"Toujours plus de plongeurs, toujours aussi peu d'algue rouge...",
grimace Attibari, sur une plage d'El Jadida. Le Maroc, confronté à la
raréfaction de cet "or rouge" de plus en plus convoité et à la précarité
des familles qui en vivent, a pris des mesures drastiques. Mais le
combat sera long.
Récoltée durant les trois mois d'été sur une petite partie de la côte
Atlantique, cette plante permet la fabrication d'"agar agar", un
gélifiant végétal qui a connu un développement important ces dernières
années, en Europe notamment, au point d'entraîner une surexploitation
massive, tout particulièrement dans la région d'El Jadida (100
kilomètres au sud-ouest de Casablanca).
Sur la plage de Sidi Bouzid, tandis que les vacanciers profitent du
soleil de fin d'été, Attibari Lemkhanter enfile ses vieilles chaussures
en plastique et une combinaison sommairement recousue.
"Dans les années 90 et 2000, on faisait jusqu'à 500 kilos d'algue rouge
par jour. Mais depuis la plante est en voie de disparition", avance ce
quinquagénaire.
Le Maroc a longtemps fait figure de premier producteur mondial d'agar
agar, avant d'être dépassé par la Chine et le Chili, en 2006. Ce produit
gélifiant est utilisé en cuisine et dans l'industrie agroalimentaire
pour faire des gelées, confitures, glaces et bonbons.
Il est préféré à la gélatine d'origine animale par les végétariens, les
adeptes de religions interdisant la consommation de porc, et en raison
de la défiance née de la crise de la vache folle dans les années 90.
Sur
la côte rocheuse d'El Jadida, ils sont nombreux --des milliers sans
doute-- à céder à la fièvre de la collecte de l'"or rouge".
A l'aide de matériels de plongée souvent obsolètes, ces récoltes sont
périlleuses: il faut parfois descendre jusqu'à 20-25 mètres pour
constituer son maigre butin quotidien.
"Beaucoup de personnes viennent à El Jadida en pensant que c'est un
eldorado. Il n'est pas rare d'assister à des noyades de jeunes
inexpérimentés", relève Attibari.
Après six à huit heures passées à bord de sa modeste barque, ce père de
famille ramène son stock sur la terre ferme pour tenter de le vendre au
meilleur prix.
Depuis 2010, un "prix de référence" pour le récoltant a été fixé à 3,25
dirhams (30 centimes d'euros) le kilo, dans le cadre du "plan
d'aménagement" de la filière décrété en urgence par le gouvernement.
Car les autorités marocaines ont dû intervenir pour assurer la survie de
l'algue, victime de surexploitation. En 2009, tandis que la récolte
culminait à 14.000 tonnes, l'Institut national de recherche halieutique
(INRH) avait "tiré la sonnette d'alarme", rappelle la secrétaire
générale du ministère de la Pêche maritime, Zakia Driouich.
Engagées
dans un vaste programme de valorisation du secteur halieutique, les
autorités ont instauré des quotas ainsi que des périodes de repos
biologique.
"Si nous avions laissé la situation telle qu'elle était, il n'y aurait
plus d'algue rouge", assure à l'AFP Mme Driouich, selon qui "l'INRH a
observé dès 2011 un retour de 30% de la masse d'algue rouge".
Désormais, le quota total est fixé à 6.040 tonnes, dont 20% destiné à l'exportation.
En raison de la hausse de la demande et de la baisse de l'offre, le prix
de l'algue à l'export est passé "de 12 à 30 dirhams le kilo", fait
valoir la responsable. D'après elle, il atteint même "plus de 200
dirhams (18 euros) pour l'agar agar".
Environ 80% de l'algue rouge est transformé en agar agar à Kenitra,
l'unique usine de transformation du pays, au nord de Rabat. La
quasi-totalité sera ensuite vendue à l'étranger.
Le
secteur, dont le chiffre d'affaires avoisine les 350 millions de
dirhams (31 millions d'euros), "mérite d'être soutenu, plaide Zakia
Driouich. Mais l'exploitation était totalement anarchique et il reste
beaucoup de travail pour organiser la profession."
Déjà, le ministère a commencé à délivrer des courtes formations et des
licences. Des équipements aux normes ont été remis à plus de 250
plongeurs.
Insuffisant, rétorque Attibari, qui pointe l'extrême précarité du
métier. "Si on tombe malade et qu'on se retrouve dans l'incapacité de
plonger, il ne nous reste plus qu'à mendier", clame-t-il.
Sur la plage de Sidi Bouzid, en plus des plongeurs, des dizaines de
femmes et leurs enfants continuent également de collecter les algues
rejetées par la mer.
Lancé le 19 décembre 2011, "Si Proche Orient" est un blog d'information internationale. Sa mission est de couvrir l’actualité du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord avec un certain regard et de véhiculer partout dans le monde un point de vue pouvant amener au débat. "Si Proche Orient" porte sur l’actualité internationale de cette région un regard fait de diversité des opinions, de débats contradictoires et de confrontation des points de vue.Il propose un décryptage approfondi de l’actualité .
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