jeudi 23 juin 2016

Liban: Rassemblement des partis du "Forum de la Gauche arabe" contre l’élection du représentant d’Israël à l’ONU


Les partis du « Forum de la gauche arabe » au Liban ont organisé, hier soir, un sit in près des bureaux des Nations Unies à Beyrouth afin d’exprimer leur condamnation de l’élection du représentant de l’entité israélienne comme président de la sixième commission de l’ONU chargée des affaires juridiques, dont  la lutte contre le terrorisme et la colonisation.

La première intervention fut celle du PCL, représenté par Ahmad Dagher qui  attira l’attention sur le danger d’une telle élection, en plus de la présence de représentants du gouvernement Palestinien à la conférence d’Herzlia, appelant le peuple palestinien et le peuple libanais à poursuivre la lutte face aux violations israéliennes des lois internationales et aux tentatives visant à normaliser les relations avec l’occupant.

La deuxième intervention fut celle de D. marie Nassif-Debs, coordinatrice du « Forum de la gauche arabe » qui attira l’attention sur le crime commis au sein des Nations Unies, parce que l’élection du représentant de l’entité israélienne constitue un camouflage des crimes terroristes et des crimes contre l’humanité perpétrés par Israël contre le peuple palestinien. Marie Nassif-Debs a rendu responsable de ces crimes ceux des pays européens et arabes, surtout, qui ont voté pour lui. Elle a appelé toutes les formations politiques de gauche, tant arabes qu’internationales, à poursuivre la lutte contre les crimes israéliens dans les territoires occupés, à condamner l’élection du représentant israélien et à œuvrer dans le sens d’imposer à ceux qui l’ont élu de lui retirer leur appui.

La troisième intervention fut celle d’Abbas Joumaa, représentant des forces de la gauche palestinienne au Liban. Il a assuré que le peuple palestinien poursuivra sa lutte afin de libérer les territoires occupés et de reconstruire l’Etat palestinien, ayant Al Quds pour capitale.
A la fin du sit in, un mémorandum fut confié à un représentant de l’ONU au Liban.

Beyrouth, le 23 juin 2016

Tunisie : Rached Ghannouchi, Représentant d'un islam « made in Tunisie » ? (Benoît Delmas)

Promis, juré, acté : Ennahda sépare la politique de la prédication pour devenir un parti normal. Lors de son congrès national, l'ADN du plus ancien parti islamiste tunisien a été modifié. Révolutionné en présence du président de la République, Béji Caïd Essebsi (BCE), qui néanmoins « en prend acte mais demande à voir ». Quinze jours après, BCE actait l'échec du gouvernement issu des urnes de 2014 et en appelait à une « union nationale ». Union qui nécessite l'accord de celui que l'on surnomme le Cheikh (« le sage »). Rendez-vous est pris un jeudi matin, dixième jour de ramadan, avec ce personnage atypique. Le thermomètre tutoie les 33 °C. Une maison sans afféterie nichée dans une cité résidentielle en banlieue de Tunis. Présence policière discrète mais réelle. Dans un salon lourdement chargé en bibelots, les rideaux hermétiquement tirés, l'homme reçoit à domicile. Le voici, aimable, presque patelin, qui salue d'un « welcome » son interlocuteur. Son habituel costume bleu repose sur une sage chemise blanche. Il prend place à l'extrême droite du canapé. Sa place habituelle. La jeune députée Sayida Ounissi lui servira de traductrice. Cette élue des Tunisiens de France incarne la relève du parti. On lui demandait ce qu'elle voulait faire à l'âge de cinq ans, elle répondit : « Président d'Ennahda, car, pour moi, c'etait le job le plus cool. » Celui qu'on surnomme le Cheikh parle l'anglais et le français couramment. Mais il répondra en arabe. Tout en corrigeant occasionnellement sa traductrice. Ses gestes confinent à l'épure. Ses propos également.

- Qui êtes-vous ?
- Un musulman démocrate. Un citoyen dans une société humaine.
- Codirigez-vous le pays avec le président Essebsi ?
- C'est très exagéré.
-  Quelle est votre identité économique ?
-  Garantir la liberté et la justice sociale.

Pour quelqu'un que les élites qualifiaient de « terroriste » il y a peu, difficile de faire plus consensuel. Il se revendique d'un modèle « social-libéral », cite « les pays scandinaves » comme exemple tout en vantant la création d'un « modèle made in Tunisia ». Aux difficultés de trésorerie du pays, il répond mécaniquement ce que le gouvernement et le patronat martèlent : réhabiliter la valeur travail. Aligne la nécessité de débloquer la situation « dans les mines » qui ont fait perdre 4,5 milliards au Groupe chimique tunisien. D'améliorer la collecte de l'impôt, de lutter contre l'économie informelle « qui représente la moitié de l'économie nationale », de mettre en place une économie du numérique, de développer l'énergie solaire, les usines de dessalement, de mettre en place une économie de la connaissance… Fort bien. Mais pour les détails, la mise en musique, Rached Ghannouchi demeure vague, flou. Il est favorable « au gaz de schiste qui permettrait de faire rentrer cinq milliards dans les caisses de l'État ». Et d'ajouter : « Nous sommes dans la situation de celui qui est assis sur un trésor mais qui tend la main. » Il reconnaît que les « gouvernements qui se sont succédé depuis la révolution n'ont pas lutté efficacement contre la corruption ». La chute du dinar ? « Il faut changer la politique de change, permettre aux Tunisiens d'ouvrir des comptes en devises. » L'administration ? « Ses procédures ne correspondent pas à la réalité et dissuadent l'investissement. » Sur ce sujet, il la juge comme « un obstacle majeur, avec un état d'esprit très conservateur ». Au passage, il note dans un sourire qu'elle « a été formée par les Français » du temps du protectorat.
C'est en filigrane que se nichent des accès de vérité. Lorsqu'il qualifie Nidaa Tounes, le parti de BCE, de « laïque » avant de se reprendre. Lorsqu'il dit aller à Paris pour « montrer que l'islam n'est pas un obstacle au développement ». Lorsqu'il dit que « la révolution a un coût » pour expliquer la crise économique sans citer le bilan de la dictature Ben Ali. Lorsqu'il affirme que « la politique divise mais la religion rassemble ».
Pour la première fois, il sera reçu par un membre du gouvernement français. Le ministre des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault lui consacre une heure de son emploi du temps. Un premier pas vers la normalisation entre islamistes tunisiens et la gauche gouvernementale tricolore ? En 2011, Alain Juppé occupait le Quai d'Orsay lors de la victoire d'Ennahda à l'élection constituante. Après trois semaines d'hésitations et de tâtonnements diplomatiques, il souleva son téléphone pour les féliciter. Sous la présidence Hollande, les rapports demeurèrent distants. Cette première visite privée mais officielle intervient dans un contexte politique tumultueux en Tunisie. Il se rendra également au Medef. Depuis le 2 juin, on attend la fumée blanche qui annoncera le nom du sixième chef de gouvernement que la démocratie tunisienne aura connu en cinq ans. Rached Ghannouchi demeure vague sur l'issue des négociations entre lui et le crocodile de Carthage. « Le référentiel politique demeure celui des élections législatives de 2014 », dit-il, afin de montrer que son parti est respectueux du vote des Tunisiens. Ainsi le gouvernement sera dirigé par un membre de Nidaa Tounes, le parti arrivé en tête avec 86 députés. Parti qui n'en compte désormais que 61, les autres ayant claqué la porte après une succession de coups de force. Hafedh Caïd Essebsi, fils du président, codirige Nidaa Tounes. Une équation dont Ghannouchi est partie prenante. Chaque semaine, il se rend au palais présidentiel pour échanger avec le chef de l'État. Rien de ce qui se passe dans les coulisses ne lui échappe. BCE estimait durant la campagne que « choisir Ennahda, c'était choisir le Moyen-Âge ». La tactique a pris le pas sur les propos de meetings. Quand à l'avenir proche du pays, le septuagénaire déplore « le manque d'espoir » de ses concitoyens, plaide pour « un nouveau contrat social » tout en déplorant « l'explosion des demandes de droits sans tenir compte des devoirs ». « Le futur Premier ministre devra savoir communiquer avec les Tunisiens. » Décidément, on ne peut pas faire plus sage que le Cheikh. Un hiérarque du parti, vaguement ironique, décrypte : « Nous ne sommes pas modernes, nous utilisons la modernité. » Nuance.

(23-06-2016 - Benoît Delmas)

Israël/Palestine : Affaires sous blocus (Assawra)

Bouche d'un tunnel côté Gaza (Photo archives Assawra)

Les relations diplomatiques entre les deux pays n'avaient pas été rompues mais abaissées avec le retrait des ambassadeurs et le gel de la coopération militaire après l'assaut mené par des commandos israéliens contre le Mavi Marmara, un navire affrété par une association humanitaire turque, dans lequel dix Turcs avaient été tués.
Le ferry faisait partie d'une flottille internationale de six bateaux chargée d'aide humanitaire pour tenter de briser le blocus imposé par Israël à la Bande de Gaza.
Ankara avait posé trois conditions à une normalisation : des excuses publiques pour l'assaut, des indemnisations financières pour les victimes et la levée du blocus imposé par Israël à Gaza, contrôlé par le Hamas. Les deux premières ont été partiellement satisfaites.

Israël autorisera la Turquie à construire un hôpital, une nouvelle centrale électrique et une usine de production d'eau potable à Gaza.

Syrie : Poussés par leur haine de Daesh, ces Syriens arabes combattent avec les Kurdes

Ex-rebelles déçus, miliciens chrétiens ou natifs voulant récupérer leur terre confisquée par les jihadistes: ces Syriens arabes, unis par leur haine du groupe terroriste Daesh qui s'est autoproclamé Etat islamique (EI), ont choisi de lier leur sort aux combattants kurdes dans le nord de la Syrie.
Mais leur choix est controversé car la rébellion, qui cherche depuis cinq ans à renverser le régime de Bashar al-Assad, les accuse d'avoir "trahi la révolution", d'être des suppôts du régime ou une "couverture arabe" pour le projet autonomiste kurde.
Formées en octobre 2015 à l'instigation des Etats-Unis, les Forces démocratiques syriennes (FDS) sont dominées par la principale milice kurde de Syrie -Les Unités de protection du peuple kurde (YPG)-, mais le contingent arabe a grossi pour atteindre 5000 sur les 25.000 combattants des FDS, selon les estimations américaines.
Les FDS comptent trois grandes factions kurdes, 25 petites arabes, une syriaque et deux turkmènes, précisent les responsables de l'organisation.
Beaucoup de combattants arabes viennent de groupes ayant lutté contre le régime, avant de tourner le dos aux rebelles face à la montée en puissance des jihadistes comme Daesh ou Al-Qaïda.
Des membres arabes des FDS ont expliqué à l'AFP que, comparé au chaos régnant chez les insurgés, leur alliance avec les Kurdes s'avère bien plus efficace.
"Nous nous sommes alliés aux Kurdes car ils sont les mieux organisés, les mieux armés et les mieux financés", résume Yasser al-Kadro, un commandant de la Brigade des Faucons de Raqa, une des principales factions arabes des FDS.
Elle compte un millier de combattants originaires de la province de Raqa, principal bastion de Daesh en Syrie.
Le rêve de Yasser al-Kadro, qui parlait à l'AFP dans la ville de Tall Abyad, à 100 km au nord de Raqa, c'est de revenir dans sa région d'origine et seules les FDS ont selon lui la capacité d'en chasser Daesh.
"A Raqa, il y avait l'EI ou les YPG, alors on s'est allié avec les YPG pour combattre l'EI", explique à l'AFP Abou Saleh, le chef militaire des Faucons de Raqa, qui s'exprimait près de Minbej, un autre fief de l'EI situé au nord-ouest de Raqa et encerclé par les FDS.
C'est cet argument d'efficacité qu'avance aussi Ali Hajjo, à la tête des Brigades de l'Euphrate, une des factions assiégeant Minbej. Les combattants locaux se sont ralliés aux FDS car c'était "le groupe le mieux organisé" pour reconquérir leur région, dit-il.
Un journaliste travaillant pour l'AFP, qui a effectué plusieurs visites sur les fronts, a noté que même dans les endroits où ce sont les unités arabes qui combattent, il y a toujours un responsable militaire kurde qui supervise les opérations.
Les FDS reçoivent un appui aérien de la coalition internationale conduite par les Américains et sont aidées par plus de 200 membres des forces spéciales américaines qui les conseillent sur le terrain.
Selon les Américains, ce sont en majorité des éléments arabes qui opèrent dans la région de Minbej.
Des combattants chrétiens ont aussi rejoint les FDS. Le Conseil militaire syriaque s'est constitué dans la province de Hassaké (nord-est) en 2013, et ses 500 hommes ont rejoint les FDS.
Pour son porte-parole, Kino Ghibrael, l'objectif est "de préserver la présence syriaque dans la région" face à l'EI.
Les FDS ont aussi ravi dans la province septentrionale d'Alep des territoires contrôlés par une alliance dominée par le Front Al-Nosra, branche syrienne d'Al-Qaïda.
L'"Armée des révolutionnaires", composante des FDS, a participé à la conquête de l'aéroport de Minnigh et chassé Al-Nosra de localités au nord de la ville d'Alep, une revanche contre les jihadistes qui avaient chassé en 2014 ce groupe laïque de la province d'Idleb.
Aussi son chef, Ahmad al-Omar, explique que son objectif est de "bouter hors de cette province tous les groupes radicaux et les jihadistes".
En outre, ayant placé la lutte contre Daesh avant celle d'abattre le régime, les combattants arabes sont vivement critiqués par l'opposition.
"Les avions du régime ne les bombardent jamais. C'est suffisant pour les qualifier de traîtres", peste Ali Jawad, 23 ans, membre du groupe rebelle islamiste Noureddine Zinki, basé à Alep.
Pays frontalier de la Syrie, la Turquie appuie la rébellion et craint que l'expansion territoriale des FDS pose les bases d'un État autonome kurde.
Si le régime se montre méfiant à l'égard des FDS, une source militaire haut placée a concédé à l'AFP qu'il y avait une "alliance de facto. Le gouvernement syrien n'a pas l'intention d'ouvrir un nouveau front. La priorité c'est la lutte contre le terrorisme".
Les FDS aussi marchent sur des oeufs. Leur porte-parole Talal Sello affirme à l'AFP qu'elles n'attaqueront pas les forces du régime mais souligne qu'il leur serait "impossible" de combattre à leurs côtés.

mercredi 22 juin 2016

Libye : Une soixantaine de morts dans deux attaques distinctes

L'explosion d'un dépôt d'armes a fait au moins 29 morts et des dizaines de blessés mardi dans une ville à l'est de la capitale libyenne Tripoli à la suite d'affrontements entre habitants armés et miliciens, ont indiqué des responsables. Par ailleurs, 34 membres des forces progouvernementales ont été tués dans des combats avec les djihadistes de l'État islamique assiégés depuis une dizaine de jours dans le centre de leur fief de Syrte, selon le commandement militaire.
Dans la ville de Garaboulli, à 70 km à l'est de Tripoli, « des hommes armés parmi les habitants de la ville ont pris d'assaut un dépôt d'armes qui appartient à une milice de Misrata (à 200 km à l'est de Tripoli) mais qui est active dans la région », a indiqué un responsable de la sécurité. « Une grande explosion s'est ensuite produite. Les causes exactes ne sont pas connues, mais il est probable que la milice à laquelle appartient le dépôt l'a piégé avant de partir », a-t-il ajouté sous le couvert de l'anonymat.
« Au moins 29 personnes ont été tuées et des dizaines blessées dans l'explosion », a de son côté indiqué une source médicale en soulignant que le bilan risquait de s'alourdir en raison de plusieurs corps déchiquetés sur les lieux du drame. Avant cette explosion, les habitants armés avaient attaqué des barrages de contrôle tenus par les miliciens de Misrata pour les chasser de Garaboulli après que ceux-ci ont pillé un magasin de produits alimentaires. Des affrontements ont alors éclaté entre les deux camps et ont duré toute la journée, selon le responsable de la sécurité.
Les milices qui font la loi en Libye sont en grande majorité formées d'anciens rebelles ayant fait tomber en 2011 le régime du dictateur Muammar Kadhafi et ayant refusé ensuite de renoncer à leurs armes. Le pays, où l'accès aux armes est facile, est plongé dans le chaos et miné par les luttes de pouvoir, malgré l'installation depuis fin mars à Tripoli d'un gouvernement d'union nationale (GNA), reconnu par la communauté internationale, qui ne parvient néanmoins pas à étendre son autorité à l'ensemble du territoire.
Ce chaos a permis à l'État islamique de s'implanter dans le pays, où les forces du GNA tentent de le déloger de son bastion de Syrte, à 450 km à l'est de Tripoli. Ce sont les puissantes milices de Misrata, noyau des forces alliées au GNA, qui ont lancé le 12 mai l'offensive pour reprendre Syrte. Cette offensive leur a permis de reprendre plusieurs localités et positions occupées par l'EI sur leur chemin depuis Misrata, siège du commandement de l'opération militaire, jusqu'à Syrte où elles ont pu entrer le 9 juin avant d'y encercler les djihadistes dans une zone cinq kilomètres carrés.
Les forces pro-GNA ont fait état de « combats féroces » mardi contre les djihadistes à Syrte, et déploré la mort de 34 combattants. Un précédent bilan du commandement militaire avait fait état de 18 morts. 70 autres ont été blessés. Les loyalistes ont fait état de « dizaines de morts parmi les djihadistes qui sont assiégés dans un secteur restreint de Syrte ».
Le commandement militaire de l'offensive a dit préparer une « bataille décisive » pour en finir avec l'EI à Syrte, mais sans fournir de détails. Depuis le début de l'offensive, au moins 170 membres des forces du GNA ont été tués et des centaines blessés, selon des sources médicales. Outre les milices de Misrata, les mieux armées du pays avec des avions MiG et des hélicoptères d'attaque, plusieurs autres milices implantées dans l'Ouest participent à l'offensive, de même que des unités de l'armée et des gardes des installations pétrolières.

(22-06-2016 - Afp)

Irak: Fallouja "quasiment vidée" de Daesh

Les forces irakiennes ont reconquis la quasi-totalité de Fallouja, où le groupe Etat islamique (EI) ne résiste plus que dans deux quartiers du nord de la ville située à l'ouest de Bagdad, a déclaré mercredi un commandant.
"Le nord et le centre de Fallouja ont quasiment été vidés de Daesh (acronyme arabe de l'EI)", a indiqué à l'AFP le général Abdulwahab al-Saadi. "Il ne reste des combattants de l'EI que dans les quartiers de Al-Mouallemine et Al-Jolan dans le nord".
"A Al-Jolan, ils ont opposé une certaine résistance mais nous sommes en train de les repousser et nous en avons tués un bon nombre", a-t-il poursuivi.
Les forces d'élite du contre-terrorisme (CTS), la police fédérale et d'autres unités militaires sont aux avant-postes de l'offensive lancée le 23 mai pour reprendre Fallouja, aux mains des jihadistes depuis janvier 2014.
Le Premier ministre Haider al-Abadi avait affirmé la semaine dernière qu'elles avaient quasiment repris ce bastion jihadiste situé à une cinquantaine de km à l'ouest de Bagdad. Trois-quart de la ville sont sous leur contrôle, selon le général Saadi et d'autres commandants.
Mais Christopher Garver, porte-parole de la coalition internationale antijihadistes conduite par les Etats-Unis, a déclaré mardi que, selon les critères de l'armée américaine, seul un tiers de la ville avait été sécurisé.
A la faveur d'une offensive fulgurante, Daesh s'était emparé en 2014 de vastes pans du territoire irakien, surtout au nord et à l'ouest de Bagdad. Depuis deux ans, les forces irakiennes ont repris du terrain et visent désormais la reconquête de Mossoul (nord), la deuxième ville du pays.

(22-06-2016)

Jordanie : Le royaume hachémite décrète "zones militaires fermées" les frontières avec la Syrie

Une photo distribuée par le Palais royal du roi Abdallah II qui prie avec des soldats dans un endroit non défini en Jordanie, le 20 juin 2016

Un attentat suicide à la voiture piégée a frappé mardi l'armée jordanienne dans une région désertique frontalière de la Syrie, tuant six militaires et poussant le royaume à décréter "zones militaires fermées" les frontières avec la Syrie et l'Irak.
L'armée n'a pas explicitement dit si cette mesure signifiait une fermeture de la frontière aux Syriens qui fuient par dizaines de milliers leur pays en guerre via les deux seuls points de passage encore ouverts et contrôlés fermement par les militaires jordaniens. La frontière avec l'Irak est, elle, déjà fermée.
Interrogé par l'AFP, le porte-du gouvernement, Mohamed Momani, a précisé que cette décision ne concernait pas "les cas humanitaires qui seront traités selon la situation sur le terrain et l'appréciation de nos forces armées", en allusion aux réfugiés.
La mesure a été annoncée quelques heures après que le roi Abdallah II, qui s'est rendu au QG de l'armée à Amman, a promis de "frapper avec une main de fer quiconque tentera de porter atteinte à la sécurité du pays ou de ses frontières".
L'attentat, qui n'a pas été revendiqué, s'est produit dans le nord-est de la Jordanie, dans un no man's land dans le triangle où se rejoignent les frontières du royaume avec la Syrie et l'Irak. Ils y ont massés plus de 60.000 Syriens souhaitant se réfugier en Jordanie, selon les derniers chiffres officiels jordaniens.
La voiture piégée conduite par un kamikaze est partie du camp de fortune de réfugiés syriens, avant de passer par une ouverture -utilisée pour le passage de l'aide humanitaire- dans une barrière de terre séparant le camp et la première position de l'armée dans la région de Rokbane, a indiqué l'armée dans un communiqué.
L'ambassade des Etats-Unis, pays allié de la Jordanie, a condamné un "acte terroriste lâche", réaffirmant dans un communiqué le "soutien indéfectible" de Washington aux forces armées jordaniennes.
Ce genre d'attentats est rare en Jordanie qui participe depuis 2014 à la coalition internationale conduite par les Etats-Unis contre le groupe jihadiste implanté en Syrie et en Irak. Le royaume a en outre mis des bases aériennes à la disposition des Etats-Unis et la France pour lutter contre Daesh.
L'attentat accentue les inquiétudes d'Amman qui exprime régulièrement des craintes de voir les jihadistes s'infiltrer depuis la Syrie, notamment en se fondant aux réfugiés syriens accueillis dans le pays.
Il a eu lieu deux semaines après une attaque contre un bureau des services de renseignements près d'Amman, qui a fait 5 morts parmi ses membres.
Malgré la guerre qui ravage la Syrie depuis plus de cinq ans et l'instabilité sécuritaire et politique en Irak, la Jordanie était restée jusque-là relativement épargnée par les violences.
Après l'attentat de mardi, le gouvernement a annoncé qu'il envisageait des "mesures souveraines". "Il n'y aura pas d'installation de nouveaux camps de réfugiés dans le royaume ni d'extension des camps déjà existants", a dit M. Momani.
Le HCR avait exhorté les autorités jordaniennes à "cesser de bloquer les gens dans les zones frontalières" et à "les transférer rapidement vers des centres de transit".
Mais Amman avance des "considérations sécuritaires" pour expliquer la lenteur de l'accueil des Syriens, affirmant craindre que des jihadistes de Daesh ne s'infiltrent parmi les réfugiés.
Près de 2.000 Syriens parmi les réfugiés sont soupçonnés de collaborer avec Daesh, a prévenu en mai le chef des gardes-frontières, le général Saber Al-Mahayra, ajoutant que des armes et des munitions avaient été saisies auprès de réfugiés.
La Jordanie accueille plus de 600.000 réfugiés syriens selon les chiffres de l'ONU, 1,4 million selon les autorités.
Durant les deux premières années du conflit syrien déclenché en 2011, 45 points de passage étaient ouverts sur les 378 km de frontière séparant la Jordanie et la Syrie. Aujourd'hui il n'y en a plus que deux.
Le conflit syrien, qui a fait plus de 280.000 morts, a poussé à la fuite plus de la moitié de la population et provoqué un désastre humanitaire.
La Jordanie martèle sa neutralité dans ce conflit et dit favoriser une solution politique, mais le régime syrien l'accuse de soutenir la rébellion.

(22-06-2016)