés les 60 milliards détournés par l'ex-président ? (Assawra)

Selon le rapport publié mercredi, "les fonds proviennent en partie de la corruption, en particulier celle liée aux contrats pétroliers et gaziers". L'ex-président touchait des pots-de-vin en échange de droits de prospection exclusifs. Le groupe d'experts auteurs du rapport, qui a été transmis au Conseil de sécurité, note que cette fortune a été placée dans une vingtaine de pays. Les experts enquêtent aussi sur les liens entre Saleh et des hommes d'affaires qui l'auraient aidé à dissimuler ce pactole.
Le Conseil a décrété en novembre 2014 des sanctions, dont un gel de ses avoirs, contre l'ex-président chassé du pouvoir en 2012, l'accusant de nuire à la transition politique au Yémen en soutenant notamment les miliciens chiites houthis qui ont pris le contrôle de Sanaa. Ali Abdallah Saleh, ses amis et sa famille sont aussi accusés d'avoir détourné de l'argent d'un programme de subventions à l'industrie pétrolière et d'être impliqués dans des escroqueries et des opérations d'extorsion de fonds. La corruption a permis à Ali Abdallah Saleh d'empocher près de 2 milliards de dollars par an pendant trois décennies, souligne le rapport. S'attendant à des sanctions du Conseil, Ali Abdallah Saleh a pris des dispositions pour dissimuler ses avoirs, ajoutent les experts. "Il a eu amplement le temps de circonvenir les mesures prises pour geler ses avoirs", affirment-ils. De nombreux responsables yéménites interrogés par les experts ont plaidé pour un retour au Yémen des sommes volées par M. Saleh, afin de remédier aux difficultés économiques du pays et de l'aider à rembourser sa dette.

(25-02-2015 - Assawra)